Quand le Design s'amuse... Baby-Lonia

Par Émilia Philippot et Pauline Druon
Vue du jeu Baby-lonia conçu par Studio 65

Studio 65, « Baby-lonia », (FNAC 93193). Editeur Gufram Industria Arredamento (Italie), 1986.

Vue du jeu Baby-lonia conçu par Studio 65

Vue du jeu Baby-lonia conçu par Studio 65

Vue du jeu Baby-lonia conçu par Studio 65

Vue du jeu Baby-lonia conçu par Studio 65

Vue du jeu Baby-lonia conçu par Studio 65

Vue du jeu Baby-lonia conçu par Studio 65

Vue du jeu Baby-lonia conçu par Studio 65

Vue du jeu Baby-lonia conçu par Studio 65

Vue du jeu Baby-lonia conçu par Studio 65

Vue du jeu Baby-lonia conçu par Studio 65

En 1973, alors que le regard porté sur les enfants se modifie, et que l’éducation par le jeu se démocratise dans les crèches et les écoles, le Studio 65, agence italienne de design fondée en 1965 par Franco Audrito, crée Baby-lonia.

Baby-lonia : un jeu, une création, une multiplicité

Pour ces jeunes designers italiens, l’enjeu consiste à concevoir un jeu d’éveil pour les enfants des classes maternelles piémontaises. Après un premier prototype en laminé et médium baptisé « Ordinatissimo » (« très ordonné »), Studio 65 s’associe à Francesco de Bartolomeis, professeur de pédagogie à l’Université de Turin, afin d’élaborer un instrument destiné à stimuler l’expression et la communication des enfants.

C’est alors que « Baby-lonia » prend sa forme définitive : objet massif composé de 22 éléments de tailles et de formes différentes réalisés en mousse souple recouverte d’une peinture vernie.
Bien que souvent présenté sous la forme d’une entrée de temple, l’objet est un véritable jouet que l’on peut monter et démonter à loisir, selon de multiples combinaisons à inventer : portique, pont, cabane, agencements abstraits etc. « Baby-lonia » est ainsi une pièce particulièrement ludique tant par ses couleurs et ses matériaux que par son principe même.

Quand le vernis vieillit mal

La version de « Baby-Lonia », a récemment présenté plusieurs problèmes de conservation inquiétants. En effet, des altérations de surface, nombreuses et visibles, ont modifié l’aspect esthétique du jeu et mis en péril sa pérennité.

Véritable cas d’école, le « Baby-Lonia » a ainsi fait l’objet, en 2009-2010, d’une restauration et d’une étude approfondie dans le cadre d’un mémoire de fin d’étude de l’Ecole supérieure d’art d’Avignon. Ce travail a naturellement commencé par une identification précise des matériaux constitutifs de l’œuvre, afin d’en comprendre les altérations et de choisir les produits les plus adaptés. Ces analyses d’identification, réalisées en collaboration avec Monsieur Alain Colombini du Centre interrégional de conservation-restauration du patrimoine (Marseille), ont révélé de façon précise la stratigraphie de « Baby-Lonia », c’est-à-dire, la superposition des couches de matériaux qui la constituent.

L’identification de ces matériaux fragiles et instables a permis de comprendre pourquoi, malgré une mousse et une couche colorée en bon état, le vernis pelé et oxydé était en train de modifier non seulement l’aspect de « Baby-Lonia » mais aussi d’en menacer l’intégrité.

Une restauration en trois temps

Le travail d’étude et de réflexion concernant le traitement de « Baby-Lonia » s’est donc concentré sur le vernis. Compte tenu de son rôle essentiel mais aussi de son état de dégradation avancé, il est apparu nécessaire de procéder à son remplacement. Trois grandes étapes de travail se sont alors dégagées : le dévernissage, le choix d’un nouveau vernis plus adapté, et enfin le revernissage.

Cette intervention de conservation-restauration a été longue (plus d’une année) et, à certains égards, fastidieuse : taille importante de l’objet à traiter, nature complexe des matériaux constitutifs en présence (polyuréthannes et polyisoprène), limitation des sources disponibles (secret industriel des brevets). Les recherches nécessaires à cette restauration, ainsi que les différents tests préalables réalisés sur les matériaux auront néanmoins permis au jeu « Baby-Lonia » de retrouver son esthétique originelle, d’en préserver l’intégrité et d’en améliorer la pérennité. Tout l’enjeu de ce travail, à présent, est qu’il profite, au delà de cette étude de cas, aux autres objets édités par la société Gufram et conservés dans les fonds et musées français et internationaux.

Pauline Druon, restauratrice, ancienne élève de l’École Supérieur d’Art d’Avignon
Émilia Philippot, Responsable des collections arts décoratifs, métiers d'art, création industrielle, Centre national des arts plastiques