Un peu de soleil dans l’eau froide

Exposition
Arts plastiques
Passerelle Brest

Quand Eluard dit subir son « désir comme un peu de soleil dans l’eau froide », Virginie Barré et Eva Taulois semblent prendre à rebours l’émoi du poète en faisant de cette citation l’annonce amusée d’un zénith estival venant contaminer des flots bretons réputés plutôt frais. Ou faut-il plutôt y voir une tentative un brin timide bien que déterminée de conjurer un climat sociétal ces temps-ci bien frisquet ?


Il y a certainement un peu des deux dans ce projet partagé par les artistes françaises réunies. À l’évidence, un air de vacances souffle cet été sur la Galerie de Rohan de Landerneau.
S’il fallait qualifier en deux coups de cuillère à pot leur proposition, on pourrait dire qu’elles inondent de couleur cette ancienne boutique de centre-ville. Ce « peu de soleil » se veut un étal de gestes simples, vifs et vivants qui conjugue tonalités et obsessions des deux artistes.
Chez Virginie Barré, la figure de l’enfance, dans sa récurrence, est porteuse d’une vérité nécessaire. Puisque elle est naturellement le creuset d’élection de l’imaginaire, le travail est irrigué par fictions et références cinématographiques, littéraires, populaires qu’elle détourne et mêle à loisir. Les icones que l’artiste ausculte viennent peupler un monde onirique, fantastique, fascinant et fasciné. A Landerneau, c’est à travers une collection d’objets sculpturaux fruits d’un assemblage aussi élémentaire que poétique (chaussures de plage en plastique flanquées de bâtons peints, colliers surdimensionnés de laine et de bois peint, etc.) que Virginie Barré plante le décor un brin chamanique des pérégrinations ludiques de ses deux petites filles. Figures centrales de son travail ici, celles-ci sont autant ses sujets, ses actrices que ses collaboratrices dans une fiction innocente et chantée. Leur insouciance narratrice devient un prisme d’appréhension d’un monde dans lequel jeux de formes, de rôles, de mots et de dupe deviennent moteurs artistiques.


Sa consœur de circonstances, Eva Taulois, fait quant à elle flotter ses vêtements peints comme autant d’étendards dans l’espace. Kimonos et T-shirts viennent se substituer à la toile pour offrir au visiteur un ballet de formes si familières aux motifs colorés. L’artiste joue avec les références historiques de l’histoire de l’art. On verra volontiers dans son travail des clins d’œil appuyés à la peinture du colorfield américain, du minimalisme suisse et de l’abstraction géométrique, mais aussi au design dans ses fondements historiques, Sonia Delaunay en tête. Et c’est d’ailleurs certainement dans le sillon de cette dernière qu’Eva Taulois opère tout en douceur une critique éclatante d’une histoire picturale parfois bien trop sérieuse. Dans sa générosité formelle, l’artiste revendique le fait que l’expérience de l’art peut se déployer partout, jusque dans la trivialité heureuse d’un simple vêtement pendu.


Quand Virginie Barré égraine les indices de l’imaginaire, Eva Taulois ouvre par l’abstraction colorée des potentialités fictionnelles. Et l’exposition de dessiner le décor composite d’une fiction à inventer dans la réunion délicate de ces deux approches.

Tarifs :

3€

Commissaires d'exposition

Partenaires

En partenariat avec Documents d’Artistes Bretagne

Horaires

tous les jours du 18.06 au 05.07.2016 de 14:00 à 18:00; du 06.07 au 31.08.2016 de 11:00 à 13:00 et de 14:00 à 19:00; du 01.09 au 02.11.2016, tous les jours, de 14:00 à 18:00.

Adresse

Passerelle 41 rue Charles Berthelot 29200 Brest France

Comment s'y rendre

Dernière mise à jour le 2 mars 2020