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Centre national des arts plastiques

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Thirty Ninth Show

Pablo Lobato - Coupure, latence

Photographie - Exposition
11 septembre • 25 octobre 2014

Avant de commencer toute réflexion sur le travail de Pablo Lobato il convient de remarquer son intérêt urgent pour le sens du toucher au travers des images. L’artiste a dit un jour que son travail relevait plus de rencontres que de recherches. Je crois qu’il insiste sur ce point parce que les rencontres sont toujours ouvertes à l’imprévisible et négocient inévitablement une dynamique réciproque. Les rencontres activent des singularités à la fois dans la conscience de l’altérité et dans la connaissance de soi. Cela fait aussi écho aux procédures mises en oeuvres par l’artiste au travers desquelles il entend réagir avec les matériaux, pas exactement en intervenant sur eux mais en écoutant et en répondant à leurs prédispositions muettes. Le toucher serait dans ce cas une qualité très sensible d’approcher autant que d’échanger.

Dans la série « Muda », le geste très sensuel de percer des fruits dans le seul but d’atteindre leurs pépins évoque le sens du toucher tout comme le faisceau de lumière qui projette le film « 1000 x 1 » est presque palpable, une part essentielle du travail comme la projection d’images qu’il reproduit. « Desvio », par exemple, établit dans le regard le besoin de devenir tactile. La photographie montre une barrière très sommaire, faite de briques, destinée à partiellement diriger l’eau vers le bas. Les défauts du sol et les taches sont des signes subtils de la topographie et du cours d’eau, couches du temps et de la mémoire, texture d’un tissage à long terme imprimé sur le trottoir. L’espace qui annonce le flux absent de l’eau est également là où il est convoqué. Ce qui importe est que les implications de ces traces, bien qu’elles ne soient que des indications visuelles, désignent les limites de notre compréhension, la périphérie de la représentation. Plus proche de l’intuition affective, elles ont en quelque sorte la nature du toucher.

Ce sentiment de désillusion est également présent dans « Front Light », quand un changement conscient sur le point de vue de grands panneaux d’affichage publicitaire peut mettre de côté une telle rhétorique séduisante. En présentant la structure réelle dans laquelle les images publicitaires prennent place, une telle épaisseur fragile, le caractère artificiel de ces images devient enfin visible. Ici, la coupure installe un sentiment de matérialité relative qui confronte des discours insaisissables.
L’intensité de l’image dépasse les capacités rétiniennes et demande un regard phénoménologique généreux. Cette déclaration est récurrente dans la pratique artistique de Pablo Lobato. Avec des gestes simples, une matérialité de faible importance et des motifs non-expressifs, l’artiste veut intensément engager notre regard dans l’expérience, sans toutefois dépasser ni la rhétorique ni la visibilité des images. Cependant une telle discrétion, une telle délicatesse n’empêchent pas l’artiste d’être précis et de de s’affirmer, de nombreuses stratégies d’intervention des images, des objets, des espaces et des idées, sont radicalement et simplement définis par Lobato comme des coupures.

La plus part des oeuvres de l’exposition « Coupure, Latence » traitent des multiples procédures de coupe auxquelles a recours Pablo Lobato et qui sont comprises dans leur matérialité et dans leur possibilité de signification. Bien que la notion de coupe semble venir du cinéma et du vocabulaire de l’édition, si familiers à l’artiste, il ne la comprend pas comme un outil technique mais comme un geste élargi, un processus de réflexion. Ainsi, Lobato mobilise l’héritage du cinéma pour promouvoir une migration de ces instruments de langage dans le champ des arts et vice versa. La majorité de ses propositions artistiques est située dans cette zone de réversibilité. En ce sens, la notion de coupe dans le travail de Pablo Lobato a été repensée, recontextualisée et étendue à de nombreux travaux ; cette notion peut être considérée comme centrale dans son dessein artistique.

Aucune classification n’est facile à définir lorsqu’on réfléchit à une oeuvre comme « 1000 x 1 », bien que la notion de coupe soulignerait certains des échanges complexes, des procédures et des conséquences présentés dans cette oeuvre qui se compose d’un projecteur 16mm projetant, de façon répétitive et statique, la même image d’un éclair déchirant le ciel. La matérialité de la lumière se manifeste dans l’image et dans son moyen de présentation. Plus qu’une interface, l’image dispose un circuit, résistant peut-être aux médias, dévoilant peut-être profondément sa structure, libérant peut-être d’improductives mais puissantes énergies. De la façon dont Pablo Lobato la conçoit, la coupe reconnait les effets de signification qui ne peuvent être générés qu’en touchant la matérialité du langage.

Dans un dialogue critique avec les constructions philosophiques telles que les concepts de « Coupure-Flux » de Gilles Deleuze ou « Métastabilité » de Gilbert Simondon, les deux définissant des états du potentiel latent, Pablo Lobato travaille ses coupes non pas pour réduire mais pour obtenir un effet de multiplication. Le mot « Muda » définit la partie d’une plante qui peut être replantée, qui possède les éléments nécessaires pour permettre la reproduction. Avec ses propres mains, Pablo a pénétré les fruits pour en extraire les pépins. Les photographies de la série « Muda » illustrent cet événement traumatique si loin d’une représentation idéaliste et montrent aussi les pépins mêmes qui ont été recueillis, séchés et qui sont maintenant pris au piège dans le cadre comme des témoins morts. Elaguer les arbres serait une illustration parfaite pour qualifier une coupe qui favorise des agrandissements en soustrayant. C’est ce qui a inspiré le titre « Poda », une plante en pot, précédemment un simulacre décent de la nature, maintenant coupée d’un côté révélant ainsi sa consistance artificielle.

