Je suis à la fois musicienne et artiste, et depuis longtemps, je me posais la question de l’écoute dans le champ de l’art, avec l’idée que, finalement, la première chose qui peut-être relie la musique et l’art, c’est la question de l’espace. Alors, ma recherche a commencé comme ça. C’est-à-dire : qu’est-ce qu’on écoute ? Comment on écoute ? Quelles étaient même les postures de l’écoute de ceux qui faisaient de la musique ? Ça s’est même développé dans la littérature.
J’ai cherché des personnages qui écoutaient dans les livres, dans les romans. La question du recueillement, quel qu’il soit. Qu’est-ce que c’est qu’à un moment, faire un pas en arrière, s’oublier ? Tout d’un coup, se mettre dans un état à la fois très présent et complètement absent.
Et je pense que l’écoute permet ça. Et grâce au Cnap, j’ai pu avoir ce moment-là de recherche. Au début, quand j’ai commencé à travailler, je dessinais sur des calques.
Je pense que j’ai regardé cette idée de calque dans le son. C’est-à-dire qu’un son se superpose à l’autre, comme la pensée. Je peux regarder un arbre, entendre un oiseau, mais peut-être penser à un building.
En fait, c’est ce moment-là où ces choses incongrues vont se superposer, qu’elles vont prendre tout leur sens, pour moi, et leur poésie. Dans le dôme qu’a construit Roland Cognet pour la Minoterie 21, je vais présenter une pièce sonore qui s’appelle « L’espace est un instrument ». C’est une pièce d’une heure, une pièce musicale pour toute une série d’instruments : Rhodes, marimba, piano. C’est un défi de recording en Australie, aux États-Unis, en Italie.
C’est une espèce de fiction dans laquelle on entend une voix qui décrit des espaces qui se superposent. Quatre speakers forment un carré, à l’intérieur duquel se trouve, au sol, un yucca, qui est un peu comme l’auditeur silencieux, un auditeur déplacé de la Californie vers ici. Et une sculpture en tissu que j’ai faite de manière improvisée, qui va définir l’endroit de l’écoute, l’endroit aussi où les yeux peuvent se poser, un centre à partir duquel se décentrer, rêver.
Quand on entre ici, dans ce lieu qui est très lié à l’extérieur, non seulement on est hors de la ville, mais aussi on est dans un type d’espace où la porosité entre l’intérieur et l’extérieur est très fragile. Ça semblait l’endroit idéal, étant donné que c’est une pièce sur la question de l’écoute. Comment écouter permet à la fois de se connecter à l’endroit dans lequel on se situe et, en même temps, de voyager dans tous les autres endroits qui nous échappent.
Et c’est le temps du rêve, c’est-à-dire : qu’est-ce qui fait que, quand on rêve, on entend finalement parfois les bruits extérieurs et pourtant on a une voix intérieure. Et cette voix-là, elle n’efface jamais le réel. À partir de cette pièce-là, je suis en train de finaliser le roman « A Forest Petrified » qui s’appelle « L’espace est un instrument » et qui sortira en septembre chez Shelter Press, ma maison d’édition.
J’ai fini mon disque qui s’appelle « Image Langage », qui va reprendre sous un autre format cette pièce sonore. Et je recommence une série de lives qui vont être la version performative de ma recherche. Et puis, évidemment, la question de l’écoute n’est pas du tout finie dans mon travail.
Je m’interroge sur ce lien, justement, entre le visible, l’invisible et l’écoute. On peut se loger l’écoute dans le visible, et j’aimerais développer des sculptures qui questionnent cette relation entre le visible et l’écoute.