The PLAYER

10 oct 2014 - 1er mars 2015
Exposition
Film, vidéo
FRAC Poitou-Charentes Angoulême

The PLAYER, un espace au FRAC Poitou-Charentes, site d’Angoulême dédié à l’image en mouvement. En parallèle de chaque exposition, découvrez une programmation autonome au rythme aléatoire.

 

10 - 25 octobre 2014
Qingmei Yao
Le troisième couplet d’Internationale solo à Monaco
2012, 12’29’’
courtoisie de l’artiste

Artiste issue des écoles d’art de Limoges et Nice, on a récemment découvert quelques-unes des vidéos de Qingmei Yao au Salon de Montrouge. Résolument engagé, souvent caricatural et d’un burlesque assumé, son travail (vidéo, performance, photographie) cherche à mettre en forme des questionnements d’ordre politique autour de deux principaux pôles : le capitalisme et le communisme. L’artiste se met régulièrement en scène, incarnant des «personnages idéalistes, obstinés, parodiques mais tristement sérieux», démontrant la manipulation facile des concepts et la perte des symboles, et articulant le tout au travers d’une tentante vision manichéenne.
Le troisième couplet… est une vidéo produite lors d’une action de l’artiste à Monaco, lieu sélectionné pour sa réputation de paradis fiscal. Installée dans une voiture munie d’un haut-parleur, Qingmei Yao chante au micro un couplet méconnu de l’Internationale qui est ainsi diffusé en pleine rue. Celle-ci est rapidement interrompue par des policiers. Il s’ensuit un échange mêlant considérations approximatives sur l’art et la politique dont l’artiste ne conserve que la bande-son. Sur l’écran noir de la vidéo, rapportées par les mots retranscrits, les fissures se révèlent.

 

28 octobre – 15 novembre 2014
Marie Voignier
Les Immobiles
2013, 14’
courtoisies de l’artiste et galerie Marcelle Alix, Paris

Lorsque l’on regarde une vidéo de Marie Voignier, on a l’impression que l’artiste, chaque fois, de manière assez imparable, est parvenue à aménager un espace de neutralité dans lequel les lieux, les situations et les paroles se révèlent. Face à une caméra sans concession, les sujets n’ont d’autre choix que de se livrer eux-mêmes, simplement, frontalement.
Pour Les Immobiles, le dispositif est des plus économes : caméra en plan fixe sur la main d’un auteur qui commente son livre au fil des pages. Ce dernier, entre amusement et nostalgie, raconte les parties de chasse en Afrique dont il était le guide dans les années 70 - 80. La légèreté de ses propos est en totale rupture avec la cruauté des images qui les illustrent. Fièrement, les riches européens désoeuvrés posent aux côtés de leurs trophées gisant au sol. Au fil des pages, les cadavres s’accumulent mais ceux-ci ne semblent pas comptables, juste racontables, du moins si l’anecdote est bonne. Un récit en toute décontraction d’une Afrique post-coloniale qui n’en porte que le nom.

 

18 novembre – 7 décembre 2014
Jesper Just
Lonely Villa
2004, 5’32’’
coll. FRAC Champagne-Ardenne

Lonely Villa se pose dans les décors clairs-obscurs d’un gentleman’s club intemporel, dont les membres vieillissant conjuguent leurs solitudes avec dignité. Une sonnerie de téléphone retentit et vient troubler la quiétude du lieu. L’une des personnes décroche pour entendre la chanson sentimentale que lui fredonne un jeune homme dont on ne voit, en contre-champs, que la bouche près du combiné. Alors s’installe une émotion sous-pression, une tension érotique sans ardeur entre des personnages masculins dépeints dans leur vulnérabilité. Le film, d’une qualité visuelle cinématographique, déjoue pourtant toutes les attentes du cinéphile averti, et propose dans une ambiguïté douce, des scenarii ouverts et au dénouement incertain.
Notice FRAC Champagne-Ardenne