« Cabeça, Coração e Rabo », comment la cachaça - un alcool brésilien - devrait être catégorisée selon sa maturation, comment le même matériau et le même processus produiraient des résultats distincts. Même si la disposition du titre ressemble à un diagramme organique, c’est à travers un équilibre très précaire que l’artiste sonde les relations entre des éléments comme le verre, le faux béton et l’alcool et vise ainsi à une formalisation qui permettrait de maintenir la circonstance de l’équilibre dans l’activité ordinaire et la latence. L’économie de coupe de Pablo Lobato, en plus de fournir des conditions embryonnaires pour des formes, explore l’ambivalence de la matérialité et les états suspendus de la signification.


Júlio Martins
Commissaire de l’exposition

 

 

Before starting any reflection on Pablo Lobato´s work one can notice an urgent appeal to the touch through the images. The artist once said that his work happens more from meetings than from searches. I believe he´s that emphatic because meetings are always open to the unpredictable and inevitably negotiate a mutual dynamic. Meetings activate singularities both in the conscience of alterity and in self-knowledge. This also finds resonance with many procedures by the artist in which his will is to react to the materials, not exactly intervening on them but hearing and answering to their mute predispositions. In that case, touching would be a very sensitive quality of approaching as much as of exchanging.

The very sensual gesture of piercing fruits to only reach for their seeds in “Muda” calls for the sense of touch just like the beam of light that projects the film “1000 x 1” is almost tangible and is an essential part the work as is the screening image that it reproduces. “Desvio”, for instance, establishes in the gaze the need to become tactile. The photograph shows a very rustic barrier made of brick partially lead the water down. The ground´s flaws and stains are subtle signs of the topography and watercourse, layers of time and memory, a long-term weaving texture printed on the pavement. The space that announces the absent water flux is also where it is summoned. What is interesting is that the implications of those traces although visual information, point to the limits of our comprehension, the outskirts of representation. Closer to intuitive affection, they somehow have the nature of touching.

This sense of disenchantment is also present in “Front Light”, when a conscious change on the point of view of big advertising billboards can set aside such seductive rhetoric.By presenting the actual structure in which images take place, such a fragile thickness, the artificiality of advertising images become finally visible. The cut here brings a sense of materiality that confronts elusive discourses.
The intensity of the image overtakes the retinal capacities and calls for a generous phenomenological gaze. That statement is recurrent in Pablo Lobato´s art practice. With simple gestures, low materiality and non-expressive motifs the artist wants to intensively engage our gaze in experience, without exceeding neither the rhetoric nor the visibility of images. However, such stealth and delicacy don’t prevent the artist from precision and assertiveness, as we can see plenty strategies of intervening images, objects, spaces and ideas, all defined by him, radically and simply, as cuts.

The majority of the works gathered in the exhibiton “Coupure, Latence” deal with multiple procedures of cutting, that are understood and resorted by Pablo Lobato in its material terms and meaning possibilities. Although the notion of cutting might have migrated from the cinema and from the editing vocabulary, so familiar to the artist, he doesn’t understand it as a technical tool but as an expanded gesture, a thinking process. Therefore, he mobilizes the heritage of cinema promoting a migration of this language’s instruments to the field of arts and vice versa. Most of his artistic proposals are located in this reversibility zone between the discipline fields of cinema and arts. In this sense, the notion of cut in Pablo Lobato´s work has been redesigned, recontextualized and expanded in many works and it can be considered central to his artistic purpose.

In critical dialogue with philosophical constructions such as the concepts of “Coupure-Flux” from Gilles Deleuze or “Métastabilité” by Gilbert Simondon, both defining states of latent potential, Pablo Lobato operates his cuts expecting not to reduce but to achieve a multiplication effect. The word “Muda” defines a portion of a plant that can be replanted, that has the basic elements and requirements that allow reproduction. With his own hands Pablo has penetrated the fruits to extract the seeds from their inside.

The photographs of “Muda” bring the register of this traumatic event so far from an idealistic representation and also the very seeds that were collected, now dry and forever trapped inside the frames as dead witnesses. To prune trees would also be a perfect image to qualify a cut that promotes enlargements by subtracting. It´s the inspiration for the title of “Poda”, a flower vase, previously a decent simulacrum of nature, now cut by its side having artificial consistence revealed.
No classification could be comfortable, no category could be productive when we think about a work like “1000 x 1”, eventhough the notion of cut would outline some of the complex exchanges, procedures and implications built in this work. It consists of a real 16mm equipment projecting repeatedly and statically the same image of a lightning crossing the sky.

“Cabeça, Coração e Rabo” is how a crop of cachaça, a Brazilian typical beverage, would be categorized according to its maturation. It´s interesting how the same material and the same process would yield distinct results. Even if the arrangement of the title tends to an organic diagram, it is under a very tense balance that the artist probes relations between elements like glass, fake concrete and such an aromatic drink like cachaça to strive for a formalization that would keep the circumstance of balance in plain activity and latency. Pablo Lobato´s economy of cut besides providing embrionary conditions for forms, explores the ambivalence of materiality but also suspended states of the meaning.

Júlio Martins,
Curator

Horaires : 
Du mardi au samedi, de 11h à 19h
Dernière mise à jour le 11 sept. 2014

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