Exposition RADO

Conférence
Photographie
L'oeil écoute Limoges

Inauguration de l'exposition RADO
Marie Preston, Tables servies, 2009-2010
Terre cuite émaillée, brioche, fruits, légumes et bois.

Depuis les années 80, Peuple et Culture invite des artistes en résidence à Tulle et dans le pays de Tulle. Entre la commande publique traditionnelle et l’œuvre dite autonome, l’association explore une troisième voie : celle d’un art rattaché à l’espace public par des procédures de participation et d’échanges, et capable dans le même temps de produire des formes exemplaires. Des projets qui émanent d’un territoire précis tel que le décrit Edouard Glissant : un pays qui devient monde, lieu « incontournable » mais qui n’a de sens que s’il est ouvert. Les formes artistiques produites induisent de la reconnaissance et, dans le même temps, des rapports d’étrangeté, des décalages, des lignes de fuite. Un travail artistique qui, justement parce qu’il part du local, de l’intime, peut atteindre une
valeur générale, parler à d’autres ailleurs et fonctionner pour et hors du lieu précis où il a été conçu. Pour ces résidences d’artistes, pas d’a priori, ni de commande particulière mais, à partir de leur propre démarche, l’invitation à porter un regard sur la ville et ses habitants.

Le groupe RADO
Les dix dernières années ont été marquées par trois temps forts avec les photographes Marc Pataut, Patrick Faigenbaum et Ahlam Shibli qui chacun-e à leur manière ont investi par leur travail artistique le pays de Tulle. En est résulté un corpus d’œuvres (plus de 140 photographies et
deux ouvrages) inscrit dans ce territoire et en lien avec sa population, ce qui constitue un phénomène rare.
Peuple et Culture a choisi de poursuivre cette démarche avec l’invitation en résidence d’un collectif de jeunes artistes (aux pratiques diverses : photographie, sculpture, vidéo, dessin) sensibles au lien art/territoire :
le groupe RADO.
RADO regroupe actuellement Fanny Béguery, Madeleine Bernardin Sabri,
Florian Fouché, Adrien Malcor, Anaïs Masson, Marie Preston, Maxence Rifflet,
Claire Tenu, Antoine Yoseph.
www.groupe-rado.org
Blog du projet : http://correze.groupe-rado.org

 

Premières hypothèses

Avant notre premier séjour de repérages dans le pays de Tulle et suite aux premiers échanges du groupe Rado avec Manée Teyssandier et Antoine Réguillon, nous avons formulé deux hypothèses de travail.

La première est méthodologique. Elle tire son origine de l’intérêt de plusieurs d’entre nous pour une activité artistique menée en collaboration avec un public non artiste. Nous voulons mettre en place des situations de travail collective avec des habitants, associations, entreprises, établissements scolaires du territoire, situations dans lesquelles la dimension pédagogique ne sacrifierait rien à l’ambition artistique.

« Activité pédagogique », « art en collaboration », les expressions et périphrases utilisées pour décrire ce type de situations nous semblent, à vrai dire, rarement pertinentes. Notre groupe veut saisir l’occasion de ce projet à Tulle pour analyser de tels travaux et produire une définition et une théorie : faire la part entre la pédagogie et le surgissement d’attitudes artistiques, rendre énonçable les ambitions d’une activité artistique irréductible à l’activité socio-culturelle, s’interroger enfin sur le statut des objets et des documents qui en résultent.

La seconde hypothèse définit à la fois un terrain documentaire et un champs spéculatif. Manée Teyssandier nous disait son souhait de voir RADO s’interroger sur le présent et le futur du territoire, le passé et l’histoire ayant été au cœur du travail des artistes précédemment invités par Peuple et culture (Patrick Faigenbaum, Ahlam Shibli en particulier). Aussi, nous avons pensé devoir mettre l’accent sur une géographie.

Les citoyens, et les artistes les premiers, ignorent généralement combien la géographie d’un territoire détermine et est déterminée par un ensemble dynamique de réseaux techniques (voirie, énergie, télécommunications). Nous voulons comprendre et montrer comment tel système technique exploite telle particularité du paysage (de la géologie, de l’hydrographie, etc.), comprendre et montrer comment une ville comme Tulle et un département comme la Corrèze s’insèrent dans des réseaux techniques et technologiques plus vastes (régionaux, nationaux, européens, mondiaux), comprendre et montrer enfin comment les paramètres de cette insertion dessinent l’image de leur futur.

Le philosophe Gilbert Simondon, dans Le Mode d’existence des objets techniques (1958), a appelé à penser le réseau “techno-géographique” comme l’interface fondamentale entre l’homme et la nature. Dans une culture équilibrée, pensait-il, nous devrions être individuellement et collectivement capable de juger belle la bonne intégration fonctionnelle d’une machine dans la nature. La redécouverte d’une “totalité magique” se verrait conditionnée par une éducation technique. Simondon insistait notamment sur l’importance de l’activité d’entretien, comme organisation (elle-même en réseau) du soin humain porté aux machines, une fois celles-ci placées aux “points-clefs” du réseau techno-géographique. La catastrophe de Fukushima rapporte aujourd’hui dans le débat public sinon les thèses de Simondon, du moins ses problématiques.

“Réseau”: le terme est certes galvaudé, la faute en revenant aux artistes ou aux critiques autant qu’aux technocrates. Nous sommes conscients d’avoir à manipuler les métaphores avec précaution, et l’approche la plus concrète des réseaux techniques innervant le territoire aurait sans doute le mérite de parer à certaines dérives. Nous n’en croyons pas moins au réseau comme à un mode d’être et d’agir collectif privilégié. En témoigne le nom même donné à notre groupe, inspiré de Fernand Deligny, pédagogue et écrivain, grand poète du réseau. A notre échelle, et avec les moyens qui sont les nôtres, nous pourrions nous approprier les vues de Simondon, en les intégrant notamment au volet pédagogique de notre activité corrézienne, ceci bien sûr en collaboration avec différents acteurs du territoire, dont nous avons autant à apprendre qu’eux de nous. Des ateliers de cartographie artistique pourraient trouver ici leur matière. De façon plus générale, il s’agirait moins de donner un thème à la commande que d’orienter un faisceau d’enquêtes vers des lieux et des activités peu visibles, ou mal regardées, alors même que ces lieux et ces activités conditionnent fortement l’existence collective.

Autres artistes présentés

Fanny Béguery, Madeleine Bernardin Sabri, Florian Fouché, Adrien Malcor, Anaïs Masson, Marie Preston, Maxence Rifflet, Claire Tenu, Antoine Yoseph.

Adresse

L'oeil écoute 25, rue des Petites Maisons 87000 Limoges France

Comment s'y rendre

Dernière mise à jour le 2 mars 2020