Hannah Darabi, artiste photographe, basée à Paris.
Comment avez-vous connu le Cnap ?
Le Cnap m’a été présenté comme une structure qui soutient les artistes dans leur parcours professionnel par des amis photographes. C’était un endroit assez particulier : je pratique la photographie documentaire, par exemple. Il faut dire qu’il n’y a pas d’autre institution publique qui ait créé des aides destinées à des artistes ayant des pratiques documentaires comme la mienne.
Comment le Cnap vous a-t-il soutenue ?
Le Cnap m’a accompagnée à plusieurs reprises. J’ai reçu une aide pour la photographie documentaire en 2018 afin de réaliser un projet sur la diaspora iranienne en Californie du Sud, puis en 2020, un autre projet sur ma ville natale, Téhéran, qui a été acquis par le Cnap.
Pouvez-vous nous parler d’un soutien en particulier ?
Le projet Soleil of Persian Square, que j’ai réalisé en Californie du Sud, porte sur la diaspora iranienne qui habite et travaille sur place. En termes de population, il s’agit de la plus grande diaspora iranienne au monde. J’ai fait une connexion avec la question de la musique populaire et de l’identité de la culture populaire pour cette diaspora présente sur ce territoire étranger.
C’est un projet qui a été réalisé sur plusieurs années. L’aide en photographie documentaire a été très importante pour moi, notamment parce qu’il y avait des frais de voyage et des frais d’hébergement sur place. Le soutien financier m’a permis de prendre le temps de bien réaliser le projet, sans précipitation liée à des contraintes économiques.
L’équipe du Cnap, également composée de commissaires d’exposition, offre une relation professionnelle précieuse. Pour moi, les moments d’échange avec les commissaires d’exposition sont très importants : ils enrichissent la présentation du travail et nourrissent des réflexions sur l’avenir. C’est donc un processus essentiel pour les artistes.
En quoi ce soutien est-il important ?
Mon cas est particulier : je suis une artiste qui n’a pas de galerie, donc ma présence sur le marché privé est très limitée. Les galeries fonctionnent souvent selon certains goûts collectifs du marché privé. Or, je mène beaucoup de recherches et je travaille avec des archives. Ce ne sont pas nécessairement des œuvres destinées à être achetées pour un usage domestique. Bien sûr, il existe des collectionneurs qui connaissent et suivent mon travail, mais les établissements publics restent aujourd’hui essentiels pour moi. Je pense que le Cnap contribue à créer un mouvement artistique indépendant des goûts du marché privé.
En quoi était-ce important de rentrer dans une collection publique ?
Pour l’acquisition de mon projet Haut Bas Fragile, la question centrale est celle de l’avenir des œuvres. C’est un projet que j’ai réalisé en 2016 et que j’ai depuis présenté dans des expositions collectives. Je souhaitais faire entrer ce travail dans une collection publique pour plusieurs raisons, la plus importante étant de lui trouver une « maison », afin qu’il soit conservé dans de bonnes conditions de préservation. Et comme la collection du Cnap durera certainement plus longtemps que les artistes, il est rassurant de savoir que ces œuvres y sont conservées.
Mais le Cnap offre plus encore : en tant qu’artiste, on est rassurée de savoir que les œuvres sont préservées dans de bonnes conditions, mais le Cnap entretient également des relations avec des commissaires indépendants qui sollicitent l’institution pour proposer des expositions et des œuvres issues de la collection. Il ne s’agit donc pas seulement de la conservation, mais aussi de la circulation des œuvres dans un autre réseau artistique que le mien.
Le Cnap en un mot ou une phrase ?
L’indépendance : le Cnap joue un rôle essentiel dans la vivacité et la diversité de la scène artistique.