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Centre national des arts plastiques

Galerie JEANNE BUCHER JAEGER

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Youla Chapoval

Arts plastiques - Exposition
11 janvier • 02 mars 2019

Les peintures et les dessins de Youla étaient dispersés un peu partout dans l’appartement. On comprenait immédiatement en les voyant pourquoi Picasso avait trouvé son travail exceptionnellement prometteur.

 

James Lord

 

 

À l’occasion du centenaire de la naissance de l’artiste ukrainien et à la suite de l’exposition Les Russes à Paris 1925-1955, présentée cet automne, la galerie a souhaité dédier une mini-rétrospective à Youla Chapoval, exposé pour la première fois en 1947 par Jean-François Jaeger. Cet artiste météore, disparu à l’âge de 32 ans, est une des révélations de l’exposition actuelle sur les Russes et c’est donc tout naturellement que la galerie a souhaité ouvrir l’année 2019 avec lui. 

 

Né en 1919 à Kiev, Youla Chapoval est le troisième enfant d’une famille juive bourgeoise de joailliers. Après une petite enfance heureuse, Youla Chapoval, et sa famille sont contraints, dans le contexte de la révolution russe, de quitter l’Ukraine. Ils s’installent à Paris en 1924, comme beaucoup de russes imaginant la France en pays rêvé de la liberté et de la douceur de vivre.

 

En novembre 1938, Youla Chapoval rencontre Pablo Picasso, avec lequel il se lie bientôt d’une grande amitié. C’est aussi à cette période qu’il fait la connaissance de Maurice Sachs et de Jean Cocteau, qui influenceront son goût pour la poésie. 

Installé en 1942 rue du Faubourg St Jacques, il fait la rencontre de Jean Degottex et d’Apel Fenosa. Tous deux l’encouragent vivement à dessiner et à peindre. Quelques temps plus tard, Chapoval choisira d’abandonner la médecine et la littérature pour se consacrer exclusivement à la peinture, et fréquentera assidûment l’Académie de la Grande Chaumière. 

Le climat parisien se détériore. Suite à la Rafle du vel d’hiv en 1942, Chapoval est obligé de s’exiler en zone libre, à Marseille, où il suit les cours de l’École des Beaux-Arts. Il rencontre, dans la cité phocéenne, le critique d’art Roger van Gindertaël qui jouera un rôle déterminant dans sa carrière. Ses débuts, entre 1942 et 1945, sont marqués par une peinture figurative et réaliste, proche du fauvisme, autour du portrait, du paysage ou de la nature morte. 

 

En 1944, lors de son retour sur Paris, il apprend la mort de sa mère et de sa sœur aînée, déportées à Auschwitz.

 

1946 constitue une nouvelle étape importante dans son parcours. Il rencontre Henri Benezit, marchand d’art qui acquiert une vingtaine de toiles, et le présente au grand collectionneur Roger Dutilleul. Son expression artistique s’oriente vers les nouveaux horizons cubistes, avec des compositions plus structurées et déterminées par des plans géométriques où l’ombre et la lumière jouent avec l’harmonie des couleurs. On y dénote l’influence de Juan Gris, Albert Gleizes ou André Lhote. 

 

Suite à l’obtention du 2ème prix de la Jeune Peinture en mai 1947, la galerie Jeanne Bucher organise la première exposition personnelle de l’artiste, en novembre de cette même année. Ce sera l’un des tous premiers accrochages réalisé par Jean-François Jaeger, petit-neveu de la fondatrice de la galerie. Roger van Gindertael rédige un texte d’introduction sur le carton d’invitation, s’inscrivant ainsi dans la tradition du dialogue entre artistes et poètes. Il situe sa position entre figuration et abstraction, en terminant par  « Chapoval, sans vaine métaphysique, réserve la part du sentiment poétique – ou mystique – qui reste la dernière raison d’être de la peinture. » Une cohorte d’amateurs se rend Boulevard du Montparnasse, parmi lesquels Jacqueline Auriol, belle-fille du Président de la République récemment élu et Georges Pompidou qui y acquiert sa première œuvre « Bière moussante ». Dans la foulée de cette première exposition, l’Etat se porte acquéreur de deux œuvres « Nature morte au citron » et « Verre et cristal ».

 

1948 voit naître ses premières compositions abstraites, rythmées de longues diagonales. Le recours au camaïeu, l’apparition de tonalités grises chaudes, bleues et/ou vertes confèrent à ces œuvres de lumineuses subtilités.

 

En 1949, année pourtant assombrie par la mort de son père et son divorce, Youla Chapoval connaît un grand succès. C’est enfin la reconnaissance, marquée par une seconde exposition personnelle à la galerie, sa présence au Salon de Mai, au Salon des Réalités nouvelles et l’obtention du Prix Kandinsky. Les formes circulaires et géométriques se noient dans les couleurs chaudes. 

 

1950 témoigne d’une nouvelle évolution de l’artiste au contact de Charles Estienne et Hans Hartung. La précision des formes laisse sa place à un mouvement plus libre du pinceau. Cherchant à renouer avec une tradition narrative de la peinture, l’artiste s’explique : « Mes toiles non figuratives devenaient trop sûres, leur exécution tendait au mécanisme ; l’émotion s’épuisait et la lassitude gagnait devant ce qui s’instaurait procédé. J’entamais une toute nouvelle direction d’études d’après natures directes parallèles à des compositions d’imagination » (Journal, 8 novembre 1950).

Les formes construites disparaissent peu à peu, laissant place à un mouvement plus lyrique où « les formes baroques cherchent leur ordonnance, plus organique qu’architecturale. Ce qui compte…, …c’est la vibration de la matière où s’allument parfois de rouges lueurs d’incendies, qu’un destin contraire ne devait plus éteindre. » 

(CR Chapoval, p. 22, préface de Christian Briend)

 

Le 19 décembre 1951, sa sœur et ses amis s’inquiètent de son silence et se rendent à son domicile. Youla Chapoval y est retrouvé sans vie, dans son lit, un livre à la main. Il serait mort dans la nuit du 16 au 17 décembre 1951.

 

Ses œuvres figurent dans les illustres collections privées de Jean Masurel, Fernand Graindorge et Gildas Fardel ainsi que les grands musées français et internationaux. Elles sont également présentes en France, au Centre Pompidou, au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, au LAM, au Musée des Beaux-Arts de Nantes, au Musée Fabre... A l’étranger, au Musée des Beaux-Arts de Liège, au Musée d’Art Moderne de Tel-Aviv,  au Cleveland Museum of Art…

 

 

Plus de 700 toiles, de nombreuses gouaches, dessins ou fusains et encres jalonnent le parcours « météorite » sur 9 années de création de l’artiste. Rythme de création intense, empreint d’urgence, à l’unisson des forces à l’œuvre dans l’univers comme il le dit lui-même :  J’ai l’impression que mon travail n’est solitaire qu’apparemment, qu’en fait il tend à rejoindre un rythme universel dont les lois régissent la croissance des plantes et la course des astres.

Horaires : 
10h - 18h Le samedi de 10h à 12h30 et de 14h30 à 18H
Heures de vernissage : 
à partir de 18h
Dernière mise à jour le 13 déc. 2018

Galerie JEANNE BUCHER JAEGER

5 rue de SAINTONGE
75003 Paris 03
France
Téléphone : 01 42 72 60 42
Télécopie : 01 42 72 60 49
Directrice Générale : Véronique Jaeger