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Une collection sans murs

Collection historique

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Médaille de 1853 commémorant la découverte de Ninive

  • Louis MERLEY (1815-1883), « Médaille commémorant la découverte de Ninive », (PFH-2727(4). Bronze. D : 6,2 cm. Revers. Inscription latine NINIVEN LATENTEM A(nno) MDCCCXLV GALLIA APERUIT FACTI MONIM(enti) A(nno) MDCCCLIII L(udovicus) MERLEY F(ecit). Musée de Poligny (actuellement fermé). La figure allégorique de la France se tient debout à gauche. Elle porte des vêtements inspirés de la Grèce antique : une sorte de chlamyde attachée par une fibule ronde sur l’épaule gauche par-dessus un chiton de tissu plus fin. Elle est couronnée et tient une « main de justice » (une des regalia françaises depuis le règne de Saint-Louis). De sa main gauche elle soulève le voile couvrant la figure représentant Ninive. Celle-ci est assise sur un siège orné d’une tête de lion et d’un animal (autruche ou chameau ?). Elle porte une toque ornée de trois rangées de cornes et un bracelet orné de rosettes à chaque poignet. A l’arrière-plan sont représentés les hauts et bas-reliefs découverts dans le palais de Sargon II et que les visiteurs du Louvre pouvaient désormais admirer. Certains détails sont directement inspirés de la publication du « Monument de Ninive ».

  • Jean-François SOITOUX (1816-1891), « La République ôtant le voile de l’ignorance », Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, Petit Palais (Inv. : PPS03396). Plâtre. H : 115 cm Le thème du dévoilement est développé par la suite sous la IIIe République. Ce peut être l’allégorie de la République elle-même comme ici, dans un monument présenté au concours de 1879 par Jean-François Soitoux : « La République ôtant le voile de l’ignorance au front d’un jeune Français » (dont le modèle en plâtre est aujourd’hui conservé au Musée du Petit Palais). Ce thème reste aussi une allégorie du progrès scientifique dans une œuvre également inscrite sur les inventaires du fonds national d’art contemporain et exposée dans l’amphithéâtre Guizot de la Sorbonne : « La Grèce antique se dévoile à l’archéologie ».

  • Léon-François COMERRE (1850-1916), « La Grèce antique se dévoile à l’archéologie », (FNAC 1323). Cette toile marouflée décorant l'amphithéâtre Guizot à la Sorbonne, montre une grande liberté par rapport à l’iconologie classique : ici se mêlent allégorie et représentation d’un chantier de fouille. L’archéologue n’est autre que Maxime Collignon (1849-1917) qui devint professeur titulaire de la chaire d’archéologie peu après l’exécution de cette toile. Tout en examinant un tesson, il assiste à cette scène intemporelle, comme certains hommes fortunés du Moyen Âge et de la Renaissance semblaient assister aux scènes religieuses représentées sur les retables dont ils étaient commanditaires.

  • Louis MERLEY (1815-1883), « Médaille commémorant la découverte de Ninive », (PFH-2727(4). Bronze. Avers. Inscription latine : NAPOLIO III FRANCORUM IMPERATOR L(udovicus) MERLEY F(ecit).

