Candida Höfer a rassemblé tout au long de son travail un vaste corpus qui consiste à représenter l'espace, à représenter des espaces construits par l'espèce humaine qui appartiennent tous à la notion d'équipements collectifs et qui sont situés dans l'espace public.
Elle les approche de manière subjective, à l'époque avec un appareil 24 × 36 sans pied et en étant informée par son propre ressenti, par sa propre relation à l'espace. Ici, c'est son ampleur spatiale, la manière dont il s'ouvre et se ferme au fond.
Elle y observe tout ce qui peut potentiellement faire basculer l'autorité de son ordonnancement, tous les petits accidents ou les traces qui témoignent d'un usage quotidien par les pratiquants de ce lieu. On pourrait peut-être imaginer que ce tabouret pliant, adossé à un radiateur, posé contre un radiateur, l'a beaucoup intéressée. En tout cas, il lui a fait friser l'œil, il l'a amusée.
Bien sûr, ça ne s'impose pas à nous, mais c'est là comme l'une des constituantes de l'identité de ce lieu au moment où elle l'approche.
On pourrait dire que tous ces lieux qu'elle photographiait déjà à cette époque et qu'elle continue aujourd'hui à photographier dans une autre procédure, avec une chambre photographique, dans une plus grande frontalité, appartiennent à la notion énoncée par Michel Foucault d'hétérotopie. Hétérotopie, espaces autres, c'est-à-dire des lieux qui se trouvent dans l'espace public, qui appartiennent à toutes et à tous, ou qui sont des lieux de crise, et qui permettent concrètement et symboliquement le fonctionnement de la société.
Parmi ces espaces autres, il y a notamment le musée, le lieu d'exposition. « Hamburger Kunsthalle », c'est un musée, c'est un lieu de la culture qui exprime une culture donnée, c'est-à-dire en l'occurrence celle de son pays, l'Allemagne, avec cette rigueur architecturale, cet ordre des colonnes qui se présente à nous.
Et donc on est là dans une approche à la fois sensible, subjective, physique de l'espace, et une tentative de le situer dans une culture donnée, comme en attente de corps, en attente de corps qui vont l'habiter et qui vont lui donner sa raison d'être.