Un pour tous

Exposition
Arts plastiques
FRAC Bourgogne Dijon

Etienne Bossut, 101 skis, 1995 / collection Frac Bourgogne

Cette exposition des oeuvres de la collection du Fonds régional d’art contemporain de Bourgogne a été organisée dans le cadre du Contrat Educatif Local dont le thème choisi par les deux conseillères en arts plastiques de la Côte d’Or est « Moi, les autres et le monde ». Deux classes primaires ont pu mener durant l’année une classe à projet artistique et culturel avec l’artiste Estelle Rebourt-Ogura et découvrir avec elle la pratique de la photographie. Cette exposition leur donne la possibilité de découvrir des oeuvres réelles et non pas seulement les reproductions montrées en cours.

Complément d'information

L’ensemble des oeuvres s’intéresse aux différentes manières de définir l’identité, entre singulier et commun, entre ressemblance et différence. Elles envisagent l’individu à travers sa relation aux autres.
Une exposition collective rassemble des oeuvres autour des effets de sens qui naissent de leur mise en relation, de ce qu’elles peuvent avoir à partager au-delà de leurs apparentes différences. Ces oeuvres s’inscrivent dans la salle René Thomas et occupent différents espaces du lieu, du sol au plafond. Le regard rebondit de l’une à l’autre pour envisager à la fois ce qu’elles ont en commun et ce qui les différencie. Référence à l’enfance à travers la devise des mousquetaires, l’exposition s’intéresse à l’identité dans ce qu’elle se construit dans la relation à l’autre, à la fois semblable et différent. Cette communauté apparaît avec les 101 skis d’Etienne Bossut, où la foule semble avoir laissé ses empreintes. Mais il s’agit aussi d’autant de reproductions uniques du même objet à partir d’un seul moule. La communauté des joueurs de foot montrée par Roderick Buchanan interroge l’identité nationale, manifestée par leur maillot. Claude Lévêque recrée un paradis perdu de l’enfance avec une bande des quatre. Les jeux de double abordent la différence comme un reflet. La conversation des deux petites filles enregistrée par Eric Duyckaerts reste bien énigmatique, le duel Hoover contre Kaisui de Sloan Leblanc ne trouve apparemment pas d’issue. Quand aux jeux d’apparition et de disparition de Jean-Claude Ruggirello, ils créent une infinité de possibles. Ainsi le « je » ne peut s’envisager sans l’« autre ».

Etienne Bossut (né en 1946) explore la réalité à travers le moulage d’objets du quotidien déjà moulés (chaise de jardin, bassine en plastique, carrosserie de voiture ou disque vinyl) ou a priori impossibles à mouler (faisceau de lumière, volume d’eau, flamme). Il en fait en quelque sorte une photographie en trois dimensions. 101 skis (1995) est la multiplication du même objet, traité de trois couleurs, et modulable dans sa dimension générale. On peut souligner le lien entre le moulage et l’empreinte, qui évoque ici la trace d’un ski dans la neige. Entre la diversité et le semblable, l’objet retrouve curieusement une singularité absente de la production industrielle. Disposée au sol, l’oeuvre oblige le spectateur à une marche précautionneuse et induit une relation du corps et de l’esprit.

Roderick Buchanan (né en 1965) réalise des vidéos dans lesquelles l’univers du sport est un moyen d’interroger la question de l’identité à travers les rapports de l’individu au monde. Dans Endless Column 2 (2000) la caméra longe les équipes de football lors du championnat européen. L’artiste enregistre le moment ou les joueurs entonnent leur hymne national. L’absence volontaire de son, la succession des visages puis l’enchaînement des équipes, amène le spectateur à tenter de reconnaître, en vain, les « types nationaux » des joueurs. Seuls les maillots affichent leur appartenance. A l’identité nationale est préférée l’appartenance à une même humanité rassemblée autour d’un but commun, celui du match. Le titre évoque Brancusi et sa Colonne sans fin. Loin de l’idée de faire se rejoindre le ciel et la terre, l’oeuvre de Buchanan montre des hommes qui partagent la même planète.

