Luka Fineisen

Extracts of Glamour
Exposition
Arts plastiques
Galerie Papillon Paris 03

Luka Fineisen provoque des phénomènes physiques. Elle les provoque notamment
au sens imagé du terme, elle les met en demeure d’advenir, s’en joue avec un
respect que ne dément pas un humour partout présent, mais discret et très distancié.
On peut dire, avec la même polysémie et la même langue parlée, qu’elle les « cherche ».
Tout ce que nous allons voir dans cette première exposition à la Galerie
Claudine Papillon signifiera qu’elle les a trouvés.

Il paraît tautologique de déclarer que son médium est la matière, cependant son
travail se situe précisément à ce croisement des exercices : science,
expérimentation, contemplation, élaboration d’une poétique concrète, qui veut que la
matière advienne, du fait de l’intervention de l’artiste, dans sa plénitude même. Le
paradoxe de ce déploiement de la matière dans toute son ampleur réside dans
l'usage ascétique des moyens. C'est en faisant apparaître des formes simples que
Luka Fineisen génère de l'évidence.

Ce qui est utilisé ici en termes de moyens relève, donc, de l’élémentaire. Le glamour,
ici, est un truchement, transformé par la mise en évidence de sa propre fragilité, et
mis au service de desseins esthétiques radicaux.

Variations sur le souffle, 1. Deux ventilateurs pulvérisent, dans l’espace confiné
d’une boîte transparente, des particules métalliques qui s’amalgament selon des lois
apparemment aléatoires, obéissant pourtant strictement à la physique, formant tour à
tour des motifs somptueux, des scintillements éclatés, des opacités miroitantes.
Dans les intervalles de folle mobilité entre les états stables du matériau, on peut être
pris d’un dégoût passager, tant les précieuses paillettes prennent l’aspect d’un
essaim de moucherons.

Dans cette pièce comme dans bien d’autres travaux de Luka Fineisen, la
connectique des appareils est très valorisée visuellement, adossant l’affirmation de
l’artifice à l’imitation de la nature. Esthétique minimaliste et évocations industrielles
se côtoient très fréquemment dans ce qu’elle montre, pour mettre en lumière, avec
l’évidence du contraste, la poésie extrêmement pure du résultat.

Variations sur le souffle, 2. De grandes bulles de savon figées dans la perfection de
leur fragilité mettent le parcours du visiteur en déséquilibre. On les croirait tout juste
posées à terre, très récemment étalées à son contact. La représentation de cette
rencontre à peine effectuée contamine jusqu’au sol, que l’inévitable idée de leur
éclatement transforme fantasmatiquement en zone sismique.

Pendant à ces bulles, d’autres ; apparemment encore en mouvement, elles sont
glacées dans la transparence aquatique de la résine qui les contient. Le format
mural, concession magistrale aux codes de la représentation, est accusé par
l’inclinaison de l’une de ces épaisses plaques rectangulaires. Il est également
redoublé par une autre version du vertical, évocateur de tapisserie, de chute d’eau,
d’écoulement du temps dans un sablier, déclinaison complémentaire de
l’immobilisation du mobile. On croirait voir couler et s’amalgamer une matière
opulente et flatteuse qui, à mieux y regarder, est figée dans sa propre splendeur.

Amas, coulures, fontes et effondrements sont les procédés privilégiés de ce travail
qui, quelque traitement qu’il réserve au medium, a toujours pour objet de matérialiser
un état très ténu, voire un instant de la matière. Mélange de fluides, affleurements,
modifications thermique ou chimique, les pratiques utilisées rendent toutes compte
de la perpétuelle transformation de la matière, en même temps qu’elles offrent au
spectateur d’en voir des extraits arrêtés dans leur cours.

La majeure partie du temps, Luka Fineisen élabore des travaux in situ à très grande
échelle, dispositifs actifs autonomes et très impressionnants, fonctionnant sur un
double principe d'invasion et de redéfinition de l'espace. On y est toujours confronté
à des corps paradoxaux, évanescents et matériels : fluides, mousses en mouvement,
vapeurs, émis et circulant. Une exposition en galerie, donc dans un espace plus
restreint, met en place le même type de rapports, de forces et de tensions à une
autre échelle. Loin d'être une concession au format ou une citation des grandes
pièces, le travail de taille "portative" en est presque une extension, tant est crucial
l'impératif de concentrer les mêmes enjeux à l'extrême de leur visibilité.


Eléonore Marie Espargilière

 


Luka FINEISEN – Née en 1974 à Offenburg, en Allemagne
Après une formation à l'école des Beaux-arts de Düsseldorf, Luka Fineisen vit et travaille
aujourd'hui à San Francisco. Extracts of Glamour est sa première exposition personnelle à la
galerie Claudine Papillon. En 2012, la Maison rouge, fondation Antoine-de-Galbert, lui a
consacré dans le patio une exposition intitulée Fluide parfait. En 2013, dans le cadre de
l'événement Transfer Korea – NRW, ses oeuvres ont été présentées dans plusieurs
institutions tant en Allemagne (Bonn, Hagen ou encore Düsseldorf) qu'en Corée du Sud
(Séoul).

Adresse

Galerie Papillon 13 rue Chapon 75003 Paris 03 France

Comment s'y rendre

Dernière mise à jour le 2 mars 2020