Projet culturel et participatif VISION VAPEUR
Retour sur la journée de clôture
Et comme toujours, moi, je travaille à partir des productions des habitants. Je pose un cadre, ils produisent des choses à l'intérieur, et après ça bouge encore et encore et encore. On peut lire aussi les fantômes, c'est ça qui est intéressant, lire aussi les fantômes de silhouettes précédentes.
C'est un motif qui est beaucoup venu dans le projet, c'est la notion de stratification. D'un point de vue architectural, historique, il y a ce qu'on appelle l'affluence. Donc on est aussi dans un rapport de l'affluence.
C'est un mouvement qui est en passage, en fait, qui est finalement assez propre à la circulation dans un quartier. Et là, c'est une des étapes de la journée. Là, on est dans du pictural et du frontal, vraiment dans l’usine.
Et puis, tout à l'heure, on sera dans un tunnel avec des blindes à Romainville, juste derrière le Frac. On est dans l'étape 3, dans le parc de Stalingrad. Est-ce que vous voulez faire ? Vous avez plein de formes ici.
Vous pouvez choisir un pochoir et décider de l'emplacement où vous avez envie de le mettre. Je pense plutôt de ce côté-là du mur. Là, c'est les derniers espaces un peu libres pour les enfants.
Et vous pouvez d'abord choisir une craie. Comme ça, vous vous familiarisez avec la forme, le tracé, la position. Et ensuite, vous allez choisir une craie liquide comme celle-ci, pour faire le contour.
Je vous l'ai choisie, du coup ? Je vous en prie. Circuler, c'est la journée de clôture, en fait. L'épilogue de Vision Vapeur qui s'est construit au cours des deux dernières années.
C'est un projet que le Cnap a lancé en 2020, juste avant la pandémie, en fait. Et c'est un projet développé dans le cadre des jumelages culturels. Les jumelages culturels, c'est un programme mis en place par la préfecture d'Île-de-France pour faire travailler des artistes sur le territoire, et en particulier dans des quartiers prioritaires de la ville.
Puisqu'on a choisi d'investir trois villes de Seine-Saint-Denis autour de Pantin, qui sera la future implantation du Cnap. Et, en fait, notre intention, au début de ce projet, c'était fabriquer le territoire. Ce territoire en pleine mutation urbaine, dans un moment de grande transformation, de grande instabilité avec les Jeux Olympiques, des mouvements de gentrification profonds depuis plusieurs années.
En même temps, des nouvelles infrastructures qui s'installent, des histoires qui apparaissent et qui disparaissent. Et c'est là-dessus, en fait, c'est sur cette matière-là, qu'on avait envie de porter la commande artistique.
Ah, voilà ! OK, génial ! Vous voulez faire ? Choisir une forme et… Ouais, OK ! T'as une craie claire ? Oui ? Et cet appel à projet, il a été remporté par l'artiste Ferial Bouchaki.
Ferial, de la France pour les enfants de Seine-Saint-Denis. Bonjour ! Regardez, ce que je vous conseille, c'est de reculer et de regarder ce qui a été fait, pour voir là où vous pensez que ça peut se mettre le mieux. Ouais, et en plus, il y a la grande sœur, entre guillemets, qui est juste devant.
Vision Vapeur, c'est le titre que j'ai trouvé il y a deux ans pour ce projet. Parce que je savais qu'il s'agissait d'avoir une vision, finalement, qui arrive à englober. Et ce que je ressentais, c'était, dans ces trois villes, dans ces trois quartiers plus précisément, beaucoup d'agitation, beaucoup de vie, beaucoup de… Et du coup, je me disais qu'on était à l'état vaporeux, gazeux, qu'il y avait quelque chose qui était en train de se passer.
Et que l'idée, c'était d'essayer de formaliser aussi les différentes autres étapes de transformation, finalement, du liquide. Je pense que les œuvres servent à canaliser, à formaliser, en fait, à des moments, des choses qui sont bien plus évanescentes ou infalsifiables.
La fresque Affluence, c'est un projet qui, quand on regarde, a démarré il y a deux ans.
Où j'ai mené plusieurs ateliers dans le cadre du chapitre flouté avec les habitants de Noisy-le-Sec, en leur proposant, par des exercices, par des protocoles chorégraphiques, une pratique de dessin qui engage le corps, et notamment le traçage de silhouettes. Donc toutes ces silhouettes, je les ai conservées. Et ensuite, elles sont rentrées dans l'archive du projet.
Et je les ai ressorties dans le cadre de ce chapitre-ci, circuler, afin de proposer aux habitants de créer une fresque, mais avec leurs propres silhouettes, réalisées par leurs propres dessins.
