Cette œuvre de Thierry Fontaine est la résultante d'un long processus. Concrètement, dans la réalisation de l'image, puisqu'on pourrait la qualifier de photosculpture, il a fallu un temps d'élaboration, de préparation. Et puis, symboliquement, dans l'expérience d'un territoire, du rapport à un lieu, en l'occurrence un lieu de vie.
Thierry Fontaine est né à La Réunion. Il a réalisé cette image, qui s'inscrit dans une série, un ensemble, où l'on voit des figures humaines, comme cela, se transformer, plus que disparaître, derrière un matériau qui vient se substituer au visage. Une terre glaise, un matériau premier de la sculpture et, métaphoriquement, de la sculpture de soi.
« Chaque homme est une île », nous dit Thierry Fontaine. Il y a cette dimension-là dans son travail : l'insularité du lieu où il est né, où il a grandi, et l'insularité de l'individu, par métaphore poétique.
Cette œuvre parle à la fois d'incommunicabilité, de clôture de soi dans son enveloppe corporelle, et en même temps, par la disparition ou l'absence d'un visage que nous cherchons toujours à voir en présence d'une personne humaine, de la possibilité aussi de se projeter, qu'il s'agisse de l'artiste ou d'un comparse avec lequel il a travaillé.
En l'occurrence, on est vraiment là devant une image qui part d'une expérience personnelle, mais qui s'adresse à tous. Elle est nourrie de la pensée d'Édouard Glissant, et notamment par l'idée du cri. Thierry Fontaine évoque vraiment cette image avec l'idée qu'elle contient un cri qui tente de s'exprimer, qui peut être étouffé, contenu derrière cette masse de terre glaise.
Un cri d'affirmation, d'émancipation. Un cri qui dit un rapport à un lieu et son désir de s'en échapper. Un cri qui est aussi une lutte contre les assignations à une identité, à des identités, selon sa couleur de peau, selon ses choix de vie, selon son genre.
Véritablement, il s'agit d'une sculpture de soi. Thierry Fontaine, dans cette transformation permanente qu'il produit de la figure humaine, exprime de manière très dynamique, très positive, cette idée de la possibilité de se réinventer, dans un rapport à la fois très concret, intime, à un lieu, et, par l'imaginaire, la capacité de se transporter ailleurs et de réinventer sa vie.