A Corps et à cris

Exposition
Arts plastiques
FRAC Provence-Alpes-Côte d'Azur Marseille

Le lycée professionnel Léon Chiris présente en partenariat avec le Frac des oeuvres contemporaines afin de donner à la communauté scolaire les moyens et l'envie d'appréhender l'art d'aujourd'hui. Pour l'exposition À corps et à cris, le corps est un élément commun, lien entre les êtres et outil par lequel s'exprime la vie... Les oeuvres présentées traitent du corps, que l'on a parfois tendance à vouloir cacher, censurer ou étouffer. Nous partageons des émotions et nous entendons ses cris dans sa volonté d'exister, de se revendiquer comme vivant et de laisser exposer ses faces cachées ou insoupçonnées. Ces oeuvres cherchent à mettre en relief l'explosion des sens où, à travers l'anonymat des figures représentées, le spectateur s'en retrouve mêlé, par l'identification d'un corps entier, révélé.

Complément d'information

A Corps et à cris

À corps et à cris
Absalon, Balthasar Burkhard, Suzanne Lafont, Sam Samore
OEuvres du Frac Provence-Alpes-Côte d'Azur


au lycée professionnel Léon Chiris, Grasse
exposition du 3 janvier au 11 mars 2005



Engagé dans un partenariat avec le Frac, le lycée professionnel Léon Chiris présente depuis plusieurs années des oeuvres contemporaines dans ses murs afin de donner à l’ensemble de la communauté scolaire les moyens et l’envie d’appréhender l’art d’aujourd’hui. Une diversité de propositions permettant de mettre en regard de nombreuses démarches artistiques et de montrer la richesse de la création plastique contemporaine.
Pour l'exposition À corps et à cris, le corps est un élément commun, lien entre les êtres et outil par lequel s'exprime la vie... Les oeuvres présentées traitent donc du même objet : le corps, que l'on a parfois tendance à vouloir cacher, censurer ou étouffer. Nous partageons des émotions et nous entendons ses cris dans sa volonté d'exister, de se revendiquer comme vivant et de laisser exposer ses faces cachées ou insoupçonnées. Un reflet de soi / des autres apparaît. Sommes nous la somme de chacun des éléments de notre corps ? Ces oeuvres cherchent donc à mettre en relief l'explosion des sens où, à travers l'anonymat des figures représentées, le spectateur s'en retrouve mêlé, par l'identification d'un corps entier, révélé.


Absalon
Bruits, 1993 et Bataille, 1993
Les vidéos d'Absalon font écho à l'isolement de l'individu dans la solitude de son intimité quotidienne. Dépassant le dispositif visuel pour solliciter directement le corps, ses Cellules, des propositions d'habitat minimal et individuel, sont construites à l'échelle de l'artiste avec des matériaux tels que le bois et le carton. Ces formes géométriques recouvertes entièrement de peinture blanche et formant d'étranges constructions aux allures d'abris anti-atomiques ou de cellules monacales, génèrent un ordre propre, métaphore de l'unité du monde. Dans ses Cellules comme dans ses vidéos, le corps de l'artiste est, sans répit et sans issue, aux prises avec l'ombre et la mort. Parce qu'ils sont destinées à abriter un individu seul, ces espaces solitaires dénotent une érosion des grandes utopies communautaires, le spectateur / habitant ne peut se mouvoir qu'au grès d'une "chorégraphie" déterminée par l'architecture.
Dans Bruits et Bataille, le corps paraît comme prisonnier et par là, cherche à se libérer. Pour lutter contre une oppression presque sans issue, les cris et les coups donnent l'impression d'être libérateurs. Ce projet de reconquête d'un espace d'autonomie, fait sur mesure, est au coeur de tout ce qui, dans l'oeuvre d'Absalon, travaille sans cesse à en dessiner hors-champ les contours exacts. Ainsi, son oeuvre vidéo se situe toujours d'une manière ou d'une autre au sein et en dehors des cellules d'habitation. Comme autant de visions concrètes, ramassées ou purement projectives de ce qui pourrait s'y dérouler de gestes vides et de drames obscurs, de désirs et de crimes. Le corps est cadré et contraint. Le cadre détermine ici un espace d'enfermement dans lequel le corps se débat.


