LIKE A VIRGIN

Broderies sur toile d'Yveline TROPEA
Exposition
Arts plastiques
School Gallery Paris / Olivier Castaing - 75003 Paris 03

Mes chères icones Des vierges, des fleurs, des auréoles, parfois des croix, parfois un jardin qui ressemble à l’Eden. Dans « Like a Virgin », sa prochaine exposition à la School Gallery, Yveline Tropéa s’approche de l’imagerie chrétienne, de ses icônes, comme on raconte une comédie, un divin cliché. Et de ses toiles débordent, des broderies colorées, des perles, des brillants. Combien d’ersatz, de succédanés. Elle a choisit le trop-plein pour le trompe-l’œil, elle a choisit l’ivresse décorative, le sex appeal du baroque, du kitch, pour faire mentir la promesse de l’artifice, pour faire pâlir l’innocence, la pureté d’un paradis fictif, imaginé. Car ici, le manège de l’image parfaite, sainte, sanctifiée, se noie sous des couches de matière. Yveline Tropéa dévore les zones blanches, détruit les espaces vides, sature, inonde la surface de détails, d’accessoires, d’ornements. extrait du texte de Julie Estève, novembre 2010 .../ ...

Complément d'information

Mes chères Icônes (suite texte Julie Estève)

... / ... C’est en Europe qu’elle travaille à construire sa toile. Comme un peintre, elle dessine et écrit son décor, sélectionne avec une exigence profonde, presque maniaque, sa gamme de couleur. Et puisque l’art est devenu zone de partage, à l’image du monde, Yveline rejoint l’Afrique, son atelier de Ouagadougou et son équipe de brodeuses qui, patron en main, pique et tisse, au travers des chiffres, des notes, des schémas de l’artiste. Alors, le tableau se remplit, se charge, s’épaissit. Pourtant, derrière l’abondance et le minutieux travail avec les fils, la couleur, derrière, se cache comme un baiser de Juda. Une tromperie, un mirage, un leurre. Le recouvrement systématique, la profusion des matériaux ne servent qu’à habiller, qu’à déguiser les écueils, les pièges, les drames de la vie. Envahir et dévisager l’essentiel. Si dans ses vanités brodées, l’artiste épingle la fragilité de l’existence, c’est aussi la mort que l’on pressent dans ses toiles pleines de nos jungles intérieures. Vaisseaux, artères, viscères, cœurs : à découvert.
Ici, l’histoire que l’on raconte n’est pas celle d’un conte de fée naïf, innocent. Yveline utilise les stéréotypes de la femme, de l’épouse, de la mère exemplaire, dessine des couronnes, des vœux, des chapelles pour dérégler, débaptiser l’idéal, le merveilleux. Elle se sert de l’allégorie, de l’apparat, de l’habit religieux comme une ouaille en repentir, en impiété. Ses tableaux garnis, tapissées, montrent les faux semblants, les hypocrisies des images utopiques figées dans un état, un espace inaccessible, interdit. L’illusion engendre les déceptions, les souffrances, certains diront. Et dans les autoportraits en saintes de Tropéa, il y a quelque chose d’une fragilité extrême qui se fraye un passage, étroit, au travers du tissage, qui lacère et pénètre la surface, comme un geste de caresse féminine. « Like a virgin » avant l’étouffement, l’asphyxie visuelle, avant l’explosion des couleurs. Et puis, une émotion clandestine, furtive qui s’échappe. Que l’on regarde, que l’on s’enfonce dans les toiles d’Yveline, que l’on s’y perde, un instant, que l’on s’enivre de son opulence et que l’on imagine son revers, son verso. La défaite des images d’Epinal. Car l’artifice n’est pas fidèle, il dissimule, il travestit et ne tient pas toujours sa promesse d’un meilleur lendemain. Dans les broderies de Tropéa, il passe aussi les soupirs et les ombres des rêves.

Julie Estève,

Horaires

Mardi au Samedi 11h- 13h 14h30 - 19h

Adresse

School Gallery Paris / Olivier Castaing - 75003 322 rue Saint Martin 75003 Paris 03 France

Comment s'y rendre

Dernière mise à jour le 2 mars 2020