Véa Xiradakis

1990-2000 / Peinture-Sculpture
Exposition
Arts plastiques
Galerie Dialogos - 75003 Paris 03
Avant de présenter à l’automne prochain les travaux récents et inédits de Véa Xiradakis, la Galerie Dialogos revient cet été sur 10 années de créations sculpturales et picturales de cette artiste plasticienne à l’expression protéiforme, auteur du «Polyvisionisme ». Entre 1990 et 2000, Véa Xiradakis s’offre l’expérience de l’abstraction picturale et passe de la période sculpturale du « Corps en Mouvement » à celle du « Corps mis en Pages » qui donnera naissance à ses « Femmes-Livre » en bronze. Promeneuse du monde, à la recherche d’une identité difficile à cerner parce que, très tôt tiraillée par différentes aspirations artistiques, Véa Xiradakis décide de se consacrer professionnellement à la peinture lors de son passage en Polynésie Française. En effet, c’est loin de la grisaille parisienne et de sa triste gamme chromatique imposée, à l’époque, par l’Ecole des Beaux Arts où Véa Xiradakis a passé quatre années, qu’elle fera son véritable apprentissage de la couleur. Dans les « îles sous le vent » qu’elle parcourt à la voile, à pied, à bicyclette et en voiture, le choc des couleurs est si fort qu’après deux mois de vagabondage d’île en île, elle s’installe dans un « faré » à Tahiti, le temps d’y produire une série de peintures à l’huile à partir de ses propres croquis et photos. En l’espace de dix mois, elle obtient deux expositions personnelles : l’une de ses dessins -encre de chine et sanguine - à l’O.D.T. (Office de Tourisme de Papeete), l’autre d’une vingtaine de tableaux à la Librairie - Galerie Hachette Pacifique, où elle croise Jacques Brel qui vit ses derniers mois aux Marquises. Alors que le Musée Gauguin vient de faire l’acquisition de l’une de ses oeuvres et que les journalistes lui promettent un bel avenir artistique en Polynésie, Véa Xiradakis quitte promptement Tahiti dont elle n’apprécie plus l’ambiance qu’elle résume en trois mots « fric, frime et cancan », pour revenir à Paris y entreprendre une véritable démarche artistique. De retour à la capitale, son expression picturale navigue un temps entre surréalisme et onirisme avant d’aborder, en 1982, à travers la nouvelle figuration, une première démarche originale à laquelle elle donne le nom de « Polyvisionisme ». Parallèlement, le glissement de l’expression picturale vers l’expression sculpturale survient comme une aventure purement surréaliste puisque les personnages nus et chauves contenus dans ses premiers tableaux semblent s’affranchir naturellement des limites de leur cadre pour prendre une apparence tridimensionnelle : « Il n’y a eu ni révélation, ni apprentissage! La sculpture est venue vers moi très insidieusement, et pourtant, très naturellement : elle s’est immiscée peu à peu dans mes peintures, alors surréalistes, jusqu’à réclamer d’en sortir réellement pour prendre forme tridimensionnelle. Il s’agit d’un simple glissement... D’ailleurs, mes premières sculptures se retrouvent dans mes premières peintures. C’est ce glissement progressif qui m’a permis d’appréhender d’autres formes de peinture et de passer du surréalisme à la nouvelle figuration, puis de faire un grand saut dans l’abstraction. » En effet, un nouveau virage attend l’artiste au bout de ce premier tournant : sa peinture, jusque-là figurative, se libère de la représentation du corps humain, abordé dorénavant en sculpture, et prend son envol en s’éclatant littéralement dans un espace expérimental complémentaire, hors des lois de la pesanteur et des outils traditionnels. L’acte de peindre s’abstrait de tout sujet pour oser emprunter les chemins imprévisibles du Happening. L’oeuvre n’est plus conçue mentalement d’avance : elle se construit au hasard des couleurs versées directement du pot de peinture sur la toile couchée