Je pense que ce qu'on peut faire ici, c'est l'inverse. C'est-à-dire faire du rose là-haut, et du bleu ici.
Là, il faut réutiliser ton pochoir. Pour ça, on utilise une craie liquide qui, je vous préviens, est très liquide. Donc, pour ce faire, la bleue, s'il te plaît.
Ça part très bien à l'eau, mais juste… Dounia, alors il ne faut pas… Dounia, il faut appuyer tout doucement. Ça sort très vite. Dounia, ça coule ! T'as vu, j'ai peur d'un nuage.
Non, non, non, stop, stop, stop. Remets ta mine. Sinon, ça coule beaucoup plus, du coup, et c'est pas bon.
En fait, depuis l'origine, Vision Vapeur s'est développée sur trois quartiers des trois villes partenaires. Donc le quartier de l'Horloge, à Romainville, qui est le quartier de la Fondation Fiminco. Le quartier des Sept-Arpents, à Pantin.
Et puis, le quartier de Béthisy, à Noisy-le-Sec, avec notre partenaire central, la galerie Centre d'art de Noisy-le-Sec. Ce qui nous a vraiment touchés avec la proposition de Ferial, c'était qu'elle trouble notre vision, pour un petit peu reprendre l'un des premiers chapitres de ce projet, et de proposer également une initiative qui soit très généreuse. Et ça, nous, on est très, très intéressés, dans notre rapport au territoire avec le Centre d'art, à proposer des projets artistiques qui permettent d'être inclusifs, de valoriser aussi les habitantes et les habitants du territoire.
Si tu la situes bien, regarde, elles sont un peu en descente. Elles sont un peu en descente, donc tu peux la descendre encore plus, et être à cheval, en fait, entre les deux. Et tu peux peut-être la rapprocher un tout petit peu, je pense.
Exact, mais pas trop. Regarde, là, t'es à peu près ça. Et il faut que tu conserves ton pochoir d'origine, pour soutenir l'encre.
Comment je fais ça, moi ? T'es en plein questionnement, là. Je ne suis pas la reine du dessin, quoi. Pour moi, l'art, c'est une somme de transformations, et du coup, c'est une étape, la restitution.
C'est un moment qu'on crée pour donner à voir un état de la transformation, disons. Quand il a fallu lui trouver un lieu à Romainville, j'ai instinctivement pensé à ce lieu de passage, le couloir de transport des œuvres du Frac. Mais en même temps, le lieu où on pouvait venir, comme en haut d'une montagne.
Je ne sais pas comment expliquer ça, mais c'était vraiment le rapport avec l'écho qui m'intéressait, qui est très spécifique, en fait, dans cet espace-là. Et je pense que, dans les villes, on a besoin d'espaces d'écho, ou d'être des caisses de résonance, ou d'avoir des choses qui reviennent. Côté Babel, accidentel, décoction, chimie, macération, estragon, zeste de citron, patelins de béton, annexion du piéton, commune monde, commune département, quartier, qu'as-tu à nous donner ?
Un peu de ton jus, de ton salé ? Que nous réserve ton embellissement ? Comment trinquer à ta santé ? Pour moi, la ville, c'est un cocktail.
Et c'est un cocktail, une somme de plein de choses. Et ce que je voulais transmettre, c'était à la fois l'amertume et la douceur. Mais parfois, la douceur poussait à l'extrême, que ce soit trop, que ce soit écœurant, au point où elle puisse devenir sirupeuse.
Ces cocktails sont finalement l'interprétation des différentes étapes de transformation liées à la gentrification dans la ville. J'ai voulu continuer le travail avec la cheffe Héloïse Lubin. J'ai écrit un texte, et du coup, on a préparé cinq cocktails, dont les titres varient de « La ville s'agite » à « Quartier huppé », en passant par « Colère poivrée ». Et les deux musiciens qui nous accompagnent, Cédric et Benjamin, sont vraiment là pour soutenir et mettre en valeur les sons en question-réponse entre les percussions réalisées en cuisine et la musique qui peut être développée à partir de ça.
J'ai eu la chance aussi de travailler à partir de transformations collectives, en collectant des témoignages et des récits auprès d'habitants de 4 à 103 ans. Et du coup, on avait une responsabilité très grande, qui était de ne pas trahir, même si le geste artistique venait à réaliser la mise en forme. « Ville s'agite, mobiles ricochés, rues fâchées, inquiétante souveraineté, engins de chantier pour terrasser. »
Ce qui nous a particulièrement intéressés, touchés dans la pratique de Ferial, c'est cette ligne ténue, tendue entre performance, récit et poésie. Et en fait, c'est cette ligne-là qu'elle a développée, mise au travail, avec différents ateliers, plus de 25, en fait, qui ont été créés. Ils ont été menés dans ces trois quartiers, avec différentes associations, différentes structures, qui ont mobilisé, impliqué plus de 300 habitants, habitantes, au total.
