Turns: The Possibilities of Performance

Exposition
Arts plastiques
Galerie Allen Paris 09

Turns: The Possibilities of Performance
Exhibition view
Galerie Allen, Paris

Dans son essai sur le roman Crash (1973), Baudrillard mesure l’imagerie puissante induite par JG Ballard comme une prose “vraiment saturée avec un pouvoir initiatique intense”, reconnaissant également que la description de quelque chose peut être encore plus puissante que la chose elle-même. L’imagination humaine est bien équipée pour remplir tout espace laissé vacant dans les stimuli descriptifs et en fait, l’esprit humain ajoute presque toujours des détails explicites et accrus à n’importe quelle partie d’histoire. De la même façon, les œuvres présentées dans Turns: The Possibilities of Performance suggèrent les actions réalisées ou non qui les entourent. Cette exposition se concentre sur l’aspect périphérique de la performance, l’avant, l’après, le potentiel, la simultanéité ainsi que la filiation et la postérité d’une action performative. Les quatre artistes et le collectif d’artistes exposent chacun une certaine position envers l’acte performatif provenant de la musique, de la lecture, de la science, du cirque, des médiums variés de la sculpture, du son, de la gravure ou encore de la vidéo.

Prepared Piano for Movers (Haussmann), 2012 d’Angelica Mesiti prend position historiquement en exposant plusieurs vérités sur le présent. Ce travail représente deux déménageurs portant et soulevant à six reprises un instrument fragile dans un escalier étroit. Pendant que ces hommes, équipés de harnais et de poignées, montent chaque étage, étape par étape, le piano fait résonner des sons correspondant aux bosses et aux secousses, ce volume sonore nous rappelle habilement son statut de percussion. L’anti-mélodie est étrange et nous trouble d’autant plus qu’elle accentue, la vulnérabilité de l’instrument heurté lors du dé- placement et plus important encore les muscles et ligaments, la souplesse (et la rigidité) du corps humain. Ayant connaissance des réalisations de l’artiste et compositeur avant-garde John Cage et notamment celles développées par la préparation et le martelage des cordes frappées à l’intérieur d’un piano, Mesiti accentue toutes les relations du corps humain à l’espace urbain. Dans ce cas, l’action prend comme décor un immeuble haussmannien situé au coeur de Paris, elle transforme un travail manuel en performance artistique. Cette oeuvre n’est pas sans rappeler la peinture de 1875 de Gustave Caillebotte : Les raboteurs de parquet qui fut refusée par le Salon de Pa ris pour avoir officiellement critiqué son auditoire en exposant le labeur physique subi par la classe ouvrière pour parvenir à leurs styles de vie privilégiés.

Les oeuvres de Marc Hundley créent une ouverture vers ses performances les plus personnelles. Ces pièces intimes suggèrent ou plutôt annoncent - selon les propres mots de l’artiste - des évènements, le plus souvent des lectures ou concerts pré-enregistrés expérimentés uniquement par lui-même. Ses oeuvres sur papier ou tee-shirts apparaissent comme des invitations ou annonces incluant adresse, heure et informations sur le happening. La plupart de ces événements ont déjà eu lieu et Hundley semble promouvoir la simplicité et l’intimité de ces expériences intérieures, son amour de l’art, la musique et la littérature. Ces évènements peuvent se manifester par la lecture d’un roman de Virginia Woolf à la maison ou l’écoute d’une chanson de Joni Mitchell en stéréo. Ce travail nostalgique devient commémoratif, généreux et ouvert dans l’exposition publique de quelque chose de très personnel, employant les fonctions de la conception graphique par l’utilisation de méthodes d’impressions démocratiques tels que le pochoir, la photocopie et la sérigraphie pour archiver et rendre compte d’une expérience unique.