au sol. De ces gerbes de couleurs pures vont naître des jaillissements explosifs, sans forme définie, sans autres limites que celles de la toile et de la vision spontanée, improvisée par l’artiste qui les retient, les maîtrise, les détoure, pour en offrir une lecture à la fois libre et personnalisée. Poussée par la recherche d’une jubilation rétinienne, Véa Xiradakis joue de la complémentarité ou de l’opposition des coloris choisis. Ayant abandonné l’onctueuse sensualité de l’huile pour mieux expérimenter la technicité de l’acrylique et sa rapidité de séchage, l’artiste juxtapose et superpose dans ses toiles de grands aplats et des petites touches de couleurs qui contrastent avec des magmas de substances grouillantes, triturées de lignes enchevêtrées. Une poésie graphique et chamarrée, jouant du rythme et de la rupture, se dessine dans chacune des oeuvres de Véa Xiradakis qui rend la matière-peinture vivante et vibrante au point de nous « faire sauter la rétine » et de nous transmettre un peu de son aura énergétique. De cette abstraction naissent des « paysages intérieurs » des champs d’évasion où chacun peut se perdre ou se retrouver à sa guise. C’est à une quête de la forme informelle, et cependant évocatrice, et de juxtaposition «borderline » des couleurs que se voue cette partie de l’oeuvre de Véa Xiradakis. Et c’est, avant tout, ce cheminement d’une expérimentation jubilatoire et communicative qui est au coeur de sa création picturale. Le passage à l’acte sculptural a permis à Véa Xiradakis d’exprimer, par la représentation du corps, et plus particulièrement de celui de la femme, une universalité compréhensible par delà les codes artistiques et conceptuels, mais également par delà les langages. C’est la vivacité et la tension parfois exacerbée du corps humain qu’elle met en exergue dans sa période du « Corps en mouvement », tendu vers d’insatiables désirs. Alors que dans sa période la plus connue, intitulée « Le Corps Mis en Page », c’est une « Femme-Livre », noble et sensuelle, consciente et fière de ses combats, qui impose sa forte présence à notre regard. Ces « Femmes-Livres » sont autant d’hommages habités par le sensible, l’émotionnel, le charnel, mais aussi par le spirituel et l’intellectuel. C’est la grâce et l’intériorité de la femme que sculpte Véa Xiradakis. C’est une artiste du xxème siècle, une femme-livre et libre en pleine maturité qui nous offre son témoignage et rend hommage à la femme, à son émouvante beauté, certes, mais également à la plénitude que celle-ci peut atteindre en accédant à la connaissance. Et c’est encore un hommage rendu au livre, symbole de la connaissance et de l’évasion qui mènent à la liberté. Cette riche et double phase de création résulte d’une nécessité viscérale d’expression doublée d’une volonté permanente de renouveau et de dépassement. La même force d’expression fiévreuse pousse Véa Xiradakis à chercher, sur ces deux territoires, les formes inédites qui lui sont propres, loin de tout compromis. Les abstractions picturales de Véa Xiradakis et ses sculptures en bronzes, pièces majeures de sa création, collectionnées dans le monde entier et devenues déjà source d’inspiration pour d’autres d’artistes, sont donc au coeur de la première partie de la double exposition que lui consacre la Galerie Dialogos. Ce premier volet présente le ferment de l’évolution actuelle de l’artiste qui se tourne depuis 1999 vers les nouvelles technologies de l’image et les installations vidéo. Un second rendez-vous est donné à la Galerie Dialogos pour découvrir ses œuvres du XXIe siècle du 8 octobre au 21 novembre 2009.

Horaires

du mardi au samedi de 11h à 13h et de 14h à 19h

Accès mobilité réduite

Oui

Adresse

Galerie Dialogos - 75003 1 place de Thorigny 75003 Paris 03 France

Comment s'y rendre

Dernière mise à jour le 2 mars 2020