Envoyée dans les mairies, musées, préfectures et sous-préfectures de France, cette médaille commémorative en bronze montre de nombreux détails illustrant aussi bien la petite que la grande histoire.
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ARCHÉOLOGIE, POLITIQUE ET RIVALITÉ FRANCO-BRITANNIQUE
En 1843, Paul-Emile Botta (1802-1870), consul français à Mossoul (actuelle Irak), découvre à côté du village de Khorsabad, un site archéologique de grande importance qu'il pense être l’antique cité de Ninive. En 1846, les reliefs ornant la base des murs du palais, ainsi que les taureaux androcéphales monumentaux qui en gardent les portes sont envoyés en France. L’année suivante, le roi Louis-Philippe inaugure au Louvre un « Musée assyrien ». Il faudra encore une dizaine d’année pour que le déchiffrement des inscriptions cunéiformes permette d'attribuer ces vestiges non à Ninive mais à Dur-Sharrukin construite par Sargon II (721-705 av. J.-C.).
Les événements politiques qui surviennent en France entre 1848 et 1851 mettent un terme à l'engouement gouvernemental pour les antiquités assyriennes. Cependant, à partir de 1849, commence la publication des monuments mis au jour par Botta et dessinés par Eugène Flandin. Il est décidé en 1851, de faire graver une médaille pour commémorer ce que l’on appelle encore la « Découverte de Ninive ». Cette décision marque un regain d’intérêt pour l’archéologie en Assyrie. Des crédits sont à nouveau votés pour permettre de faire face à la concurrence britannique. Les consuls-archéologues de Grande-Bretagne sont en effet beaucoup mieux dotés : leurs subsides sont directement alloués par la Compagnie des Indes.
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DE LA RÉPUBLIQUE A L’EMPIRE
La médaille est commandée en 1851 à un certain Louis Merley (1815-1883), élève de Pradier et David d’Angers et du graveur André Galle. L’iconographie utilisée est un étonnant mélange de styles. Les attitudes sont inspirées du courant néo-classique tandis que les détails montrent une réinterprétation de motifs assyriens finement observés.
Quand la commande est passée à Louis Merley en octobre 1851, c'est-à-dire avant le coup d’Etat du 2 décembre, il est question d’une médaille dont la face représentera une figure allégorique et dont le revers consistera en une simple inscription. La France est alors une République, ce que représente la figure debout et couronnée.
En mai 1854, le Ministère de l’Intérieur, alors en charge de Section des Beaux-arts, insiste pour que le revers soit modifié et présente le profil de l’Empereur des Français (Lettre adressée par le Chef de la Section des Beaux-arts à Louis Merley, le 2 mai 1854). Le portrait de Napoléon III, qui devient alors l’avers de la médaille, met l’accent sur la nature désormais impériale du régime.
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SOULEVER LE VOILE : DE L’ÉSOTERISME AU POSITIVISME
L’iconographie du dévoilement revêt elle-même un aspect idéologique intéressant. Dans le dictionnaire iconologique d’Honoré Lacombe de Prézel (1725-1793), il se trouve sous l’entrée « Nature ». « Les Egyptiens », nous dit Prézel, « la représentaient sous l’image d’une femme couverte d’un voile ». Il fait référence aux figures d'Isis-Artémis. En fait, la déesse Isis des anciens Egyptiens n’était jamais représentée voilée ; l’iconographie d’Isis-Artémis, puis de l’Isis voilée s'est sans doute développée dans les courants ésotériques du XVIe siècle, mêlant plusieurs images déjà syncrétiques de l’Antiquité tardive. La déesse voilée représente les mystères de la Nature et son dévoilement est tantôt le privilège des initiés, tantôt interprété comme un sacrilège.
Le siècle des Lumières reprend l’iconographie du dévoilement pour en faire une allégorie de la recherche de la Vérité. Cette acception est déjà présente dans la statue de « La Vérité révélée par le Temps » du Bernin (1646). Au XIXe siècle, il devient un geste positiviste symbolisant le progrès de l’humanité. C’est dans ce cadre qu’il faut envisager la médaille de Ninive et sans doute y voir au moment de sa création une allégorie de la République découvrant les vestiges du passé.
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Hélène Bouillon
Conservateur du Patrimoine
Centre national des arts plastiques
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POUR EN SAVOIR PLUS 1

  • 1.

    BENOIT A., 2003, Les Civilisations du Proche-Orient ancien, coll. « Manuels de l'École du Louvre », École du Louvre, Editions de la Réunion des musées nationaux, Paris, pp. 513-535.
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    BOTTA P.-E., FLANDIN E., 1849-1850, Monument de Ninive découvert et décrit par M. P.-E. Botta, mesuré et dessiné par M. E. Flandin, Imprimerie nationale, Paris.
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    FONTAN E., CHEVALIER N., 1994, De Khorsabad à Paris : la découverte des Assyriens, Catalogue d’exposition, Louvre /Editions de la Réunion des musées nationaux, Paris, p. 97, fig. 4.
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    HADOT P., 2008, Le voile d’Isis : essai sur l’histoire de l’idée de nature, Gallimard, Paris.
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    HOTTIN Chr. et al., 2007, La Sorbonne : un musée, ses chefs-d’œuvre, Editions La Chancellerie des Universités de Paris, Paris.
    _
    LACOMBE DE PREZEL H., 1779, Dictionnaire iconologique, Chez Hardoin, libraire, rue des Prêtre Saint-Germain-l’Auxerrois, Paris, pp. 101-103.
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    LAMI S., 1921, Dictionnaire des sculpteurs de l’Ecole française au dix-neuvième siècle, Champion, Paris, pp. 439-443.

Dernière mise à jour le 30 juin 2014