Cette œuvre de Maria Thereza Alves, diptyque photographique intitulé « Tête équitable », est réalisée en 2007 dans un contexte très polémique de l'actualité française et notamment dans le monde des musées, avec des opinions très divergentes face aux demandes réitérées des peuples maoris de Nouvelle-Zélande, qui réclament la juste restitution de restes humains et notamment de têtes qui sont conservées dans les collections de plusieurs musées français depuis le XIXe siècle.
Conséquence d'une autre époque, d'une attitude coloniale qui consistait à réifier des corps et à les considérer non pas comme des êtres humains mais comme des choses, comme des œuvres d'art. Après l'accord donné par la maire de Rouen pour la restitution de restes humains présents dans les collections du musée de sa ville, cette tentative a été bloquée par le ministère de la Culture.
Un grand nombre d'articles en ont fait état et l'artiste réagit à ce problème en proposant un programme de « têtes équitables ». Le titre même contient sa charge ironique et le texte, avec beaucoup d'humour, est inscrit sur la peau comme un tatouage sur l'épiderme. Il propose aux citoyens français et aux citoyens des autres pays européens ayant les mêmes pratiques muséales de considération de leur patrimoine comme inaliénable, quand bien même il s'agirait de restes qui nécessitent légitimement de recevoir un dernier hommage par leur peuple.
L'artiste propose un échange. Pour une tête maorie conservée dans un musée en France ou en Europe, l'un des citoyens de ce pays se désignerait volontaire. Ici, la première, dans cette fiction politique, est Émilie, dont le visage est tatoué à la manière maorie, et qui serait échangée si les Maoris trouvaient en retour une réponse à leur légitime et juste demande.
Depuis cette époque, fort heureusement, les choses ont évolué très positivement.