On doit cette pièce à trois designers italiens, Riccardo Rosso, Pietro Derossi et Giorgio Ceretti, qui, ensemble, ont par la suite formé le groupe Strum, et c'est une pièce de 1966.
Alors c'est une pièce assez spectaculaire et puis assez surprenante aussi. On se demande ce que c'est, en fait, ce bloc vert qui paraît impénétrable. En fait, il s'agit d'un siège, d'un mobilier, d'un objet à utiliser.
Il est constitué de polyuréthane expansé, une matière souple, flexible, que l'utilisateur est invité à manipuler. Donc en fait, ce qu'on voit, c'est un carré de pelouse porté à une échelle gigantesque, sculpturale, et l'utilisateur est invité à écarter les différents brins d'herbe pour trouver la position qui lui convient le mieux.
La façon dont l'éditeur Gufram en vante les mérites, c'est qu'elle offre un repos qui est à la fois physique — on peut trouver la position confortable qui nous convient le mieux — mais aussi un repos psychologique.
C'est un objet ludique, divertissant, qui inaugure, enfin il est assez emblématique, d'un nouveau mode de vie, plus informel, plus détendu dans les années 1960. On peut voir aussi que c'est un objet modulaire, qu'on peut composer avec plusieurs carrés de pelouse, les uns après les autres, et ainsi créer un environnement plus ou moins immersif, un terrain de jeu plus ou moins grand.
Et on a également des images publicitaires d'époque qui nous le montrent à la fois dans des intérieurs, pour un usage domestique, mais aussi pour des enfants, dans des écoles, vraiment comme un outil presque pédagogique.
Cette pièce aussi, on peut l'interpréter comme quelque chose d'assez emblématique de notre rapport ambivalent à la nature. C'est à la fois un hommage, une envie de nature qui rentre dans le foyer, et en même temps quelque chose de complètement artificialisé, domestiqué. C'est la nature en mousse synthétique, assez paradoxale, une envie de quelque chose qui est en train de disparaître et qu'on va figer sous une forme plastique.
Il s'agit d'une pièce qui a été acquise dans les années 1990. Il s'agit d'une réédition. L'éditeur Gufram, justement, parce que c'est une pièce emblématique, importante, a fait plusieurs rééditions de cet objet conçu dans les années 1960.
Pour le Cnap, il s'agit tout simplement de témoigner d'une pièce qui marque une forte inflexion historique, qui a par exemple été montrée dans une exposition importante au MoMA, en 1972, « Italy: The New Domestic Landscape ». C'est un marqueur, une icône du design qui structure l'histoire de la discipline et qu'il est important de faire entrer dans les collections.