Tarik Kiswanson

No Hard Feelings
Arts plastiques
Galerie Almine Rech - 75003 Paris 03

Chez Tarik Kiswanson, le corps de la sculpture pose question en ce qu’il ne consiste jamais en un volume plein, en une matière fermée sur elle-même. Il s’agit au contraire d’une structure, au sens strict du terme, ici principalement aérienne et immatérielle, au sein de laquelle le vide, ménagé entre les interstices, joue un rôle dynamique majeur.
Les surfaces métalliques de chaque oeuvre, découpées et polies par l’artiste, imposent au regardeur une présence ambiguë : celle, à la fois incertaine et menaçante, de leurs contours volontiers coupants, de leurs angles acérés, de leurs pointes effilées et de leurs reflets multiples.
Les traces d’oxydation, produites sous l’action de la soudure, prennent ici une dimension d’ordre pictural en ce qu’elles maculent, de toutes les couleurs du spectre, ces surfaces miroitantes. Ramené à ses lignes de forces, à ses arêtes, un mobilier squelettique se voit ainsi sciemment privé de son rôle attendu de présentation ou de stockage. Tantôt posé sur le sol ou accoté au mur, celui-ci côtoie parfois des masques – voire les formes négatives de ceux-ci – qui, fixés au mur tel des haut-reliefs, évoquent ainsi les expérimentations constructivistes de Naum Gabo et Anton Pevsner sur l’art africain.
Autre qualité notable de ces objets paradoxaux : ils sont pensés pour être réactifs à leur environnement, tant sur un plan spatial qu’humain. Sensibles à la proximité de leur observateur, ils mettent en jeu la surprenante élasticité du métal. Relevant d’un équilibre subtil, c’est-à-dire indiscernable au premier regard, ils vibrent au moindre contact de la main, au moindre déplacement d’air. Porteurs d’une constante résonance historique et culturelle, qui traduit la double origine, scandinave et arabe, de leur auteur, ces réalisations démontrent la nécessité d’une résonance physique – réelle – des oeuvres à la présence d’un spectateur légitimement lassé de l’image-emballage ou du virtuel hoquetant.

Matthieu Poirier

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Tarik Kiswanson, artiste suédois d’origine palestinienne, né et elevé en Suède, présente à la galerie Almine Rech une « cosmologie » de nouvelles créations.
Oscillant entre Orient et Occident, l’oeuvre de l’artiste se fonde sur des principes de superposition de différents horizons culturels et contingences esthétiques. Il déplace aussi la limite entre art et design et s’appuie sur des données biographiques pour créer ce qu’il appelle des « objets ambigus ».
D‘autres oeuvres s’érigent tels des personnages sur la scène de l’exposition et se déploient dans les trois salles de la galerie. Motifs récurrents dans le travail de l’artiste, ces sculptures «tranchantes», en laiton ou en acier soudé, sont autant de silhouettes aux proportions anthropomorphiques. Entre cages et squelettes, ces figures sont à la fois rigides et flexibles. Leur agressivité apparente tranche avec la précarité physique de leur composition : cette ambivalence souligne ainsi leur vulnérabilité.
Le corps se matérialise par son absence manifeste, les oeuvres bien qu’immobiles ont un potentiel cinétique et peuvent être interprétées comme des métaphores de l’instabilité de notre société et de ses modes de représentations. Les « tremblements » sont insufflés par le déplacement du public au sein de la galerie et les formes ponctuent l’espace d’exposition comme autant de multiples similitudes.
Sur les murs de la galerie, des sculptures métalliques sont le résultat d’une hybridation formelle entre les masques de chevaliers européens et les niqabs métalliques portés par
les femmes dans la péninsule arabique jusqu’au début du XIXème siècle. Les points de soudure, laissés visibles sur ces masques, véritable signature de l’artiste, révèlent les télescopages imaginés entre ces deux références superposées, tout en exhibant les strates de leur fabrication. Tandis que des porte-hampes de drapeaux sont convertis en sculptures post-minimalistes dépourvues de finalité pratique, il en est de même avec ces grillages rendant impossible les flâneries des visiteurs, qui retrouvent dans l’exposition, une dimension autrement sophistiquée, à la valeur ajoutée.


Ami Barak

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Né en 1986, à Halmsatd, en Suède, Tarik Kiswanson vit et travaille à Paris. Après l’obtention en 2011 d’un B.A. au Central Saint Martins College of Art and Design, Université de Londres, il intègre l’E.N.S.B.A. de Paris ou il obtient un D.N.S.A.P. avec les félicitations du jury en 2014. Depuis 2013, il participe à des expositions collectives telles que Les mains libres à l’espace
251 Nord à Liège en 2015, Compositions au Metropolitain Art Society à Beyrouth, Ciel d’Ether à la fondation Browstone à Paris en 2015 et à la 60ème édition du Salon de Montrouge en 2015 et Achievement au Belvédère du Palais des Beaux-Arts de Paris en
2014. Son travail a également fait l’objet d’expositions personneIles telle que No Man is an Island à la Galerie 9 de Lille en 2015 ; Embrayeur à l’E.N.S.B.A. de Paris en 2014 ou encore Gently told, Somehow Believed à La Friche Belle de Mai à Marseille en 2014. Il a été Lauréat du Prix des Amis des Beaux-Arts / Prix Agnès b. en 2014.

Artistes

Adresse

Galerie Almine Rech - 75003 64 rue de Turenne 75003 Paris 03 France
Dernière mise à jour le 2 mars 2020