C’est une exposition qui s’inscrit dans un projet commun du Cnap et du FRAC, puisque le Cnap a accordé au FRAC un dépôt de presque une petite centaine d’œuvres en relation avec la dimension sonore. Il faut savoir qu’au FRAC, on travaille sur la question du temps depuis 2006 et, au sein de cette question du temps, on a développé un axe qui fait le lien entre les arts plastiques et les sonorités. À ce jour, nous avons à peu près 23 à 25 œuvres qui rentrent dans cette problématique. Afin de l’étoffer, j’ai sollicité Sébastien pour obtenir ce dépôt important du Cnap. Cela va nous permettre de montrer cet axe de manière plus lisible, de diffuser ces œuvres en région et de l’affirmer plus efficacement.
Nous avons essayé de définir une thématique qui puisse mêler librement les deux collections dans une exposition, pour arriver à cette proposition qui prend appui sur un écrit du penseur américain Thoreau, auteur notamment de Walden, la vie dans les bois. Dans un des chapitres, intitulé Le Bruit, il décrit la musicalité de la nature qu’il perçoit face au lac de Walden, par une écoute attentive du bruit des arbres, du vent, du chant des oiseaux, du bruissement de l’herbe ou encore du vent à la surface de l’eau. Il s’agit d’une forme de prise en compte très proto-écologique de la nature, remise sur le devant de la scène depuis quelques années, et dont on voit aujourd’hui la pensée irriguer de manière évidente le travail de nombreux artistes. Nous en présentons ici une petite vingtaine, à la fois issus de la collection du FRAC et de celle du Cnap, pour un parcours assez sensible.
Ce qui a été déterminant, peut-être, c’est la volonté que nous avions l’un et l’autre de présenter la pièce de Céleste Boursier-Mougenot, la pièce avec les oiseaux. Je crois qu’à partir de cela s’est tissé le propos de l’exposition autour de la question de la nature. La mise en espace, au niveau où nous sommes dans le FRAC, est pensée en trois temps. Deux espaces monographiques sont dédiés, d’une part à la très belle installation de Céleste Boursier-Mougenot — cette mise en musique d’instruments, guitare et basse, par des oiseaux mandarins — et, d’autre part, à une installation composite de l’artiste belge Édith Dekyndt, qui s’intéresse aux sensibles, à la limite parfois de la disparition.
Une pièce intermédiaire a été pensée en regard, entre une œuvre au sol de l’artiste français Dominique Blais et une composition conçue comme une partition, mêlant de nombreuses œuvres du FRAC Franche-Comté et quelques œuvres de la collection du Cnap déposées à cette occasion, comme le diptyque de Jean Dupuy, artiste plus historique, né au milieu des années 1920, dont nous présentons ici une œuvre de la première période, datée de 1964, avant son départ aux États-Unis.
Après Thoreau, c’est aussi John Cage qui apparaît comme le fantôme de cette exposition. Influencé par Thoreau et par le taoïsme, il développe une écoute de la nature et une attention à tous les sons, sans aucune hiérarchie. On sent bien la permanence de cette pensée dans les travaux des artistes d’aujourd’hui.
L’exposition débute le 20 juin et s’achève le 21 septembre. Elle s’adresse à des publics très larges. Il faut savoir qu’au sein du FRAC, des médiateurs sont toujours à disposition pour accompagner les visiteurs dans la découverte des œuvres. Par ailleurs, au sein même de l’exposition, un espace documentaire est proposé, et le FRAC dispose également d’un espace de documentation permettant d’aller plus loin dans la visite.