ZOHREH ZAVAREH

Le nommé chien plat et autres histoires
Exposition
Arts plastiques
La Terrasse Nanterre
Zohreh Zavareh, Le nommé chien plat, 2019

Zohreh Zavareh, Le nommé chien plat, 2019.

La Terrasse espace d’art de Nanterre accueille Le nommé chien plat et autres histoires, une exposition monographique de Zohreh Zavareh, réalisée avec la complicité de la commissaire Cécilia Becanovic, du 13 mars au 16 mai 2020.

Zohreh Zavareh est lauréate du prix du Conseil Départemental des Hauts-de-Seine dans le cadre du 64e salon de Montrouge, promoteur de la jeune création française et internationale, toutes techniques confondues. Le ou la lauréate de ce prix reçoit un soutien pour la réalisation d’un projet inédit dans une structure artistique du département. Jeune artiste iranienne, formée à Téhéran et à l’École supérieure d’art de Clermont métropole, Zohreh Zavareh y fait la rencontre de Cécilia Becanovic. La Terrasse espace d’art a souhaité privilégier ce lien déjà existant pour nourrir la conception de cette première exposition monographique.

La faiblesse est attirante, par Cécilia Becanovic

J’ai beaucoup d’affection pour ceux·celles qui n’arrivent pas à s’adapter de façon pragmatique à la réalité. C’est ce qui me lie depuis longtemps avec les créations sans héros, sans héroïnes, avec les êtres qui s’élèvent contre la routine matérialiste pour créer leur propre monde, en accord avec des inerties et des rétractions, des insomnies et des torpeurs.
Dès nos premières rencontres, en 2013, les conversations avec Zohreh Zavareh ont pris une tournure naturelle et organique. Alors que nous nous entretenions sur des idées ou des pièces en cours de réalisation, je remarquais l’humeur particulière qui nourrissait la texture de ses formes, gentiment impuissantes, et renseignait sur l’univers intérieur de l’artiste. Je croyais voir quelque chose de ténébreux, que j’interprétais comme l’état d’âme particulier d’une personne loin de son pays.
Zohreh Zavareh n’évoque jamais directement son éloignement de l’Iran, ni le prétexte des études comme processus de séparation, ni la lente assimilation d’un nouveau mode de vie, tourné vers la création et ses moments de silence absolu, là où aucune signification n’est imaginable avant qu’une série de signes soient susceptibles d’être exploités.
Pas étonnant, pensais-je alors, que ce qu’elle reçut en échange – et transposa dans ses sculptures, ses textes poétiques et rares vidéos - furent des glossolalies sorties d’un puits en terre plutôt que des mots, des histoires de vêtements gonflés par le vent plutôt que par un corps glissé à l’intérieur. La parole la plus articulée provenait d’objets ordinaires (une lampe, une horloge, un arrosoir, un tuyau) occupés à se parler (Nakoja, 2014). Tour à tour, les objets décrivent par ellipses ce qu’ils ressentent et voient : « (…) Ça ne sent plus rien. (…) Plus rien sous les pieds. (…) Des pierres disparues. (…) Partout des mottes de terre. ». Derrière ces images finement suggérées, on devine une artiste en quête de sens, prête à sculpter ou à dessiner d’insondables trous, décidée à faire parler les objets quels qu’ils soient.

Au Salon de Montrouge, un ensemble d’oeuvres a confirmé le goût de l’artiste pour les formes instables (en cire ou en savon), heurtées par la vie (un chien éternellement couché, une poule au corps atrophié) ou quasi invisibles (peu de personnes auront détecté la petite colonie de fourmis directement peinte sur le mur). À chaque nouvelle réalisation, l’artiste profite d’une certaine virtuosité technique pour se glisser du côté d’un réalisme magique qui rend ses formes accessibles à tous.
Les « trompe l’oeil » (faux bois, faux marbre) et les copies (radiateur, horloge, poubelle, portemanteau, vêtements, etc.) sont d’autant plus convaincants qu’ils s’adaptent parfaitement aux configurations changeantes de la Terrasse espace d’art (cours, ateliers, rencontres, colloques, etc.) ainsi qu’à sa situation, à la fois proche de la surface et de la vie souterraine de la ville. Cette situation donne son épaisseur au lieu, dessine d’autres relations, et facilite une vision émotionnelle du monde reçue comme une découverte voire une révélation.

Zohreh Zavareh porte son attention à toutes les situations de vie, à toutes les singularités que nous avons en partage. En premier lieu, Le nommé chien plat et autres histoires est une éclipse du mot au profit de l’objet. Ce dernier lutte avec un alphabet fantôme. Il en ressort un texte sourd relayé par des sculptures qui jouent de leur propre insuffisance. Cette détérioration intentionnelle est le chemin préféré de l’artiste : celui où la chimie de l’oeuvre d’art, avec sa vie et ses lois, rencontre le destin humain.

Commissaires d'exposition

Artistes

Horaires

Du mardi au vendredi 12h-18h samedi 14h-18h

Tarifs

Entrée libre

Adresse

La Terrasse 57 boulevard de Pesaro 92 000 Nanterre France

Comment s'y rendre

57 Bd de Pesaro - entrée Face au n° 4
RER A Nanterre-Préfecture, sortie 2 et 3
En bus : ligne 159, 160, 163, 259

Accès mobilité réduite
Dernière mise à jour le 28 septembre 2020