Le travail de Laurent Montaron expose souvent le fonctionnement complexe de son propre médium. Dans le cas de The Invisible Message, 2011 la sculpture se compose de divers éléments issus d’une tentative de communication. Cette oeuvre est la reconstitution de la première expérience réussie de communication sans fils, mise en place en 1886 par Mahlon Loomis (1826-1886) entre deux montagnes de quatorze miles de distance en Virginie, USA. Tout comme Loomis, Montaron a utilisé deux cerfs-volants et un système d’émetteur/récepteur pour tenter de recréer cette traversée allant de l’invisible au visible, du silence aux ondes radio, de l’absence à la présence, du passé vers le futur. Déplacé dans le contexte de la galerie, The Invisible Message devient distinctement statique, ce qui était autrefois une performance spectaculaire est devenu une étude de formes et d’idées. Initiale- ment cette action à été mis en scène au cours de Performa 2011 à New York City à travers l’East River. Dans cette zone densément peuplée de signaux atmosphériques, l’énoncé à été scrupuleusement respecté mais il est cependant impossible de savoir si l’ expérience à été un succès. Et d’une certaine manière ce n’est pas si important sauf pour exposer les pièces, les joueurs et les motivations d’un jeu devenu explicite à l’intérieur d’un système inerte.

Laëtitia Badaut Haussmann évoque une investigation similaire à celle de Montaron mais au lieu d’analyser l’énergie potentielle précédant l’action performative, elle questionne davantage ce que pourrait être un objet sans réelle fonction. Underway, figure #2, 2012 semble donc se demander “Que s’est-il passé? “ ou plutôt “Que va-t-il se passer ?”. L’oeuvre en acier et câbles n’est pas immédiatement reconnaissable en tant que structure d’entrainements pour les funambules. Elle est extraite de son domaine d’origine et impeccablement reconstruite. Par son câble enroulé sur le sol et ses deux cadre s penchant impassiblement contre le mur, cette oeuvre suggère la nature immobile de la sculpture d’origine, mais le potentiel évocateur qui s’en dégage est si évident qu’il devient impossible de ne pas nous interroger sur comment, quand et qui viendra activer ce cadre apparemment fonctionnel, ce fac-similé du matériau source.

Parfums Pourpres du soleil des Pôles s’est composé à différents moments des artistes Ulla von Brandenburg, Julien Discrit, Thomas Dupouy, Olivia Grandperrin et Laurent Montaron. Ce collectif à déjà collaboré à six reprises pour créer des performances et notamment en 2009 au Centre Pompidou à Paris, leurs oeuvres et la formation du groupe peut être considéré comme une sorte de conversation. Le collectif à crée une pièce sonore avec les organes de l’harmonium. Les synesthètes sont des personnes ayant la possibilité de “voir les sons” habituellement sous forme abstraites et colorées. Le synesthète reproduit ce qu’il assimile à la musique à l’aide d’une large palette de couleurs, les interprétations qui en découlent sont multiples. La performance créée par le collectif reprend ce processus en élaborant une oeuvre à part entière qui suite à de nombreuses répétitions est devenu un morceau raffiné. Pendant un temps à la Villa Médicis à Rome, le groupe a eu l’occasion de jouer dans la ‘chambre turque’ bénéficiant ainsi d’un environnement acoustique unique pour enregistrer une composition avec des harmoniums indiens et une boîte shruti. Dans ce contexte particulier, le travail initial à donné naissance à une nouvelle performance, une pièce sonore autonome.

Les œuvres réunies à l’occasion de Turns: The Possibilities of Performance offrent une perspective sur la discipline performative présentée comme des objets et des sons qui tentent d’exposer plus que l’action elle-même. Les intervalles sont comblés par le «pouvoir initiatique» animé par un processus de distanciation et de possibilité de suggestions. Le potentiel et l’objet fournissent une dimension périphérique de la performance tel un guide pour amplifier et révéler.

– Joseph Allen Shea, Paris, 2013

Adresse

Galerie Allen 59 rue de Dunkerque 75009 Paris 09 France

Comment s'y rendre

Dernière mise à jour le 2 mars 2020