Zoe Beloff

Les émotions vont au travail
Exposition
Bourse du Travail Valence

Les objets connectés se mettent chaque jour davantage à notre service et nous promettent un monde magique peuplé d’assistants dévoués et discrets. Mais quelles réalités se cachent derrière cet argument commercial quand les données collectées à l’insu des utilisateurs sont ensuite monétisées ?

L’absence d’anti-virus sur les téléviseurs connectés inquiète du possible détournement de leur webcam. L’interdiction récente des jouets connectés en Allemagne et la condamnation de fabricants de sex-toys « intelligents » pour collecte illégale de données sont autant de faits récents presque incroyables, mais qui n’ont pourtant pas été annoncés le 1er avril dernier…

Dans son travail d’installation, Zoe Beloff ne dénonce pas simplement la possibilité de telles dérives, elle propose d’en saisir les fondements qui remontent au XIXe siècle, lorsque les techniques d’imagerie et d’enregistrement se sont mises au service du contrôle des corps et des affects. Divers registres d'images de fiction, empruntés aux cartoons américains ou au cinéma d'animation soviétique pour les enfants, témoignent de telles relations, qui révèlent non sans humour, la vie affective et rêveuse de la technologie.

Ni la science, de l'hystérie – saisie ou inventée par Charcot – à l'hôpital de la Salpétrière, ni les recherches chronophotographiques d’Etienne Jules Marey pour l'armée française, ne sont en reste pour inventer des moyens de fixer les gestes autant que les prescrire. Également présent dans cette installation, le graphisme d'information à la fois imaginaire et enfantin, du corps humain pensé comme machine industrielle par Fritz Kahn dans les années 20, rencontre l'usage offensif et meurtrier des drones, qui côtoient un discours ironique concernant l’Internet des objets. Balayant la chronologie, les continuités techniques se télescopent joyeusement, ironiquement et tragiquement.

Les emojis, rejouées sous la direction de Zoe Beloff sont des symptômes apparemment inoffensifs et ludiques d'un véritable langage visuel qui rappellent les expressions forcées du cinéma muet. Ils répondent en écho aux expériences de Duchenne de Boulogne visant à classifier et identifier le mécanisme des expressions émotionnelles du visage à l'aide d'électrodes. Ainsi, traversant l'histoire depuis un siècle, les corps sont pris dans des dispositifs de mesures et de mises en forme graphiques qui expriment et façonnent aussi nos émotions. Avecnotre complicité ou pas –aujourd’hui commehier– et jusque dans le cloud des données, nos émotions sont mises au travail.

On comprend pourquoi les œuvres de Zoe Beloff qui adoptent le film, l'installation, la performance, le dessin et l'édition, sont fréquemment associées à un courant de recherche connu sous le nom d'archéologie des médias. Très documentés sur les origines et contextes techniques qui révèlent nos désirs, ses projets mettent en lien le passé et le présent, tout en cherchant à éclairer le futur de nouvelles perspectives.

La création de cette exposition répond à l’invitation de Gilles Rouffineau, enseignant à l'ÉSAD •Valence dans le cadre des activités de recherche de l’Unité « Il n’y a pas de savoirs sans transmission » portée par l'ÉSAD ••, soutenue par le Ministère de la culture et de la communication.

Cet événement a été conçu en partenariat avec l’École supérieure d’arts & médias de Caen/Cherbourg. Un livre d'artiste comprenant un essai de l'artiste est publié à cette occasion.

Tarifs :

Entrée libre

Complément d'information

Rencontre avec Zoe Beloff le mardi 16 mai à 15h30, à LUX Scène nationale, Valence, 36 boulevard Général de Gaulle.

Journée d’étude « Histoire des médias, archéologie des sémiophores » le mercredi 17 mai, à l’ÉSAD •Valence.

Commissaires d'exposition

Partenaires

En partenariat avec l'École supérieure d'arts & médias de Caen/Cherbourg et avec le soutien de la Ville de Valence, de Valence Romans Agglo, de Grenoble-Alpes Métropole, des Départements de la Drôme et de l'Isère, de la Région Auvergne-Rhône-Alpes et du Ministère de la culture et de la communication – DRAC Auvergne-Rhône-Alpes.

Horaires

Ouverture du mercredi au dimanche, de 16h00 à 19h00, ou sur rendez-vous.

Adresse

Bourse du Travail Place de la Pierre 26000 Valence France

Comment s'y rendre

Dernière mise à jour le 2 mars 2020