Balthasar Burkhard
Le Bras, 1993
L'oeuvre de Baltasar Burkhard est un triptyque représentant un bras déplié. La main semble tendue et permet l'ouverture du coté gauche du cadre. L'avant bras, légèrement plié au coude donne de l'impulsion à la composition de l'image, comme une courbe harmonieuse, intermédiaire aux deux bords. L'épaule sur laquelle la lumière se heurte marque le point de départ de cette ascension d'une partie du corps, de cette longévité représentant un bras presque démesuré. L'utilisation du noir et du blanc révèle la beauté de l'image par l'objectif qui l'apprivoise et la transfigure. Ainsi l'image échappe à sa réalité (mais non à sa vérité), comme manifestation d'une vision fantasmée. On agrandit pour mieux voir, pour mieux percevoir ce qui subsiste de la beauté une fois le corps démembré, le détail isolé. Renversement des rapports entre l'objet et son observateur. Tout existe à l'échelle que lui donne librement l'artiste en dépit de toute raison, jouant sur le vertige, sur l'ambiguïté, sur les franges de ce qui peut être blanc ou noir, avec une large place laissée au gris. La réalité qui se découvre à nos yeux est double, multiple, et l'image, fidèle à son essence joue son jeu de trompe-l'oeil. Pris au piège de l'objectif et donc à celui de l'objectivité, l'objet se défend, cherche des portes de sorties pour rejoindre d'autres angles que ceux qui sont habituellement proposés au regard. Le travail de Burkhard interroge les rapports entre l'homme et la nature, dont l'épicentre repose sur le mystère de l'origine de la Création. En dépit de leur symbolisme intrinsèque, les oeuvres récentes visent également à stimuler la sensibilité du spectateur. La distance initiale entre le public et l'oeuvre s'efface pour faire place à une impression de proximité et d'appropriation de ce qui est pourtant étranger et inaccessible. Une rencontre intime a lieu, un dialogue entre le regardeur et le regardé, en dépit de la forte puissance objective des motifs.


Suzanne Lafont
Le Bruit, 1990
Suzanne Lafont réalise ses premières images au début des années 1980. Elle photographie des paysages, des architectures, en s'interrogeant sur la façon dont nous percevons la réalité. La figure humaine fait par la suite son apparition pour être progressivement isolée de son environnement. Le travail de cet artiste s'est ainsi très tôt détaché de la problématique de la peinture qui confère au tableau une autonomie face à la réalité. Restant dans le domaine de l'image construite, elle fait appel à des acteurs dont les gestes théâtraux s'opposent à l'illusion de continuité filmique comme aux tentatives de narration. "Je m'intéresse aux relations entre la communication et l'identification en utilisant le médium photographique. [...] Ces dernières années, je me suis orienté davantage vers une expression des moments socialement intenses, des images d'individus en conflit ou en béatitude, ou tout simplement en adéquation avec eux-mêmes, concentrés émotionnellement à tel point que le langage est contesté et la notion d'identité propre mise en jeu. Plutôt que d'amplifier le point de vue conventionnel qui consiste à capturer un moment devenu hypostatique, [...] j'ai tenté de prolonger mon engagement à travers l'existence d'un texte qui enregistre les articulations répétées des personnes qui, soit manquent de mots pour s'exprimer, soit se trouvent aux limites de l'articulation verbale. Ainsi, une sorte de mouvement se met en place, une image qui tente toutefois de déstabiliser le cadre pictural de référence." Dans Bruit, l'expression des visages apparaît d'autant plus intense qu'elle est comme emprisonnée. Le corps est à la fois fermé à tout signe extérieur et vivant à travers les gestes défensifs qui résultent de cette auto-censure à l'ouverture. Aucune figure ne cherche à voir, les yeux sont la plupart du temps fermés et les mains sont utilisées pour cacher la bouche et pour ne plus rien entendre. "Le Bruit montre la tension de figures en prise directe avec la réalité physique du monde et décrit l'effroi des êtres projetés dans l'espace des phénomènes." La turbulence sonore provoque, du dehors, une onde qui se propage le long de la séquence. Calme sur les bords, elle culmine en intensité vers les images centrales : expression pure de la douleur aiguë sans recours à la construction géométrique. La stridence du bruit crispe les visages en un rictus tourmenté et le bruit se matérialise alors par l'expression d'inconfort de ces visages. L'oeuvre rend compte d'un espace qui s'étend au delà du périmètre du cadrage. La sensation figurée est cet effroi dont la cause est invisible, irreprésentable autrement que par ses effets.



