Trust in Fiction

Exposition d’œuvres du Cnap
Exposition
Arts plastiques
CRAC Alsace Altkirch

Avec Eleanora Antinova, The Atlas Group, Jack Blevins, Collection Yoon Ja & Paul Devautour, Marcelo do Campo & Marcelo Cidade, René García Atuq, Pedro Manrique Figueroa, Joaquim Nunes de Souza, Naranja Milano Questa & Clara Smart & Helena Líndelen & Javi Lesa & le Mendiant, Euclides Terra, Juan Trepadori

et la participation de Luis Camnitzer, José Guillermo Castillo, Liliana Porter, Luis Ospina.

Un commissariat de Santiago García Navarro et Elfi Turpin.


Trust in Fiction associe des artistes de fiction dont les œuvres, bien réelles, issues de contextes artistiques, historiques et politiques hétérogènes, se rencontrent pour la première fois à Altkirch. Cette exposition envisage ainsi différentes stratégies conceptuelles et critiques selon lesquelles des artistes développent une œuvre en absorbant la subjectivité d’auteurs inventés - différentes stratégies, libérant l’artiste de ses limites d’espace, de temps, de genre, et lui permettant de rendre possible la construction d’une œuvre hybride, ouverte et flexible.

Telle stratégie consisterait à (ré)inventer certains aspects de l’Histoire. En introduisant par exemple un personnage fictif dans un contexte historique donné – comme l’Atlas Group (Walid Raad) le fait avec le Docteur Fakhouri ou Dora Longo Bahia avec Marcelo do Campo et Marcelo Cidade, les artistes tendent à élargir le spectre de leurs outils afin d’interroger procédés et figures historiques, et rendre tangibles certains récits restés jusqu’alors latents, si ce n’est directement réprimés ou censurés.

Certains artistes mettraient même en avant la falsification des sources ou des contextes historiques qu’ils inventent. Les prises de liberté de Pedro Manrique Figueroa, s’autorisant à modifier des données issues de différents contextes sans chercher à en dissimuler les altérations, montrent, d’une part, que l’histoire est une production instable, sujette aux incertitudes de l’imaginaire, et que d’autre part, la source vérifiable n’en est pas le matériau essentiel.

La participation d’Eleanora Antinova (Eleanor Antin) aux Ballets Russes de Diaghilev permet, quant à elle, de déplacer la question de la discrimination de genre et de race dans un espace-temps historique où le problème n’a pas été publiquement discuté, ouvrant ainsi un nouveau champ pour l’envisager.

Telle autre stratégie consisterait à s’assurer que le corps univoque de l’artiste ne fasse pas obstacle aux idées. Ainsi Yoon Ja et Paul Devautour sortent-ils du leur pour construire une méta-collection constituée d’œuvres conçues par plus d’une vingtaine d’artistes « sans corps », dont les préoccupations multiples et réelles alimentent un vaste programme critique qui use de la fiction pour déconstruire le système de l’art à échelle 1:1.

Si les artistes de fiction apparaissent, en négatif, à travers leurs œuvres, ils n’existeraient pourtant pas sans biographie, si fantasque et minimale soit-elle. Sans biographie, il ne peut y avoir de récit, et sans récit, de subjectivité inventée. Et l’une des façons de fabriquer ces biographies reviendrait à légitimer des artistes et des œuvres mineurs ou inconnus. Ainsi Juan Trepadori, au moins quatre des cinq personnages de Marisa Rubio ou Joaquim Nunes de Souza, amateurs, médiocres ou inconscients de leur (relatif) talent, n’auraient pas eu de place dans l’histoire s’ils n’étaient pas engagés dans des opérations artistiques qui, d’une manière ou d’une autre, les dépassent.

L’une de ces opérations consisterait à se glisser dans une situation réelle. Trepadori, Antinova, les artistes de Rubio ou l’Atlas Group existent en effet sur des plans fictionnels très proches de la réalité. Si bien que leur mission pourrait se résumer à entretenir les connexions entre ces plans parallèles et le réel. À contrario, d’autres vivent au-delà des limites de notre monde, car leurs visions diffèrent trop des nôtres. Euclides Terra, une céramiste passionnée par les mythes et les mouvements énergétiques cosmiques, ainsi que René García Atuq, dont la notion du temps défie notre vérité, ont la capacité d’incarner des systèmes de perception expérimentaux qui peuvent servir d’outils pour penser et agir.