Eric Duyckaerts (né en 1953) allie une formation théorique de haut niveau dans les domaines du droit et de la philosophie à une longue expérience d’acteur et de scénographe dans différentes compagnies. Cela l’a conduit à réaliser des performances dans lesquelles il traite avec dérision les postures du savoir. L’oeuvre Fort Da Stop (2000) est la troisième interprétation d’une vidéo de cette courte scène entre deux fillettes au Parc Montceau à Paris. Les huit secondes de leur échange mystérieux sont distendues au point de rendre encore plus incompréhensible ce qu’elles sont en train de faire. L’artiste porte un regard amusé sur l’observation des comportements que peuvent faire parfois certains scientifiques. Il la décontextualise ici pour faire apparaître ici davantage ce qui la rapproche des flip books, animation d’images que l’on trouve dans les livres pour enfants.

Sloan Leblanc (né en 1973) utilise dans ses installations des objets du quotidien qu’il détourne de leur fonction première pour les mettre en scène dans des situations qui multiplient les niveaux de signification. Avec Hoover contre Kaisui (1997), deux aspirateurs sont suspendus à des fils de nylon et se mettent en marche ponctuellement, grâce à un boîtier électronique programmé de manière aléatoire. Les ustensiles ménagers se mettent ainsi régulièrement en mouvement dans l’espace. Les aspirateurs évoquent à la fois la mondialisation économique avec la délocalisation de Hoover Bourgogne en Ecosse en 1996, mais également les luttes entre vaisseaux intergalactiques des dessins animés de super-héros. Selon l’artiste lui-même, il peut tout aussi bien s’agir d’une « scène de ménage », renvoyant alors à la vie privée et aux relations entre les individus.

Claude Lévêque (né en 1953) évoque avec Anniversaire 1 (1983) un univers enfantin. L’oeuvre est à la fois une sculpture et une installation : quatre rochers, comme autant de sommets ou d’îles, évoquent quatre paysages. Chacun est surmonté d’un prénom inscrit en lettres lumineuses. L’ensemble est enveloppé d’un chant d’oiseau. Evocation de l’enfance à travers les maquettes de rochers ou l’écriture des prénoms, cette oeuvre apparaît comme une célébration secrète de quatre personnes dont nous ne saurons rien. Tels des autels, les rochers sont éclairés par la seule lueur des néons. Cette oeuvre évoque le rituel, celui de l’anniversaire, et crée un monde irréel augmenté de la présence mystérieuse du son, répétitif. Il y est question de récits intimes, dont le spectateur reste en partie exclu. L’oeuvre agit dans sa seule présence, dans son sens du caché et du mystérieux, dans l’émotion que provoque l’évocation de ces personnes absentes et inconnues.

Jean-Claude Ruggirello (né en 1959) réalise des installations bipolaires depuis 1996, sous la forme vidéo ou, comme ici de projections à partir d’un programme informatique. « i ! » (1999) inscrit dans la forme même du titre la symétrie du principe de l’oeuvre. Celui-ci construit un sablier : un carré disparaît d’un écran pour apparaître dans l’autre, faisant passer la couleur de l’un à l’autre. A la fascination provoquée par la répétition sans fin de ce déplacement s’ajoute la tension de ne pouvoir réellement voir tout ce qui se passe. La machine élabore un temps particulier qu’elle impose au spectateur. Cependant, dans ce raisonnement logique et régulier se faufile l’aléatoire des jeux de formes qui se constituent au fur et à mesure du déroulement. Les carrés s’accumulent, fusionnent, en transformation permanente.

Texte : Claire Legrand

Autres artistes présentés

étienne bossut, roderick buchanan, éric duyckaerts, sloan leblanc,
claude lévêque, jean-claude ruggirello

Partenaires

L’exposition est réalisée avec le soutien du ministère de la Culture et de la Communication (Direction régionale des affaires culturelles de Bourgogne), du ministère Jeunesse et Sports, du Conseil régional de Bourgogne, de l’Inspection académique de Côte d’Or et de la ville de Venarey-les-Laumes.

Horaires

vendredi, samedi et dimanche de 14 h à 19 het sur rendez-vous

Adresse

FRAC Bourgogne 49 rue de Longvic 21000 Dijon France

Comment s'y rendre

Dernière mise à jour le 2 mars 2020