Résultats 2025

Soutien à la photographie documentaire contemporaine

27 lauréats ont bénéficié en 2025 du soutien à la photographie documentaire contemporaine, à la suite de la commission dédiée qui s’est déroulée le 4 juin.

Juliette Agnel

Photographier le soleil 

Il s’agit de regarder à la loupe et à la lunette les pics de l’activité du soleil. En puisant à la fois dans les archives de l’Observatoire de Meudon et en réalisant également des photographies grâce à la collaboration des astrophotographes amateurs, je souhaite créer et imaginer un «soleil maximum», composé de toutes les périodes de son pic d’activité, enregistrées depuis 1908. Un soleil foisonnant de flammes, d’éruptions et de taches, qui rendra hommage à son énergie vive et à sa complexité.

Chloé Azzopardi

Tigre jaune sur fond bleu

Dans ce projet photographique mêlant pratiques performatives et documentaires, j’explorerai le passage à l’âge adulte d’une jeunesse taïwanaise aux prises avec ses rêves, la construction de son identité et la menace d’une guerre avec la Chine.

Lucas 陳秉鋐 et Marian 陳宥杰 ont 15 et 18 ans, ils sont taïwano-français et vivent­ à­ Taipei­ depuis leur naissance. Ce sont mes cousins. À Taïwan la menace chinoise est ordinaire. Elle est devenue quelconque par la récurrence de son actualité. Malgré cette situation géopolitique très tendue les jeunes taïwanais ne croient pas à une invasion potentielle. Cette menace, à la fois palpable et impalpable, qui semble maintenir l’île dans un état de suspension continuelle, est une menace avec laquelle la jeune génération a grandi.

Ce projet au long cours visera à rendre visibles les nuances et la complexité de la situation taïwanaise. Il aura pour but de souligner la force d’une jeunesse qui se sait déjà indépendante. Son premier chapitre suivra le parcours d’adolescent.e.s rencontré.e.s dans différentes régions, et notamment celui de mes cousins Lucas et Marian. 

Aurore Bagarry

Chaos

Je souhaiterais poursuivre mes recherches sur les relations entre la mer et la terre sur un territoire familier et étrangement inconnu. Native du Mans, j'aimerais développer un travail d'exploration photographique dans la région du Maine, des Alpes Mancelles et de Normandie. Ce travail suivra les traces du massif Armoricain, en particulier par ses cours d'eau, ses reliefs et ses chaos.  Il s'agira de traverser, par plusieurs parcours, ces territoires en les questionnant par leur minéralité et leur matérialité. Les traces aquatiques et maritimes seront particulièrement analysées afin de tisser un lien, développer une réflexion sur le divers par jeu de paysages-miroirs. Ce travail sera réalisé à la chambre photographique et aura une dimension exploratoire. Je souhaite rester sensible aux aléas du terrain, et garder une démarche intuitive pour définir un cheminement photographique singulier à travers cette région montagneuse.

Jordi Ballesta

Populaires et domestiques - Dans le sillage de La Ville vue d'en bas

En 2019, le collectif Rosa Bonheur, constitué de cinq sociologues et d’un géographe, publie La Ville vue d’en bas – Travail et production de l’espace populaire. Roubaix en est le terrain d’étude. Cet ouvrage est composé de 240 pages, organisées autour de quatre chapitres ayant trait au travail de subsistance, à la « production d’une centralité populaire », compensant les déclassements socio-économiques, et aux formalités administratives que les pouvoirs publics déploient pour encadrer les modes d’existence et notamment d’habitation précaires.

Populaires et domestiques visera, d’une part, à transposer, d’autre part, à prolonger, La ville vue d’en bas. Par cette transposition, il ne s’agira pas de faire images a posteriori d’analyses textuelles réalisées au préalable. Populaires et domestiques ne constitue pas un projet d’illustration. En revanche, sera posée la question de l’adaptation d’un ouvrage de sciences sociales au champ des arts documentaires. 

Comment, par une écriture documentaire et en se plaçant dans le sillage de cet ouvrage, saisir le paysage populaire, domestique et quotidien roubaisien et, au-delà de cette commune, celui de villes voisines ? Comment rendre compte photographiquement de cette ville vue d’en bas en adhérant au terrain et sans se séparer du texte, de relations phototextuelles ?

Teo Becher

Emmêlement et autres histoires de forêts

Ma démarche s'articule autour de la séparation entre nature et culture et de notre rapport à la nature. Je m'intéresse particulièrement aux milieux où l'interconnexion entre l'humain et l'environnement est forte, comme la vallée de la Maurienne en France dans Charbon blanc (2016 – 19) ou la forêt de Soignes (2020 – 23) en Belgique dans hercynienne et, ici, les forêts anthropisées.

