L'œuvre d'Oliver Beer, « The Resonance Project », est un projet qu'il a commencé en 2007 et qu'il poursuit aujourd'hui. Il passe par un certain nombre de pièces, dont celle qui concerne les tunnels de Brighton.
En fait, m'avait intéressée sa démarche sur l'interaction entre le corps qui produit le son, donc la voix, le chant, et l'espace, c'est-à-dire l'architecture, qui est toujours une architecture industrielle, et ce, seul ou avec des chanteurs professionnels. Son travail consiste à faire résonner, à trouver des points de résonance et à faire résonner des architectures par elles-mêmes du seul fait de la force de la voix, à travers des textes qui sont chantés ou dits, évidemment tout à fait choisis.
Néanmoins, il se préoccupe quand même de la manière dont ensuite il va restituer par l'image cette ambiance sonore et ce travail réellement professionnel sur l'architecture.
Et dans l'œuvre que nous avons acquise, par exemple, c'est une vue de ce grand tunnel, qui sont les égouts historiques de la ville de Brighton, où il a placé, en diagonale à l'intérieur, un point précis, au milieu de ce tunnel de lumière, puisqu'on aperçoit la lumière au fond, bien sûr, qui éclaire en même temps la scène.
Ces personnages, performeurs, chanteurs, vont petit à petit d'abord exercer leur voix. Ils vont commencer à chercher les points de résonance sur les parois de l'égout. Et petit à petit, ils vont se mettre à chanter et la paroi des égouts va leur retourner, comme un effet boomerang, le son.
Et ils vont continuer à chanter en dialogue avec leur propre voix répercutée par l'espace. Et ça va augmenter, finalement, cette composition sonore.
À l'image, finalement, l'artiste s'attache, par un principe de montage cinématographique alterné, à nous montrer soit l'ensemble de la scène, soit des fragments de corps : la bouche, les cordes vocales qui ont l'air de travailler, donc le cou, des fragments de visages, des expressions de concentration des chanteurs, et toujours en interaction avec la lumière qui émane du tunnel et du tunnel lui-même.
Donc c'est une sorte de montage parallèle et successif où, en permanence, on passe du détail à l'ensemble et vice-versa. Et en même temps, il y a une interaction qui se fait de plus en plus dans ce film, et dans d'autres d'ailleurs, entre la voix, le corps et l'architecture qu'il a choisi de révéler.
C'est un artiste plasticien qui a une formation généraliste, mais qui s'est très tôt spécialisé, entre guillemets, en acoustique et en électroacoustique.
En effet, cette œuvre est tout à fait caractéristique à la fois de son parcours et en même temps de tout un ensemble d'œuvres d'artistes plus jeunes ou moins jeunes qui, effectivement, placent la question du son au cœur de la création contemporaine comme un des éléments vraiment prépondérants. Et en cela, malgré et grâce à sa singularité, néanmoins, il s'inscrit dans cette famille et donc dans tout un ensemble d'œuvres qui sont achetées par le Cnap et qui relèvent de la création sonore.