Cette œuvre de Jim Goldberg, qui s'intitule « Demba's Map », est très singulière, très forte. D'une certaine manière, elle est coréalisée par l'artiste et le sujet de l'œuvre, qui lui donne son nom.
C'est un photomontage constitué de Polaroids retournés, au dos desquels on voit apparaître des écrits, les noms de lieux et de pays, des flèches rouges qui indiquent un parcours dans l'espace, et puis des fragments de récits, comme un journal reconstitué a posteriori d'une expérience de tentative de migration.
Tentative contrariée, puisqu'on a vraiment un effet de circularité dans le parcours de cet espace du continent africain au continent européen.
« Je m'appelle Demba Baldé », écrit-il près de son image, de son portrait, inscrit plastiquement sur un fond d'or, un fond doré, qu'on pourrait interpréter comme une réminiscence lointaine de l'icône. C'est en tout cas, je crois, de manière très volontaire, de la part de Jim Goldberg, la volonté d'incarner la figure du migrant à travers l'histoire d'une personne et de son expérience, de ce trajet, de ce parcours humain à travers l'espace.
Donc ça commence en 2000 et ça finit en 2002 avec un retour au point de départ, ce qui est très cruel. Et on a donc le récit, par Demba, des différents moments, des différentes expériences, des pays et des villes qu'il a dû traverser, avec parfois beaucoup de temps passé, comme ici en Libye, un an et demi pour travailler et gagner de l'argent afin de payer les passeurs suivants.
C'est une œuvre incarnée, qui donne un visage à la figure trop souvent générique du migrant dans l'information.
Je crois que, de cette manière-là, on peut avoir accès véritablement, par un processus d'identification, à la dureté de cette condition-là.