Alors, c'est un amphithéâtre de verdure qui se trouve au milieu de la forêt, au milieu du bois des sculptures de Vassivière, un bois qui est composé principalement de conifères. Mais la particularité de cet endroit, c'est cet être magnifique qu'on a au centre d'une scène. Donc l'endroit était parfait, en plein incliné, d'où on voit très bien le lac de Vassivière. Et ce demi-cercle d'arbres qui s'est planté tout seul, si on regarde un petit peu la situation, on voit cet arbre central qui a une allure vraiment imposante. Et si on regarde la cime et la descente de ses branches, on voit bien que ce sont vraiment tous les petits enfants de cet arbre qui ont pu grandir et former le demi-cercle dont on a profité pour faire une scène.
Donc, après avoir fait des démarches dans le bois des sculptures, je trouvais cet endroit assez étonnant. Il était visible au premier regard à toute personne qui est botaniste ou naturaliste, puisque, en fait, même depuis loin, en hiver, on voyait tous ces êtres qui étaient là. On a cette caractéristique de garder les feuilles accrochées sur l'arbre. Donc ça donnait un demi-cercle marron, assez marron-orangé, qui montrait bien qu'il pourrait y avoir une scène. Et à l'intérieur, c'était rempli, tout était vert, mais on voyait bien qu'on pouvait articuler, avec des gestes jardiniers, cette envie que j'avais d'avoir un théâtre de verdure.
Donc, vous voyez là, tout ce qu'on a enlevé a été mis pour fermer le théâtre de verdure. Et ça a été fait d'une manière très simple, un peu comme le débardage forestier. Quand on coupe, on a une manière de faire qui permet de ranger, pour que ça ne ressemble pas à de la poubelle. Parce que, si c'est moche, on n'a pas envie de le garder. Et l'idée, là, c'est de ne pas faire rentrer de matériau de l'extérieur, ni d'exporter de la matière. Donc la matière qu'on garde sur place doit être arrangée correctement, pour qu'on ait au moins la patience de la garder et de la voir vieillir.
Mon travail consiste toujours en une recherche et une analyse de ce qui est déjà là. Là, l'idée, c'est que ce diagnostic premier que je réalise me permet de trouver un projet qui a du sens dans le lieu où il se trouve. À Vassivière, on a beaucoup de réunions, on donne beaucoup la parole, on organise des séminaires, il y a aussi des saisons théâtrales. Donc je me suis dit : il manque un lieu, une chambre extérieure. Moi, j'aime beaucoup l'idée, comme on faisait au XVIIIe siècle, de s'approprier la forêt et de faire des chambres de verdure à l'extérieur.
Alors, c'est souvent un peu ce que je considère comme ma mission : donner à voir ce qui ne se voyait pas avant. Cet endroit-là, avant, était fermé, mais grâce à mes modestes connaissances botaniques, j'ai pu déceler dans cet endroit les conditions nécessaires pour les créer avec quelques gestes jardiniers. Et cet endroit-là pourra rester tel qu'il est s'il est suivi par un geste jardinier, ou pourra se refermer en forêt si personne ne l'utilise. Donc on considère que, s'il y a eu des dommages sur l'environnement, ils sont minimes puisqu'ils sont réversibles.
Évidemment, il y a eu un réseau, une prise de conscience écologique dans les années 1970, et à partir de là, on a commencé à sentir que les interventions que l'on faisait dans notre environnement avaient des conséquences. Donc on a commencé à avoir envie de travailler autrement. Dès lors, cette manière qu'on appelle la gestion différenciée, qu'on utilise, ça veut dire qu'on désherbe moins. Mais en fait, il y a encore beaucoup de choses, de manières de faire à trouver. Et ces manières de faire différemment, ces manières d'être avec notre environnement autrement, on ne peut pas les apprendre dans les livres, on ne peut pas les apprendre à l'université, on ne peut pas les apprendre à l'école.
La seule manière, c'est de sortir dehors. Et donc, cette idée de créer ce que j'appelle le laboratoire du dehors, ça veut dire un endroit où l'on puisse expérimenter. Pour expérimenter, comme pour tout acte scientifique, il faut se fixer un protocole. Ce protocole d'expérimentation doit absolument prendre soin du site où il se trouve pour être valable, puisque, quand on expérimente, il y a de l'incertitude, de l'imperfection, de l'improvisation. Et donc c'est évidemment valable si l'action qu'on mène sur le site est réversible, puisqu'on ne peut pas se permettre de faire quelque chose, d'expérimenter, si on ne peut pas revenir à la situation de départ : on ferait plus de mal que de bien.
D'un autre côté, on ne peut pas expérimenter en se disant qu'on aura toujours la réponse qu'on pensait à l'avance. Donc, évidemment, il y a de l'imperfection, de l'incertitude, et c'est pour ça qu'il faut de l'improvisation. Ça veut dire pouvoir résoudre sur place les différentes actions que l'on a essayé de mener, que, de manière traditionnelle, on n'aurait pas pu faire. Donc tout ça, pour nous, ce sont des apprentissages qui ne restent pas juste dans l'acte jardinier, mais que l'on consigne dans des écrits au fur et à mesure, autant techniques que philosophiques, pour pouvoir construire une pensée du dehors et justement la partager, pour que les autres personnes intéressées puissent profiter de l'expérience que nous avons faite au départ.