Objets de mémoire

Jean-Baptiste Defrance
Exposition
Arts plastiques
Maison des Arts Solange-Baudoux Evreux

D’après mémoire

       Lorsque j’ai commencé à regarder les tableaux de Jean-Baptiste Defrance, je n’ai d’abord pas su ce que je voyais. Dans les grands paysages qu’il peignait alors, la frontière entre figuratif et non-figuratif n’était pas clairement tracée, des taches de couleur, des traits noirs venaient détourer, décerner la forme reconnaissable d’une vallée, d’une montagne. Sur des perspectives ouvertes, romantiques, venaient se poser des bouts d’objets, un gant, des fleurs, peints par endroits de façon extrêmement réaliste, se dissolvant ailleurs en vastes aplats.

      Dans les tableaux qu’il présente aujourd’hui, cette tension entre représentation et forme libre, cette confusion savamment installée entre les différents objets représentés, cette désorientation délibérée du regardeur quant aux procédés employés (était-ce peint sur le motif ? imaginé ? d’après photographie ? mais alors, quel genre de photographie ?), sont poussées à l’extrême, déterminant un espace visuel et mental où s’affrontent un désir de clôture hermétique et l’insistance de points de lumière perçante dont rien n’indique la provenance ni la signification.

      Chacune de ses trois grandes séries actuelles (les grandes peintures sur papier, les effacements/recouvrements sur bois et les peintures sur papier contrecollées sur bois) explore, à sa manière, ces questions. Autour du problème de l’achèvement, une autre tension sous-tend ainsi l’ensemble de l’œuvre, qui s’étage de l’ébauche (dont l’absolu serait les carnets) au tableau achevé, qui est aussi le plus inachevé puisque, le tableau terminé, tout est toujours à recommencer.

       La peinture de Jean-Baptiste Defrance est un effort utopique toujours manqué, toujours recommencé, de se dire : de dire la vérité sur lui-même. Les formes qui remontent par transparence de sous les couches supérieures de peinture sont le résidu d’un combat livré à la disparition, à la mort, à l’oubli, à l’impossibilité de dire(…).               Laurent Perez

Tarifs :

gratuit

Complément d'information

« Une authentique nature morte naît le jour où un peintre prend la décision fondamentale de choisir comme sujet et d'organiser en une entité plastique un groupe d'objets. Qu'en fonction du temps et du milieu où il travaille, il les charge de toutes sortes d'allusions spirituelles, ne change rien à son profond dessein d'artiste : celui de nous imposer son émotion poétique devant la beauté qu'il a entrevue dans ces objets et leur assemblage. »
— Charles Sterling, 1952
Après des études à la Haute Ecole des arts du Rhin, Jean-Baptiste Defrance sort diplômé avec mention de la section art en 2009. Il expose alors dans plusieurs galeries et centres d'art dans le grand Est depuis plusieurs années maintenant. En 2018 il a partcipé à une résidence à Stuttgart avec pour thème la mémoire dans l'art contemporain.
Entre le portrait et la nature morte, l'œuvre de Jean-Baptiste Defrance s'inspire de l’atmosphère de Peter Doig, de la corporalité de la matière de Jean Siméon Chardin, et du sublime de Caspar David Friedrich.
Fasciné par les objets qui rappellent l’usage perdu d’un corps disparu. Empreint d’une odeur, d’une sensation, la couleur transpire la vie tout en pleurant l'être perdu. La nature morte ici est constamment en jeu. Jean-Baptiste peint souvent des vêtements, indéfinis, abandonnés, que les corps ont traversés, laissant alors leurs traces. Chaussures, bonnets, écharpes sont les reliques de ce passage. Depuis peu les fleurs s’ajoutent à ce paysage intérieur rappelant l’éphémère de la composition et de la vie. Ses peintures sont des memento mori laissant transparaitre au fur et à mesure un corps, une ombre, une main, où tout simplement le souvenir d’une silhouette solitaire.
Jean-Baptiste Defrance ne peint jamais à l’extérieur, pour composer ses toiles il exploite ses modèles des objets-corps abandonnés à la toile attendant la chaleur du regard du spectateur.
S’appuyant sur un travail de la matière - jeu de textures, coulures, ses œuvres donnent à voir le gris coloré de la vie. Elles préconisent toujours une distance face au sujet pour permettre à l’œil du passant une traversée. Jean-Baptiste Defrance peint des atmosphères, des objets-corps marqués par le malaise de l'homme. Ce sont ceux d’un autre, peu à peu oublié et empreint du souvenir d’un moment passé. Cloé Desmons

Commissaires d'exposition

Horaires

mardi jeudi vendredi de 10h à 12h et de 14h à 16h mercredi samedi 10h à 18h

Accès mobilité réduite

Oui

Adresse

Maison des Arts Solange-Baudoux Place du Général de Gaulle 27000 Evreux France

Comment s'y rendre

Gare SNCF Paris Evreux Bus
Dernière mise à jour le 2 mars 2020