Avant de faire une photographie, Francis Morandini pratique l'espace, le parcourt, marche, regarde les choses, la façon dont l'environnement est agencé, aménagé, bousculé par les usages. Et puis il revient, il revient faire une image, qui prend la forme d'un tableau.
En l'occurrence, ici, il s'agit d'un lieu qu'il connaît bien. Nous sommes en banlieue lyonnaise, en grande banlieue lyonnaise, dans un espace que les urbanistes, aujourd'hui, nomment « rurbain », une contraction de « rural » et d'« urbain ».
Au premier plan, nous avons ces trois chevaux qui donnent leur titre à l'image et qui semblent recomposer une idée édénique, avec peut-être une réminiscence d'un paysage de Gauguin, ce calme, ce paradis perdu, comme dirait Gérard Mace, que l'on peut reconnaître partout où l'on est.
Lorsqu'on pose sur le monde un regard poétique qui n'ignore pas la dureté, mais qui trouve, malgré tout, en tout lieu, des formes de beauté, sous forme d'éclairs, d'intensité.
Donc, véritablement, cette image se compose dans cette juxtaposition. La tête de ce cheval s'inscrit plastiquement sur un poteau électrique, et c'est déjà le signe d'une situation urbaine, avec, dans le lointain, à l'horizon, ces lotissements, ces HLM, ces pavillons, qui sont le signe d'un lieu entre deux.
Et c'est bien un lieu entre deux que Francis Morandini explore, sans charger son travail d'un discours autobiographique, mais en l'instruisant de sa propre expérience, de sa famille, qui s'origine au Vietnam et qui vit ici une vie qu'il dit « entre parenthèses », dans la pensée d'un ailleurs et dans la nécessité de construire son intimité, ses bonheurs, dans ce lieu-là.
Donc, cette image-là est très éloquente de cette poétique complexe de Francis Morandini, qui sait toujours agencer la dureté et la beauté, reconnaître la beauté. En ce sens, c'est véritablement un poète en photographie, aujourd'hui.