Wang Keping

Métamorphoses
Exposition
Arts plastiques
Saint-Honoré Paris 08
Si près de deux cents ans

La Galerie Nathalie Obadia est heureuse de présenter pour la première fois rue du Faubourg Saint-Honoré, l’oeuvre de l’artiste chinois Wang Keping, précédemment mise à l’honneur par la Galerie en 2018 dans deux expositions personnelles à Paris et Bruxelles.

Simultanément, les éditions Flammarion consacrent à Wang Keping une importante monographie au sein de laquelle la conservatrice Virginie Perdrisot-Cassan et l’artiste Ai Weiwei retracent le parcours artistique de celui qui fut en 1979 membre fondateur du « Mouvement des Étoiles » avant de devenir l’auteur d’une oeuvre aujourd’hui reconnue comme une contribution majeure à la sculpture contemporaine.

Conçue spécialement par Wang Keping pour le lieu, Métamorphoses dévoile la production la plus récente de l’artiste, un ensemble de huit majestueuses sculptures en bois de cyprès patinées par le feu. Ce corpus inédit est l’aboutissement de trois années de travail, marquant un renouveau créatif chez le sculpteur de soixante-treize ans à la faveur de son installation dans un atelier de Vendée au printemps 2019.

Situé entre les plages de l’océan atlantique et la forêt domaniale de Longeville, cet ancien entrepôt naval transformé en lieu de création permet à Wang Keping de travailler sur une nouvelle échelle, taillant ses sculptures dans des grumes de très grand format, cyprès et chênes centenaires, dans un corps-à-corps où la main de l’homme ne cesse de se mesurer à la puissance de la nature.

Fruit de ce face-à-face, Cybèle à la robe, placée au centre de la galerie, offre au regard la métamorphose d’un arbre tortueux se mettant en mouvement pour s’incarner dans un corps féminin grandiose. À mesure qu’il en fait le tour, le visiteur découvre les différentes faces de cette imposante effigie sculptée en ronde-bosse, dévoilant l’expressivité d’un visage, la détermination d’une silhouette, la grâce d’un chignon, l’élégance d’un kimono. La dame révèle la virtuosité du sculpteur apte à transformer les anfractuosités d’un arbre autrefois traversé par de nombreux départs de branches en somptueux détails évoquant les drapés des péplos des sculptures antiques. À ses côtés, la Femme-Cyclope nous dévisage de son oeil unique au lustre de miroir, dégageant une identique présence tellurique.

Au fond de la galerie, se détachant sur le mur blanc, Si près deux cents ans, donne à voir le corps élancé hermaphrodite de deux amants ayant fusionné l’un dans l’autre, la riche matière organique du cyprès centenaire donnant chair à l’enlacement de la femme et de l’homme, ce dernier semblant disparaître dans le sein de son amante. Le couple suscite une émotion diffuse dans ce spectacle de la pérennité du sentiment amoureux.

Sculptée en haut relief, Léda et le Cygne propose au spectateur une nouvelle étreinte. On y retrouve la prédilection de l’artiste pour les oiseaux, le gracieux cygne ici esquissé évoquant la transformation de Jupiter pour retrouver sa maîtresse. Comme dans les Métamorphoses d’Ovide, la grâce de l’animal au long cou qui se contorsionne est empreinte d’érotisme. L’artiste demeure néanmoins sur le mode de l’évocation avec cette vision poétique nous permettant de percevoir confusément la métamorphose de l’arbre en cygne puis du cygne en homme.

Femme nourricière, la noble Pomone, dont le nom rend hommage à Maillol, apparaît telle une déesse des saisons. Avec sa pomme en guise de coiffe, elle convoque la fertilité de la nature tandis que, de part et d’autre de la galerie, L’Origine du monde, Maternité et Femme Ping, avec leurs hautes silhouettes totémiques, illustrent la dimension plus primitive de l’oeuvre de Wang Keping, sa quête sans cesse renouvelée de simplicité, d’épure.

« Les sculptures de Keping sont intimement liées à son corps et à son instinct. Son inspiration ne vient pas de son éducation » indique ainsi Ai Weiwei dans la préface de la nouvelle monographie sur Wang Keping qui vient de paraître aux éditions Flammarion1. « Il se sert de la forme naturelle et originale des matériaux primitifs pour créer une œuvre indéfinissable, qui exprime son subconscient sous une apparente ressemblance, et qui laisse libre cours à son imagination érotique ineffaçable. La brutalité de ses œuvres saute aux yeux. Dans le domaine de la sculpture par taille directe, les sculpteurs qui peuvent se comparer à Wang Keping sont durs à trouver. Son œuvre est intégrale et autonome. Il a créé son propre système ».

Alors que le sculpteur a atteint la maturité de son art, et s’apprête à bénéficier de projets personnels dans les jardins du Musée Rodin (printemps 2022) et au Musée Guimet (Carte Blanche, automne-hiver 2022-2023), cette galerie de femmes puissantes en offre l’ultime témoignage.

 

 

1 BUFFARD, Anne-Laure, PERDRISOT-CASSAN, Virginie et WANG, Aline, Wang Keping, Paris, Flammarion, 2021.

Artistes

Horaires

Mardi - Samedi, 11h - 19h

Adresse

Saint-Honoré 91 rue du Faubourg Saint-Honoré 75008 Paris 08 France
Dernière mise à jour le 11 mars 2022