 

9 décembre 2014 – 4 janvier 2015
attention ! fermeture du frac du 21/12 au 1/02
Cyprien Gaillard
Cities of gold and Mirror
2009, 8’50’’
coll. FRAC Champagne-Ardenne

«(…) Cancun. Une ville entièrement artificielle construite dans le Yucatan, au Mexique, conçue pour attirer les riches touristes et dont l’architecture hôtelière pyramidale mime les sites pré-colombiens, dont se moquent parfaitement les estivants, venus festoyer. Ainsi Gaillard filme-t-il de jeunes Américains lors du Spring break - une sorte de semaine orgiaque dont le but principal est de jouir et de boire. Sous le soleil écrasant du Mexique, on voit ces jeûnes hommes blancs boire la tequila à plein goulot, ignorants de l’Histoire sublime qui se joue derrière eux, à quelques kilomètres. Suprême bêtise de l’Occident serait-on tenté de dire brutalement, mais non - et c’est là l’une des ambiguïtés du travail de Gaillard - il n’y a chez l’artiste aucun jugement d’ordre moral. Les corps se saoulent au risque de la mort : ce sont des ruines, au même titre que les palaces modernistes des années 1970, et comme les temples mayas. Ni plus, ni moins.(…)»
Dominique Baqué, «Cyprien Gaillard, vandale romantique», artpress n°372

 

6 – 24 janvier 2015
Benjamin Nuel
Hôtel
2008, 13’04’’
courtoisie de l’artiste,
une production du Fresnoy, studio national des arts contemporains

À la manière d’une maison de repos, Hôtel est un espace hors du temps qui accueille les protagonistes de jeux vidéos. Les terroristes en cagoule et les policiers casqués n’y incarnent plus le prolongement actif du joueur en ligne. Autonomes et isolés dans un stand-by, ils discutent, jouent, s’essaient au théâtre et à tout ce qui peut remplir leur oisiveté. Cette situation incongrue s’inspire du temps d’errance au sein d’un niveau dans lequel un joueur est plongé lorsque son personnage, hors-jeu, est mis en attente. Mais le trouble provoqué ne réside pas seulement dans l’absence d’action. Il provient également d’un basculement de la posture de vacuité du joueur vers son personnage. Pour autant, cette mise en échec ne tient d’une volonté d’anéantissement ou de critique de la part de l’artiste. «En désamorçant avec bienveillance les réflexes conditionnés que nous avons développés face aux médias figuratifs, Nuel ne vient pas frontalement dénoncer le code, le genre, le stéréotype, et c’est en cela qu’il nous surprend encore davantage par rapport à tant de ses contemporains. Il préfère favoriser l’émergence d’une magie, d’une évocation qui en passe par le non-dit, par la disparition, par l’évanouissement des enjeux. Un reflux harmonieux qui suscite en retour l’aspiration violente d’en trouver le sens. De ce vide serein, propice à la contemplation réflexive comme à la déconstruction, de ce retrait étrange, tout à la fois intellectuel et sensible, pourraient bien surgir des phénomènes, créatures ou rencontres insolites. » Etienne Armand Amato

 

27 janvier – 14 février 2015
Thomas Hirschhorn
Touching Reality
2012, 4’45’’
courtoisies de l’artiste et galerie Chantal Crousel, Paris