Nous sommes intimement convaincus que l'artiste, à travers son regard, peut nous permettre de nous poser des questions, de voir différemment des objets, des éléments, l'environnement urbain dans lequel nous nous trouvons. Mais moi, je suis aussi très, très attentif à l'idée de sortir de nos murs. On est sur un territoire, ici, en Seine-Saint-Denis, qui est assez particulier, où l'appétence, on va dire, pour les arts visuels n'est pas forcément acquise d'emblée.
Et si les gens ne viennent pas nous voir, en fait, c'est à nous d'aller à leur rencontre. Et c'est vrai que le projet de Ferial Bouchaki, dans ce sens-là, proposait un partage d'expériences, d'expériences artistiques, d'expériences humaines, qui nous semblait tout à fait approprié. Et aujourd'hui, pour la conclusion, circuler, en fait, c'est en quelque sorte faire le lien, recréer une circulation de paroles, de mémoires, de désirs, entre les trois quartiers qui sont le terreau depuis le début de Vision Vapeur.
Il attend le passant. Je pense que la circulation, c'est quelque chose qui nous concerne tous. La liberté de circuler, c'est déjà une chose qui, en ville ou dans le monde, nous met tous en lien, finalement.
C'est être vivant, c'est être au monde et être avec les autres. Quand je le touche, la matière, c'est comme si c'était de la pâte. Il y a de la vapeur, le plat est chaud.
C'est Vision Vapeur. Des souvenirs, des images qu'ils ont eus en tête. Poser la question de la circulation, c'est poser la question des frontières.
C'est poser la question de la possibilité, de la mobilité. C'est poser toutes les questions qui agitent en ce moment notre époque. C'est aussi, à plus grande échelle, la question du cycle de la vie, du cycle de la production, de la transformation.
C'est chimique, en fait. Il y a de la vie, il y a de la couleur. Il y a de la vapeur, le plat est chaud.
C'est Vision Vapeur.
Ici, dans le parc, la performance qu'on a faite représente bien la légèreté, l'amusement avec lequel il faut continuer à aborder ces sujets-là pour pouvoir les partager. On a poursuivi trois objectifs avec Vision Vapeur.
Il y avait d'abord celui de faire travailler les habitantes et les habitants du territoire avec l'artiste. Il y avait celui d'accompagner cet artiste dans sa production, dans l'évolution de son travail. Et puis aussi l'objectif de travailler avec des partenaires, sur le territoire qu'on va bientôt investir.
C'était une expérience de création très intense, avec ses difficultés assez singulières du fait d'être sur trois territoires différents et de démarrer le projet dans le cadre de la crise Covid, avec l'impossibilité de se réunir alors que c'était un projet de partage, de co-création. Ça a été une des difficultés d'origine. Mais je trouve qu'on a réussi, par moments, à vivre des choses assez extraordinaires, de par justement le contexte où on savait que les rencontres étaient précieuses.
Ferial a eu l'occasion de me voir jouer et performer avec cette flûte. Le fait qu'elle m'ait sollicité, il y a un mois et demi, il y a deux mois, pour ça, pour ma flûte et l'énergie que ça me procure quand j'en joue, j'étais vraiment hyper enthousiaste. Et du coup, la rencontre avec les autres interprètes, professionnels ou non, était aussi hyper belle.
Au-delà de ça, il y a cette idée que nos corps se déplacent dans la ville, dans les paysages, et qu'ensemble on forme un état en mouvement, de former un groupe où notre énergie féminine, notre puissance érotique, comme le dit si bien Audre Lorde, émerge et nous transcende littéralement.
…
Applaudissements
En 2021, le Cnap a lancé, en partenariat avec La Galerie à Noisy-le-Sec et la Fondation Fiminco à Romainville, l’initiative VISION VAPEUR, un projet collaboratif de l’artiste Fériel Boushaki mené avec des habitants de trois quartiers de Seine-Saint-Denis. À travers les ateliers Flouter, Légender et Circuler, il a exploré la relation entre la ville, le corps et les perceptions de ses habitants. Le projet s’est conclu le 9 juillet 2022 par une journée de performances et de dégustations dans les trois quartiers.
Dernière mise à jour le 10 décembre 2025