Sound Eclipse

mor charpentier Paris 03
Vue d'exposition, Sound Eclipse, mor charpentier, Paris, 2020

Que se passe-t-il lorsque le son s’éclipse ? Lorsque le bruit s’interrompt ? Pouvons-nous écouter par les yeux, comme le proposait déjà en 1980 René Block au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris. L’écoute d’un son, d’un bruit ou d’une musique n’est pas simplement déterminée par une capacité physique mais peut également l’être par un ensemble de facteurs culturels, sociaux, linguistiques ou politiques. L’exposition Sound Eclipse propose d’attirer notre attention sur la pratique artistique de Lawrence Abu Hamdan (1985, Amman, Jordanie) et de Saâdane Afif (1970, Vendôme, France), deux artistes dont l’oeuvre est intrinsèquement liée à l’expérimentation sonore et musicale. 

L’exposition s’ouvre sur Earwitness Inventory de Lawrence Abu Hamdan, installation constituée initialement de 95 objets et instruments familiers ou atypiques, dont chacun a permis de restituer l’effet sonore décrit par le témoin d’une affaire judiciaire ou d’une catastrophe historique à travers le monde. Pouvons-nous imaginer qu’à chacun de ces objets se substitue la mémoire d’un témoin ? Après plusieurs années d’investigation autour de la perception du langage, du son et de la politique de l’écoute, Lawrence Abu Hamdan s’attache cette fois, aux limites communicationnelles d’une expérience sonore ainsi qu’à la fiabilité de notre mémoire auditive à rendre compte d’événements violents. Si les objets restent sourds, demandant aux visiteurs de considérer à partir de leur propre expérimentation leurs potentiels acoustiques, un texte défilant sur écran permet d’appréhender l’accumulation de récits mis en scène sous nos yeux. Les recherches menées par l’artiste dévoilent peu à peu la complexité qu’entraîne la reproduction d’un bruit. Si la technique permet de plus en plus de précision, c’est l’enregistrement du souvenir (partiel ou influencé par un contexte précis), qui pose le plus souvent question. Earwitness Inventory souligne l’intérêt porté par l’artiste pour l’évanescence et la fuite du son, déjà présent dans des oeuvres antérieures telles que This whole time there were no landmines (2017) ou Walled Unwalled (2018) ; et questionne la fragilité du statut légal et politique de l’être humain dans ces zones troubles où le son fait défaut.

Une sélection d’oeuvres de Saâdane Afif illustre le processus créatif mis en place par l’artiste depuis 2004. Il décide d’accompagner ses productions plastiques de paroles de chansons dont il passe commande à un auteur selon un protocole précis. Chaque texte porte le titre de l’oeuvre l’ayant inspiré ainsi que le nom du parolier. L’oeuvre se dédouble avant de se démultiplier : à partir des paroles naissent leurs mises en musique, desquelles découlent de nouvelles versions plastiques et ainsi de suite. L’acte performatif donne lieu à une nouvelle transcription: le poster, forme synthétique et graphique des informations factuelles des évènements et concerts. La présentation simultanée du poster bouleverse la frontière entre l’oeuvre et son outil de médiation et démontre à nouveau le potentiel auto-réflexif d’un art qui ne se donne à voir qu’au gré de constantes mutations. Bien que silencieuse, chaque création convoque musique, voix, instruments ou concerts. L’S Bells – The Tool of Busker of the Gray Line et Salle n°11 de l’exposition Blue Time, Blue Time, Blue Time, IAC (2013) utilisent la vitrine pour mettre en évidence deux objets, deux reliques ayant capturé un groupe de paroles et leurs variations musicales. D’un côté, la guitare de Mount Moon symbolisant sa musique de rue et de l’autre, la céramique conçue par l’artisan, Antonio Frias Ornelas, qui a littéralement emprisonné dans la matière les paroles prononcées simultanément par l’artiste. Les lanternes de Three Tokyo Sessions ouvrent sur une autre sonorité introduite par la traduction d’une sélection de paroles en japonais. Enfin L’Eternité est conçue d’abord en tant que musique, puis comme élément de décor de scène avant d’être capturée à l’état de fragments. Ceux-ci disposés tels les rayons du soleil sur des vues de mer agitées entrent en résonance avec les vers du poème éponyme de Rimbaud. Le cliché du coucher de soleil, la mer et ses vagues comme le titre, scandent de façon sourde l’écoulement inexorable du temps et la précarité de l’instant que l’artiste n’a de cesse de déjouer dans une oeuvre en perpétuelle métamorphose.

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Adresse

mor charpentier 61 rue de bretagne 75003 Paris 03 France

Comment s'y rendre

Dernière mise à jour le 28 août 2020