Voyages immobiles

Exposition
Arts plastiques
FRAC Bourgogne Dijon
Cette exposition des oeuvres de la collection du Fonds régional d’art contemporain de Bourgogne a été organisée à l’invitation du professeur d’arts plastiques du Collège afin de donner la possibilité aux élèves de découvrir des oeuvres réelles et non pas seulement à travers les reproductions montrées en cours. La Mairie a accepté de mettre la salle à disposition pour accueillir les oeuvres et faire en sorte que l’exposition puisse être vue par le plus grand nombre. En lien avec différents projets menés à Saint-Germain du Plain, l’ensemble des oeuvres qui a été choisi s’intéresse à ce que l’on peut parfois éprouver à l’occasion des voyages. En effet il arrive qu’en quittant son environnement familier l’on ressente un flottement avant d’avoir pris d’autres repères dans un nouvel univers.

Complément d'information

Une exposition collective rassemble des oeuvres autour des effets de sens qui naissent de leur mise en relation, de ce qu’elles peuvent avoir à partager au-delà de leurs apparentes différences. Il ne s’agit pas d’illustrer un thème mais au contraire de proposer une certaine manière d’aborder ce sujet grâce aux oeuvres. Le regard rebondit de l’une à l’autre pour envisager à la fois ce qu’elles ont en commun et ce qui les différencie. Avec Flottaisons, Marcel Dinahet explore une manière de regarder le monde depuis la mer, plongeur suspendu entre ciel et profondeur. Peter Garfield fait quant à lui voler les maisons avec Mobile Home (Harbinger). Grazia Toderi a souhaité représenter le moment où un avion s’arrache du sol dans la vidéo Terra. Philippe Mayaux s’approprie le train miniature pour nous emporter dans un voyage qui semble un mirage comme le titre le souligne : La perte de vue des illusions (Fata Morgana). Le Mikado de Jean-Pierre Pincemin évoque l’architecture asiatique où les formes semblent elles aussi suspendues.

Marcel Dinahet (né en 1943 en France) essaie depuis 1991 de rendre compte du littoral au moyen de la vidéo, déplaçant sa pratique précédente de la sculpture. Le littoral est pour lui un espace singulier, entre la terre, l’air et la mer. Cette exploration alimente plus largement une réflexion sur les notions de centre et de périphérie, de frontière, d’activité et d’échange. La série des Flottaisons est constituée d’images arrêtées, photographies prises à l’écran, des vidéos réalisées par l’artiste. Elle sont ensuite présentées encapsulées dans un film plastique. La perception de l’espace qui en découle est trouble, le paysage se reflétant à la surface de l’eau est comme suspendu à la fois dans le temps et dans l’espace. Sans velléité documentaire ou narrative, il nous fait partager l’expérience de cet entre-deux de l’espace, un territoire mouvant sans cesse redéfini au gré des mouvements de la mer. Il produit des images qui échappent à toute forme connue et propose de nouvelles manières de regarder le paysage.

Peter Garfield (né en 1961 aux Etats-Unis)
Situation improbable et quelque peu surréaliste de voir une maison voler. Pourtant, l’image produit un effet plus inquiétant que comique. Tel le calme qui précède la tempête, le cadrage, l’oiseau sur le toit, la voiture au fond du jardin, créent une situation qui semble en suspens, présage d’une catastrophe. Un pavillon sans caractère particulier, symbole de l’accès à la propriété, de la stabilité, semble menacé par le projectile. Mobile Home, Harbinger (1999) dit par son titre (harbinger veut dire précurseur) cette dimension de signe avant-coureur qui semble menacer les résidences tranquilles. La présence d’événements destructeurs dans un cours paisible est un élément clé des photographies de cet artiste qui dit critiquer les représentations de bonheur associées à l’architecture pavillonnaire et refléter l’angoisse contemporaine.

