Cette œuvre que j'ai réalisée ici sur site, sur l'île de Vassivière, c'est un creux dans la prairie qui est coupée normalement de temps en temps. Et là, dans le creux, il y a des pierres locales que j'ai trouvées dans la forêt où se comptent des débris. Il y a aussi des pierres de béton, des ruines industrielles, et j'ai transplanté des plantes que j'ai trouvées sur l'île. Alors là, il y a une grande pierre derrière et deux autres pierres, et ça crée un axe qui monte sur la colline où il y a le lever de l'étoile Antares. C'est une étoile très rouge de la constellation du Scorpion. Le scorpion, c'est cet animal piquant. Et en même temps, il y a le chili, le piment, dans l'installation, et les orties, qui sont aussi des choses piquantes.
J'aime bien l'idée que les pièces sont animées. Je crée des choses qui vivent par elles-mêmes, les sculptures, les peintures, où je reprends des matériaux qui ont été déjà utilisés, qui viennent d'une autre vie. Et ça, avec les plantes, c'est la même chose, parce qu'une plante, c'est une espèce vivante, donc c'est sûr que c'est quelque chose de vivant. Je ne voulais pas venir et créer quelque chose de brutal, qui marque une idée fixe dans le paysage, ou qui détruit.
Je suis plutôt intéressé par comment je peux introduire quelque chose qui est dans la nature, qui pousse dans la nature, ou qui est ouvert pour le changement, qui inclut la mousse qui est là, qui peut peut-être grandir ou pas, ou les pierres de béton qui peuvent rester ou trouver une vie dans cette constellation. Je réponds à la situation que c'est un lac, un barrage, un barrage artificiel, et ce qu'on a bien compris dans l'histoire de la nature, c'est que c'est toujours quelque chose de créé. Et là, c'est une prairie, c'est artificiel, il y a le tracteur qui vient pour couper la prairie, et le barrage, c'est un lac où les gens peuvent se baigner, c'est très bien. Je voulais aussi dire que c'est quelque chose d'artificiel : ça inclut les plantes qui vivent, mais je les ai transplantées, donc c'est un processus artificiel, et il y a des pièces de béton qui sont artificielles. Mais en même temps, elles sont déjà dans cet environnement, je les ai trouvées sur une pile où il y avait des plantes qui poussaient, donc ça fait partie de la nature ; on ne peut pas vraiment diviser les deux.
Mais en même temps, on peut dire qu'il y a toujours l'artificiel dans le naturel. Le Cnap et le Centre d'art voulaient collaborer sur des œuvres à protocole, donc ça veut dire que j'ai été invité, ou j'ai été sollicité par le Centre d'art de l'île de Vassivière pour créer une œuvre à protocole, c'est-à-dire quelque chose qui est réalisé ici la première fois, mais qui peut être refait ailleurs. Le protocole est assez limité sur cette composition d'Antares, chili, thym et tout ça, mais si ce n'est pas possible de le refaire parce qu'il n'y a pas le bon lieu, ou qu'on ne voit pas Antares, c'est quelque chose qui peut être modifié sur la base de l'étoile et des plantes locales. Ça veut dire aussi que si la pièce est installée là où il n'y a pas les fougères et les orties, on doit repenser ce que c'est que le local, plutôt les choses qu'on peut transplanter ou qui peuvent pousser par elles-mêmes.
Alors peut-être que l'installation pourrait être installée sur la Lune. Je me suis demandé : on peut aussi faire un creux. Peut-être qu'il n'y a pas de plantes, ou qu'il y a des bactéries qui peuvent pousser, on ne sait pas. Mais il y a des possibilités qu'on ne peut pas imaginer aujourd'hui, et pas même moi-même. Pour le choix des plantes, je peux dire que les orties m'intéressent beaucoup. J'ai travaillé avec les orties avant. Ce sont des plantes en rhizome, qui poussent partout, qui sont très résistantes, piquantes, mais en même temps des plantes médicinales. Et j'aime bien : c'est une plante qui se défend, on peut dire. Parmi les autres plantes, il y a la fougère, qui pousse partout, mais c'est aussi une plante qui me fait toujours penser à l'infini, parce qu'il y a la feuille comme ça, et là les autres feuilles, et dans les autres feuilles, ça répète encore la forme, alors c'est quelque chose qui peut aller à l'infini. J'ai travaillé avec la fougère dans mes romans que j'ai écrits, des romans de science-fiction : il y avait les fougères infinies, on peut dire.
J'aime bien aussi l'idée que le public vient et ne comprend pas tout de suite ce que c'est. Est-ce que c'est une ruine ? Ah non, il y a un cartel, en fait, alors c'est une œuvre. Et bien sûr, il peut toucher les pierres et les plantes tranquillement. Je n'aime pas qu'il détruise les plantes, mais il y a une possibilité de venir ici, de rester et de passer du temps avec.