13 décembre 1981 de Roland Topor

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Réalisé dans le cadre de la Banque d'images pour la Pologne destinée à financer la bourse de 10 artistes polonais exilés en France depuis le 13 décembre 1981.
Encre et glycéro sur papier
Dessin en 2 parties. Chaque partie : 92x65 cm
Achat en 1982
FNAC 34086
© ADAGP

Cette œuvre est actuellement présentée dans l'exposition Collector organisée par le CNAP au Tripostal à Lille (jusqu'au 1er janvier 2012).
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Roland Topor (1938-1997) est né à Paris de parents émigrés polonais. Dessinateur et écrivain, homme de théâtre, de cinéma, de radio et de télévision, c’est un artiste complet, formé à l’école des Beaux-Arts de Paris. Il fait ses débuts d’illustrateur en collaborant à la revue Bizarre puis au magazine satirique Hara-Kiri dont il partage l’humour au trait noir.
En 1981, il réalise un dessin en deux parties, intitulé 13 décembre 1981 (FNAC 34086), en signe de soutien au peuple polonais. Tout a commencé à Gdansk, le 31 août 1980, avec la création de Solidarność, fédération de syndicats. Le 11 décembre 1981, l’agence Tass accuse Solidarité de  « préparer le renversement du pouvoir ». Dans la nuit du 12 au 13, Lech Walesa est arrêté et transféré à Varsovie. Le 13 décembre, c’est le coup d’état du général Wojciech Jaruzelski. L’état de guerre est décrété en Pologne.  Ce jour-là, commence la lutte de la junte militaire contre le peuple polonais. Le 15 décembre, des grèves se mettent en place à Gdansk, Krakow, Wroclaw, Poznan, Varsovie. Le 17, l’armée reçoit l’ordre de tirer ; sept mineurs de Silésie sont tués.
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UNE ŒUVRE SITUÉE HISTORIQUEMENT
En prenant cette date décisive pour titre, Roland Topor situe historiquement son dessin. Il participe ainsi à une prise de position d’artistes vivant en France, qui se regroupent au sein de la Banque d’images pour la Pologne. Ce collectif va rassembler des dizaines d’artistes, qui vont mettre en circulation 200 000 images, sous formes de cartes postales, d’affiches, d’une exposition et d’une publication. L’intention est de créer un moyen d’échange et de communication à travers l’art, pour témoigner une fraternité avec le peuple polonais. Guidés par T.A. Lewandowski, artiste et enseignant, les étudiants de l’École nationale d’art de Cergy et de l’école des Beaux-Arts d’Orléans en sont les fers de lance. L’école Estienne et l’École nationale des Arts Décoratifs se joignent à cette initiative.
Le 13 janvier 1982 est inaugurée la première exposition de la Banque d’images à la galerie Nina Dausset. Jack Lang, ministre de la culture, la visite le 15 janvier. L’exposition fait ensuite le tour de France, en passant notamment par Chalon-sur-Saône, Arles et Villeneuve d’Ascq.
Le Fonds national d’art contemporain acquiert vingt-neuf des œuvres originales offertes par les artistes à la Banque d’Images, afin de participer à ce mouvement de soutien.
Le 13 décembre 1982, un an après le coup d’état, l’exposition est inaugurée à la Fondation nationale des arts graphiques et plastiques, à Paris. Dix bourses, fruit des ventes, sont remises officiellement à dix artistes polonais en exil.
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L'ART COMME UNE ARME
Topor participe au réseau de solidarité des artistes et intellectuels français avec ce dessin en deux parties figurant violemment, en noir et rouge sang, l’opposition à la violence du régime des généraux polonais.
S’envolant au-dessus des barbelés, comme dans un mouvement de libération par l’imagination, les mains coupées portant « les outils  du communisme », comme disait Brecht, expriment le désarroi face à la  ruine du langage. Les signes et les mots n’ont plus de sens en Pologne. À la botte de la Russie, le parti ouvrier unifié polonais trahit son peuple.
La seconde partie du diptyque recourt à un style sensiblement différent, pour représenter dans les mêmes valeur et couleur un Pinocchio tenant dans ses mains le journal L’Humanité. La figure de la marionnette mensongère a pour rôle de porter une charge critique contre le quotidien communiste, qui loue Jaruzelski pour sa gestion de la crise, avec l’argument qu’il aurait ainsi évité une intervention soviétique. Dans l’édition du 14 décembre 81, Georges Marchais, secrétaire général du PCF, déclare que les polonais doivent trouver eux-mêmes les solutions à leurs propres problèmes et que le Parti entend « s'abstenir de toute initiative qui pourrait gêner la recherche nécessaire d'une issue pacifique à la crise ».
Roland Topor affirme ici l’idée de l’art comme une arme, et la possibilité pour l’artiste de prendre position dans le débat politique contemporain.
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Pascal Beausse, Responsable des collections photographiques
Centre national des arts plastiques

Artiste(s) associé(s)
Dernière mise à jour le 17 mars 2017