Transhumance
Interviews de Reto Pulfer, Liliana Motta et Martin Le Chevallier, artistes
Liliana Motta,<i>Dehors</i>, 2017
Installation paysagère. Commande du Cnap en dépôt au Ciap.
© Liliana Motta / Cnap / Photo : artiste
L’été 2017, le Cnap et le Centre international d’art et du paysage ont présenté Transhumance, une exposition-parcours déployée du centre d’art au Bois de sculptures et aux communes autour du lac de Vassivière. Ce projet invitait à découvrir l’histoire de chaque village tout en mettant en valeur le rôle de l’art dans l’espace public en milieu rural.
Reto Pulfer, Antares-Mulde LS (Star-Rise Alignment), 2017
Les peintures, dessins, installations et performances que Reto Pulfer crée, à partir de matériaux précaires et recyclés, nous transportent dans des mondes intérieurs et habités. Pour Antares-Mulde LS (Star-Rise Alignment), qu’il réalise pour la première fois sur l’île de Vassivière, il propose une intervention paysagère qui sublime le lever de l’étoile Antarès, la supergéante rouge. Composée de pierres et de plantes sauvages locales disposées dans un large fossé, l’installation ostentatoirement artificielle évoque un temple antique voué à être envahi par la nature. L’artiste s’est inspiré également du temple de Karnak, dont la partie consacrée au dieu du soleil égyptien Amon-Rê est alignée parfaitement sur l’apparition du soleil, le jour du solstice d’hiver. Reto Pulfer a, ici, sélectionné des variétés précises de plantes : le thym car il évoque le changement et le temps (en anglais thym se dit thyme et se prononce comme time [temps]), l’ortie à la fois espèce urticante et comestible, le piment aussi rouge qu’Antares et la fougère, une plante ancestrale à rhizome présente aussi dans les romans de science-fiction qu’il écrit.
Liliana Motta, Dehors, 2017
Artiste botaniste, Liliana Motta réalise des interventions in situ discrètes qui visent à faire évoluer notre relation au vivant, au paysage, en un mot au « dehors ». Pour ce projet, mené, avec le Laboratoire du dehors, pour la première fois à Vassivière, elle choisit de créer une lisière entre la forêt et le chemin qui borde l’île. Dans le respect de la charte paysagère du pays de Vassivière (2004-2005) de Gilles Clément, elle envisage différents actes jardiniers modestes et éphémères comme amender et soigner les sols ou encore stimuler et contrôler la végétation spontanée. À la manière des « théâtres de verdure » du XVIIe siècle, cette zone inclinée, avec vue sur le lac, devient un lieu de rencontres et d’échanges qui évoluera à mesure des interventions spontanées et des propositions des professionnels invités. L’enjeu est de réconcilier une gestion environnementale économe et différenciée, qui tient compte des êtres vivants sur place, avec l’histoire du site.
Martin Le Chevallier, Félicité, 2002
Les œuvres de Martin le Chevallier nous racontent des histoires pleines d’humour et de poésie, qui extrapolent la réalité et anticipent des futurs caricaturaux. Mais plutôt que de recourir à de simples trames narratives, il préfère créer des formats plus divertissants comme des vidéos interactives ou des jeux vidéo, qui séduisent le spectateur pour mieux l’impliquer. Ainsi, Félicité fonctionne comme un documentaire qui présenterait un monde utopique où règnent le bonheur et l’oisiveté à l’excès. Le public est invité à se balader dans différents récits et prend conscience au-fur-et-à-mesure que ce monde à priori idéal est, en réalité, un véritable enfer aseptisé. Cette société parallèle, qui tout d’abord séduit puis finalement inquiète, témoigne de l’ambiguïté de nos aspirations.
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Dernière mise à jour le 10 décembre 2025