Sam Samore
Allegory of Beauty (Incomplete) n°2, 1995
Les photographies de Sam Samore représentent des visages féminins, entiers ou partiels. Regards dans le vide ou peu expressifs, on y retient un sentiment de plénitude étrange. La froideur résulte du noir et blanc et de l'anonymat des personnages. Du fait du format imposant des photographies et des cadrages serrés, l'artiste rend le spectateur acteur des scènes qu'il photographie et dépeint et fabrique des personnages et des histoires à la fois réels et imaginaires. "Je choisis des visages pour leur singularité, parce que c'est ce qui permet de les rendre universels, de les situer dans un temps autre qui suspend le besoin de penser que ces visages sont inscrits dans un temps particulier. Mon ambition est de les considérer dans une forme d'équivalence avec la statuaire antique, par exemple, pour dégager la part constitutive du mythe : le lien entretenu entre la beauté et vérité." La lecture demeure personnelle, ouverte, ambiguë, et souligne la projection de l'imaginaire et du symbolique.
L'artiste réalise des collages à partir de clichés pris à des défilés de mode et d'autres qu'il réalise avec des modèles. Les deux niveaux de mise en scène se mélangent pour créer des moments extrêmement intrigants de "beauté" ou "allégories de beauté". Il pousse plus loin son obsession de cette beauté idéale jusqu'à l'"assimiler" à l'idéal grec du corps parfait. Pourtant c'est à l'instant même où la perfection semble accessible que le doute s'installe, que les soupçons et les questions surgissent : qu'est-ce que la beauté véritable ? Ce que Sam Samore met en scène, est en fin de compte une impasse pour le public qui doit faire face à la "réalité inconsciente", une suspension psychologique et une insoluble anxiété du néant existentiel... parées des couleurs du paradis. Une peur infinie dissimulée derrière le voile de la beauté à l'état pur. Ce qu'il y a de remarquable dans sa "création de situations", c'est qu'il a en quelque sorte inventé un espace intermédiaire dans lequel on peut séjourner temporairement et profiter d'un monde qui ne distingue pas entre vie publique et privée, naïveté enfantine et "intelligence adulte". L'ordre établi des valeurs sociales est bousculé, interrompu et anéanti.






Lycée Professionnel Léon Chiris 51, chemin des Capucins 06130 Grasse / tél. 04 93 70 95 30 / courriel : Ce.0060022s@ac-nice.fr
Ouvert du lundi au vendredi de 9h à 17h (sauf mercredi après-midi) / contact : Moïse Sadoun


Fonds régional d'art contemporain Provence-Alpes-Côte d'Azur 1, place Francis Chirat 13002 Marseille
tél.: 04 91 91 27 55 / fax: 04 91 90 28 50 / e-mail: info@fracpaca.org / contact : France Paringaux

Autres artistes présentés

Balthasar Burkhard

Horaires

Ouvert du lundi au vendredi de 9h à 17h (sauf mercredi après-midi)

Adresse

FRAC Provence-Alpes-Côte d'Azur 20 boulevard de Dunkerque 13002 Marseille France

Comment s'y rendre

Dernière mise à jour le 2 mars 2020