Philippe Mayaux (né en 1961 en France) imagine des univers qui sont autant de reflets du monde contemporain. Ici, le visiteur se trouve résolument à l’extérieur de la scène, close sur elle-même. La perte de vue des illusions, (Fata morgana) (1998) est un jeu permanent de double sens. Ce titre d’abord qui signifie aussi bien des illusions à perte de vue que des illusions que l’on a perdu de vue. Puis le sujet : un désert comme représentation d’un paysage, réalisé par des photographies de peintures représentant un désert. Mise en abyme de l’image elle-même qui se répète sans cesse à laquelle s’ajoute la mise en abîme des moyens de représentation. Monde clos qui tourne en rond, comme le petit train muni d’un projecteur. Philippe Mayaux réalise des peintures et des objets qui s’apparentent au surréalisme pour s’intéresser au besoin d’illusion de l’homme contemporain, à son désir profond de tromper et d’être trompé. Il cherche à redonner aux illusions la place qui, à son avis, leur est due. A l’opposition courante entre illusion et vérité, l’artiste préfère la réhabilitation de l’illusion comme une dimension constitutive de l’expérience humaine.

Jean-Pierre Pincemin (né en 1944 en France)
La sculpture est constituée par assemblage d’éléments en bois (des douves de tonneaux), dont certains sont peints. Ils tiennent en équilibre sur un "socle" qui tient à la fois du pot de fleur ou du guéridon. Cette disposition provoque les lois de la pesanteur puisque les éléments ne sont pas fixés et la partie base est plus étroite et moins haute que le corps principal. L’ordonnancement de la partie supérieure hésite entre le chaos et l’organisation. Le titre Mikado (1994) renvoie à ce jeu d’adresse où il faut, dans un tas aléatoire, réussir à enlever un bâtonnet sans que les autres ne bougent. Ce terme conduit également la lecture de l’oeuvre vers un monde oriental et un toit de pagode en particulier. La sculpture évoque l’architectonique, l’ensemble des techniques de construction, mais aussi l’Art brut chez cet artiste qui refuse, au nom de la culture, de renoncer à la jubilation du bricolage. Cette oeuvre constitue une synthèse des préoccupations de l’artiste qui ont été développées aussi bien dans sa pratique de la sculpture que dans celle de la peinture.

Grazia Toderi (né en 1963 en Italie) réalise des vidéos qui ont la légèreté d’un jeu d’enfant. Avec des moyens très simples qui refusent le spectaculaire, elle cherche à éveiller des émotions en lien avec les questions existentielles qu’elle soulève. Grazia Toderi met pour cela en avant le caractère fictif des situations présentées. Par des moyens d'animation archaïques, elle crée des images construites qui retravaillent son rapport aux images télévisées par exemple. Terra (1996) montre dans un ciel rougeoyant un avion au dessus d'une piste d'atterrissage tandis qu'à droite de l'écran, un personnage attend dans un rocking chair. L'avion s'approche mais ne se pose pas avant de s'éloigner à nouveau, dans un mouvement perpétuel. Au loin on distingue le mouvement des lumières à l’horizon. Cette suspension crée une dilatation du temps, distance prise par rapport au rythme frénétique des aéroports des grandes mégapoles. Le voyage est en effet avant tout pour elle une recherche de distance qui naît de la différence.

Texte : Claire Legrand

Autres artistes présentés

marcel dinahet, peter garfield, philippe mayaux,
jean-pierre pincemin, grazia toderi

Partenaires

L’exposition est réalisée avec le soutien du ministère de la Culture et de la Communication (Direction régionale des affaires culturelles de Bourgogne), du Conseil régional de Bourgogne, du Rectorat de Bourgogne, du collège et de la ville de Saint-Germain du Plain.

Horaires

ouvert lundi et vendredi de 9 h à 12 h,mercredi et jeudi de 9 h à 12 h et de 14 h à 17 h 30,samedi de 9 h à 12 h et de 14 h à 16 het sur rendez-vous

Adresse

FRAC Bourgogne 49 rue de Longvic 21000 Dijon France

Comment s'y rendre

Dernière mise à jour le 2 mars 2020