Si l’artiste de fiction a le pouvoir d’habiter non seulement un, mais de multiples plans fictionnels, cette multiplicité ne pourrait-elle pas, alors, nous inspirer de nombreuses formes d’existences ?


S. G. N. & E. T., février 2016.

 

_________________

 

With Eleanora Antinova, The Atlas Group, Jack Blevins, Collection Yoon Ja & Paul Devautour, Marcelo do Campo & Marcelo Cidade, René García Atuq, Pedro Manrique Figueroa, Joaquim Nunes de Souza, Naranja Milano Questa & Clara Smart & Helena Líndelen & Javi Lesa & le Mendiant, Euclides Terra, Juan Trepadori
 
and works by Luis Camnitzer, José Guillermo Castillo, Liliana Porter, Luis Ospina.
 
Curated by Santiago García Navarro and Elfi Turpin.


Trust in Fiction brings together fictional artists whose thoroughly real works, coming from a range of very different artistic, historical and political contexts, are encountering each other for the first time here in Altkirch.

The exhibition focuses on different conceptual and critical strategies enabling artists to develop a body of work by absorbing the subjectivity of invented authors. Freeing the artist from the constraints of space, time and genre, these strategies make possible the construction of an oeuvre at once hybrid, flexible and open-ended.

 
One strategy can consist in (re)inventing certain aspects of history. By introducing a fictive character into a given historical context – as the Atlas Group (Walid Raad) did with Doctor Fakhouri or Dora Longo Bahia with Marcelo do Campo and Marcelo Cidade – artists tend to broaden their spectrum of tools as a way of investigating historical figures and processes, thus giving tangible expression to narratives left latent, not to say directly censored or repressed.
 
Some artists even foreground the falsehood of the historical sources or contexts they invent. When Pedro Manrique Figueroa deliberately alters data with no effort to disguise the fact, the liberties he takes demonstrate on the one hand that history is an unstable product subject to the uncertainties of the imagination, and on the other that verifiable information may not be an essential resource.

The presence of Eleanora Antinova (Eleanor Antin) in Diaghilev’s Ballets Russes displaces the issues of gender and race discrimination into a historical space-time in which the problem was not raised publicly; opening up a new context for considering them.

Another strategy can involve preventing the artist’s univocal body from getting in the way of ideas. Thus Yoon Ja and Paul Devautour exit their own bodies to build up a metacollection of works by twenty-some «bodiless» artists whose many real concerns fuel a vast critical programme that uses fiction to deconstruct the art system on a scale of 1:1.

These fictional artists emerge in negative through their works, but they would not exist without biographies, however erratic and minimal. Without biography there can be no narrative, and without narrative, there can be no invented subjectivity. One of the ways of producing these biographies can be to legitimate minor or unknown artists and works. Thus Juan Trepadori, at least four of Marisa Rubio’s five personages, and Joaquim Nunes de Souza – amateurish, mediocre or simply unaware of their (relative) talent – would never have found a place in history if they had not become implicated in artistic operations which, in one way or another, exceed them.

One of these operations consists in infiltrating a real situation. Trepadori, Antinova and the artists created by Rubio or the Atlas Group exist on fictional planes very close to reality. So much so that their mission could be summed up as fostering the connections between these parallel planes and the real. Contrariwise, there are others who do not live under the limitations of our world frontiers, their visions being too different from ours. Euclides Terra, a ceramicist fascinated by myths and cosmic movements of energy, and René Garcia Atuq, whose concept of time defies our truths, have the ability to embody experimental systems of perception capable of serving as tools for thinking and acting.
 
If a fictive artist has the power to inhabit not only one but multiple fictional planes, might not this multiplicity inspire us to numerous forms of existence?

 
S. G. N. & E. T., February 2016.

Tarifs :

Entrée libre.

Commissaires d'exposition

Horaires

Du mardi au vendredi de 10h à 18h. Le week-end de 14h à 18h.

Adresse

CRAC Alsace 18 rue du Château 68130 Altkirch France

Comment s'y rendre

Dernière mise à jour le 2 mars 2020