Enlarge your practice

Exposition
Arts plastiques
Sextant et plus - Friche La belle de mai Marseille
Contemporaine de Jackass, mais aussi des jeux en réseau, du paintball, du tuning et autres fan-fictions qui prolifèrent sur le net, et à l’inverse très consciente d’une récente histoire de l’art, une nouvelle génération d’artistes, nés autour des années 80, ne cache plus aujourd’hui son goût pour cette culture adolescente, avec ses délires de fans, ses super-héros, ses jeux de rôle et sa guerre des étoiles. Au point de ne pas seulement se contenter d’en observer les codes, mais d’incorporer bel et bien ces univers à leurs propres langages artistiques. Avec son titre en forme de spam, l’exposition « Enlarge Your Practice » se propose de faire le tour de ces pratiques importées aujourd’hui dans le champ artistique, et qui contribuent à élargir massivement le paysage de l’art contemporain

Complément d'information

Enlarge your practice

En l’an 2000, l’émission Jackass débarquait sur les chaînes de télévision américaines, avant d’envahir quelques mois plus tard les sites et autres blogs des jeunes internautes. D’abord initié par le magazine de skateboard Big Brother, puis diffusé sur MTV avant de devenir un film, Jackass alignait cascades humiliantes et défis périlleux, sans autre but que le fun. Devenu le modèle d’une socialité adolescente fondée sur le fou rire nerveux et les entreprises casse-gueule, Jackass pouvait aussi être vue comme l’avatar adolescent et peut-être impensé des performances extrêmes de l’art contemporain, l’héritier lointain et décomplexé du Body Art de Chris Burden dans les années 70, et des élucubrations plus récentes de Paul McCarthy ou Mike Kelley.

Contemporaine de Jackass, mais aussi des jeux en réseau, du paintball, du tuning et autres fan-fictions qui prolifèrent sur le net, et à l’inverse très consciente d’une récente histoire de l’art, une nouvelle génération d’artistes, nés autour des années 80, ne cache plus aujourd’hui son goût pour cette culture adolescente, avec ses délires de fans, ses super-héros, ses jeux de rôle et sa guerre des étoiles. Au point de ne pas seulement se contenter d’en observer les codes, mais d’incorporer bel et bien ces univers à leurs propres langages artistiques.

Avec son titre en forme de spam, l’exposition « Enlarge Your Practice » se propose de faire le tour de ces pratiques importées aujourd’hui dans le champ artistique, et qui contribuent à élargir massivement le paysage de l’art contemporain. D’où une gamme très ouverte de formes, d’emprunts et de stratégies artistiques : on pense ainsi aux performances très physiques mais totalement pathétiques de Julien Prévieux qui provoque d’improbables collisions avec tout ce qu’il croise sur son chemin. Mais aussi à Fabien Giraud lorsqu’il investit l’imaginaire carrossé d’un trio de mini motos rugissantes ou les tréfonds d’un concert de « straight edge » (mouvement punk végétarien né en Californie à la fin des années 1970), sans compter les « fan films » de Raphaël Siboni conçus comme des prolongements de Starwars, ou encore les paysages vandalisés à coups de fumigènes par Cyprien Gaillard. Dans ces pratiques, dont la culture Internet à largement contribué au développement (l’outil Internet qui participe au nivellement des pratiques et à leur propagation, engendre à son tour des formes, voire une esthétique d’esthétique - on peut par exemple parler d’une « esthétique You Tube »), on retrouve une fascination pour un certain amateurisme, qui s’il semble à priori relever de l’accessoire et du loisir, recouvre en fait un niveau de codification quasi scientifique. L’exposition implique ainsi de voyager dans des univers très pointus, avec leurs rituels, leurs temples, leur jargon, leurs repères, leurs cultes, leurs tribus bien particulières. Reste que par-delà les stratégies proprement mises en oeuvre par chaque artiste dont la posture rappelle parfois celui du fan, l’exposition « Enlarge your Practice » manifeste un certain surrégime esthétique. Soit une surenchère de formes, une compilation de codes et de références, un excès d’énergies (décuplées même, dans le cas des artistes qui travaillent en collectif), et un certain engagement physique nécessairement requis par la pleine réappropriation de ces pratiques à forte dose performative. Une surenchère paradoxale quand on sait que la force motrice qui agite la plupart de ces artistes repose largement sur un certain désoeuvrement.

Ennui du dimanche après-midi, passe-temps du skate ; de la télévision ou du surf sur Internet, hobbys plus ou moins sportifs, pratiques amateuristes : dans leur diversité, ces artistes incorporent en effet à leur pratique les formes du loisir. Ou comment la sphère du « fun » s’invite aujourd’hui dans le champ de l’art, y introduisant un clivage inédit entre « fun » et « non fun » qui tend à se substituer aux critères de lectures traditionnels du beau ou du jugement éthique, voire de l’engagement politique. Un clivage à prendre au sérieux quand on sait qu’il va jusqu’à justifier l’inacceptable, dans certains jeux limites, comme celui de « la petite mort » (ou jeu du foulard) qui fit récemment des ravages dans les cours d’école ou du « Happy slaping » qui fait recette outre-manche et dont la règle consiste à agresser quelqu'un au hasard dans la rue, à le filmer - le plus souvent via son téléphone portable - pour ensuite le diffuser sur le Net.

Accordant une large part aux oeuvres vidéos, médium largement lié au développement de la culture Internet, qu’elles soient produites par les artistes eux-mêmes, ou directement importées d’Internet comme autant de ready-made filmiques, incluant une base de documentation confiée à l’artiste Fabien Giraud sur toutes ces pratiques extérieures dont s’inspire cette nouvelle génération d’artistes, l’exposition « Enlarge your Practice » intègrera également des sculptures au volume survitaminé, des installations extrêmement sonores, autant de pièces souvent dotées d’une forte dimension performative. Un surrégime de l’exposition.

Jean-Max Colard, Claire Moulène et Mathilde Villeneuve

Autres artistes présentés

Wilfrid Almendra, Olivier Babin, Bad Beuys Entertainment, Olaf Breuning, Brody Condon, Stephane Dafflon, Daniel Dewar & Gregory Gicquel, Jochen Dehn, Alain Della Negra & Kaori Kinoshita , Olivier Dollinger, Cyprien Gaillard, Fabien Giraud, Pierre Joseph, Kolkoz, Emmanuelle Lainé, Thomas Lélu, Anthony Patti, Julien Prévieux, Maroussia Rebecq / Andrea Crews, Lionel Scoccimaro, Guillaume Ségur, Raphael Siboni, Jim Skuldt, Laurent Tixador & Abraham Poincheval, Raphael Zarka

Partenaires

Exposition réalisée en partenariat avec la Fondation d'Entreprise Ricard. Partenaires institutionnels : Conseil Régional PACA, Ville de Marseille, Conseil Général 13, DRAC PACA, CNC. Autres partenaires institutionnels: Pro-Helvetia Fondation Suisse pour la Culture, Palais de Tokyo, La Friche la belle de Mai - SFT. Partenaires médias : Radio Grenouille, WAD. Autre partenaire : Le Petit Pavillon

Mécénat

Fondation d'Entreprise Ricard, Mécènes du Sud, GPA, Point P, Clear Channel, Celador, Fot.

Horaires

Vernissage le 06/07/2007 à partir de 18h30

Accès mobilité réduite

Oui

Adresse

Sextant et plus - Friche La belle de mai 41 rue Jobin 13003 Marseille France

Comment s'y rendre

Dernière mise à jour le 2 mars 2020