L'œuvre qui se trouve derrière moi est une œuvre de Danh Vo, un artiste vietnamien qui est né en 1975 et qui, avec sa famille, a quitté, de manière un peu précipitée, le Vietnam pour se réfugier aux États-Unis avec un petit bateau construit par le père de Danh Vo. En cours de chemin, ils ont été recueillis par un bateau danois. Ils se sont retrouvés au Danemark, où ils se sont installés.
Et depuis, Danh Vo a poursuivi ses études au Danemark et a travaillé en résidence dans différents pays, entre autres à Paris, à l'Académie de France à Rome – Villa Médicis, en 2009. C'est à cette époque qu'il s'est intéressé, entre autres, à la Statue de la Liberté, qu'il n'a pas vue, mais il a su que la paroi externe de la Statue de la Liberté était en fait constituée de feuilles de cuivre extrêmement fines, d'une épaisseur de 2,5 mm environ. Et c'est cette vulnérabilité de la structure même de cette figure de Bartholdi, la Statue de la Liberté, cette finesse de la peau et cette fragilité qui lui ont donné l'idée de réaliser cette œuvre.
En fait, c'est presque un aller-retour entre le projet initial de Bartholdi, puisque la sculpture est réalisée une première fois dans les ateliers de Bartholdi. Ensuite, elle est assemblée, montrée au président de l'époque. Je crois que Victor Hugo aussi la voit à l'époque. Et ensuite, elle sera démontée pour être expédiée aux États-Unis.
En fait, c'est presque un retour à l'origine, où la sculpture est à nouveau construite en éléments successifs qui vont être dispersés, cette fois, dans le monde de l'art contemporain.
Le caractère post-conceptuel de cette démarche, c'est-à-dire d'intégrer dans les modes de production et de réalisation d'une œuvre les démarches des artistes contemporains, comme Félix González-Torres, par exemple, qui a beaucoup travaillé sur les idées de dissémination à partir des empilements de bonbons qui sont diffusés dans le public.
La sculpture est réalisée en Chine. Elle est produite dans un atelier avec une centaine d'ouvriers chinois qui travaillent en permanence sur les différents éléments de cette sculpture. C'est un processus en cours.
Elle s'intitule, le titre explique déjà la chose, « With the People ». « Detail » désigne chacun des éléments présentés. Et c'est quelques-uns de ces détails que nous présentons ici dans l'exposition.
Concernant la fabrication même de chacun des éléments, au départ, il y a un moule, en quelque sorte, en ronde bosse, de l'élément de la Statue de la Liberté qui doit être réalisé en cuivre. La feuille de cuivre est appliquée sur ce moule et martelée pour prendre la forme. Et ainsi, on obtient exactement l'élément constitutif de la sculpture.
Les conditions de présentation de cette œuvre sont assez libres. L'artiste lui-même ne souhaite pas figer l'œuvre dans un caractère monumental, ce serait contradictoire avec le procédé même de la dislocation de l'œuvre en différents éléments, qui vont donc permettre à un très grand nombre de gens de prendre en compte cette idée de liberté, montrant par là qu'elle est à la fois extrêmement fragile puisqu'elle peut s'effondrer, comme toutes les sociétés libérales, et, en même temps, qu'elle est extrêmement riche et protégée par le grand nombre de gens qui la reprennent à leur compte.
À la fois, on peut très bien présenter l'œuvre sous la forme de ses éléments posés à même le sol, en différentes postures. C'est totalement libre : on peut montrer la face externe ou celle de l'intérieur avec les tubulures de soutien.
Ou bien on peut la montrer, comme on a choisi de le faire ici, dans les caisses de manipulation, ces caisses permettant de garder une position plus dynamique à chacun des éléments, donc de les vivifier du fait de cette possibilité de mouvement qui s'exprime dans ce type de présentation. Et c'est celui que nous avons choisi ici pour l'exposition, qui parle justement de cette liberté en mouvement des gens qui migrent.