Touching Reality est une œuvre choc. À l’image, des vues en gros plan de corps déchiquetés qu’une main fait défiler sur une tablette numérique. Victimes de conflits d’aujourd’hui, ces corps détruits montrent une réalité qu’on ne veut pas voir. La diffusion sur tablette n’est pas hasardeuse, Thomas Hirschhorn produit ainsi un filtre supplémentaire entre les images et le spectateur, arguant de la distance que l’on veut maintenir. Pour autant, il introduit en même temps ce geste de contact direct avec l’image qu’induit ce nouveau type de support numérique. Le passage d’une image à l’autre se fait par l’entremise d’une caresse, l’effet zoom est quant à lui produit par un contact prolongé sur une plaie béante. Cependant, froids et peu engagés, ces gestes désignent avant tout un zapping. L’accumulation des corps, dégagée de toute partisanerie, démontre une redondance de la volonté de détruire, mais sans en supporter les résultats, refusant de les voir. Celles-ci ne sont d’ailleurs pas diffusées dans les médias. L’artiste puise ses sources sur internet. Ces images basses qualités amateures répondent à une urgence de l’instant, peut-être aussi à une forme d’émancipation du citoyen cherchant à produire sa vérité des faits. Sans qualité esthétique et sans concession, elles s’opposent au cliché officiel qui, édulcoré, est (presque) décemment diffusé dans la presse.
«Regarder des images de corps humains détruits est important, car cela peut contribuer à comprendre que l’acte incommensurable n’est pas de regarder, ce qui est incommensurable est d’abord que cela soit arrivé – qu’un humain, un corps humain ait en effet été détruit, et qu’un nombre incommensurable d’êtres humains aient été détruits.» (…) «Je suis sensible et je veux être sensible, et en même temps, je veux rester éveillé, je veux être attentif. Je ne veux pas me distancer, je ne veux pas regarder ailleurs, je ne veux pas détourner le regard.» T.H.

 

17 février – 1er mars 2015
Arnaud et Bertrand Dezoteux
Cloud Berry
2014, 23’18’’
courtoisie des artistes
une production Baldanders Films - Bandits-Mages

Cloud Berry, un titre à l’allure de mot-valise qui évoque de nombreuses références sans pour autant pouvoir déterminer laquelle. Ne cherchons plus, elles fonctionnent toutes - de près mais aussi de (très) loin. À l’occasion des Rencontres Bandits-Mages à Bourges, les frères Dezoteux ont convié des amateurs à passer un casting pour une éventuelle adaptation berrichonne de Cloud Atlas, un blockbuster dans lequel des individus au destin liés se croisent au fil des siècles dans plusieurs espaces-temps. La vidéo se construit à partir des essais sur fond bleu tournés lors du casting, mélangeant éléments de la Préhistoire, du Moyen-Age et d’un éventuel futur. Chaque scène semble se construire sous nos yeux, depuis la mise en place jusqu’à la post-production outrancière, dans une production associant les démarches respectives des artistes.
Les précédentes productions de Bertrand Dezoteux nous ont accoutumés aux raccourcis historiques ainsi qu’au principe d’assemblage d’éléments disparates qui participent à former un tout, une approche somme toute assez pragmatique si on la met en perspective avec d’autres domaines comme la biologie… Mais à la place d’une fusion, on assiste plutôt à un conglomérat d’éléments autonomes s’essayant à la colocation. Les vidéos (images analogiques ou créations 3D) exposent cette construction forcée au travers de procédés visibles.
Les vidéos d’Arnaud Dezoteux, quant à elles, prennent pour cadre des studios de tournage pour films ou animations dont les fonds bleu ou vert sont souvent laissés bruts. Utilisés à rebours, ils servent moins à générer des décors et effets qu’à isoler les protagonistes (acteurs et amateurs) dans un environnement uniforme, en dehors de tout contexte. Au cœur de cette technologie appauvrie, les scènes se prolongent et font émerger les potentialités des individus mis en interaction. Construction du film et des personnages avancent de concert.

Tarifs :

entrée libre

Autres artistes présentés

Arnaud et Bertrand Dezoteux
Cyprien Gaillard
Thomas Hirschhorn
Jesper Just
Benjamin Nuel
Marie Voignier
Qingmei Yao

Horaires

du mardi au samedi et chaque 1er dimanche du mois 14h - 19h

Adresse

FRAC Poitou-Charentes 63 boulevard Besson Bey 16000 Angoulême France

Comment s'y rendre

Dernière mise à jour le 2 mars 2020