Si les forêts m'intéressent, ce n'est pas pour partir à la recherche d'écosystèmes préservés de l'activité humaine mais bien pour aller à la rencontre de ces milieux où l'humain et le naturel sont si intrinsèquement liés que l'idée de nature s'en voit redéfinie, dans une perspective non pas négative mais d'exploration d'une nature renouvelée.

Aglaé Bory

De Part et d'Autre

Le projet De Part et d'Autre s’inscrit dans une démarche documentaire qui explore les traversées maritimes entre la France, le Maroc, l’Algérie et la Tunisie. Ces ferries, qui sillonnent la Méditerranée, ne sont pas seulement des moyens de transport, mais des lieux de passage symboliques entre deux rives, deux cultures, deux réalités politiques et sociales distinctes. À travers ce travail photographique et sonore, je souhaite interroger l’expérience du voyage, à la croisée de l’exil, de la migration et de l’appartenance, dans un contexte de durcissement des politiques migratoires et de tensions diplomatiques.

La traversée en elle-même, devient un espace de transition, un moment suspendu où les passagers vivent dans une sorte de flottement, entre deux mondes. C'est dans cet entre-deux que l’identité des voyageurs se transforme au rythme de la traversée. À travers des portraits et des récits enregistrés, je souhaite saisir ces instants d’intimité où les émotions personnelles se mêlent à la mémoire collective.

Mêlant la photographie et le son, le projet propose une narration à plusieurs bandes. Le silence des images sera amplifié par les récits des voyageurs, énoncés à la manière des voix intérieures, dans une sorte de conversation silencieuse. Ce travail documentaire interroge la frontière mouvante entre réalité et récit, explorant les notions d'exil, de mémoire et d'identité, tout en questionnant la place de l’individu dans l'espace méditerranéen.

Amélie Cabocel

Avant nous

“Avant nous” est un projet de photographie documentaire prenant la forme de tableaux photographiques, de portraits, accompagnés de textes et de son, qui racontent la façon dont on naît aujourd’hui en France.  De la création des maternités à leur fermeture, des stérilisations forcées à l’injonction à procréer, de l’hyper-médicalisation du suivi de grossesse et de l’accouchement au recours aux doulas et au “free birthing”, de la famille “traditionnelle” aux personnes seules, de même sexe, trans… qui peut donner naissance, où et comment ? sont des questions politiques et sociales. Les récits et les parcours individuels des personnes concernées de près par ces questions seront au cœur du projet “Avant nous”, ainsi que les lieux où l’on donne naissance comme des décors au potentiel théâtral et narratif puissant.

Oleñka Carrasco

PATRIA. Chapitre 3 : A S I L O. Nosotros Tierra Somos

Ce projet explore la manière dont l’exil s’inscrit dans la terre et les corps. À travers le passage dans les pays frontaliers du Venezuela, sans jamais y entrer, je m’engage dans une exploration documentaire au cœur de l’Amazonie. Ce territoire, vibrant et unique, est le point de rencontre entre la mémoire, la matière et l’exil. L’Amazonie, par son immensité et sa nature insoumise aux frontières humaines, devient un espace de recomposition des appartenances. Elle accueille et absorbe, offrant un refuge qui dépasse les identités nationales, une terre-mémoire où se rejouent les drames de l’exil et les espoirs d’appartenance.

Cette recherche s’ancre dans l’histoire de ma propre famille, autrefois habitante de ces terres, aujourd’hui dispersée par l’exil. Loin d’être un simple déplacement géographique, l’asile devient ici une question de matérialité : les chemins foulés par les nouveaux migrants, la terre qui porte les empreintes de leurs pas, la matière organique comme témoin silencieux mais persistant. À travers une approche documentaire renouvelée qui conjugue image, matière et mémoire, ce projet interroge la manière dont le territoire façonne les récits d’exil et les empreintes qu’il laisse sur les corps et les paysages.

Catherine Cattaruzza

Vivant ! (titre provisoire)

Ce projet est une exploration documentaire et artistique des liens entre guerre, mémoire et environnement au Liban, en mettant en lumière les ravages écologiques des conflits récents. Marqué par un exil personnel et une histoire imbriquée dans celle du pays, ma démarche photographique cherche à capturer les traces laissées par la guerre sur le territoire et le vivant.

À travers une approche sensible et expérimentale, j’interroge le Sud-Liban en parcourant cet espace meurtri par les bombardements. J’utilise des pellicules périmées, que j’enterre dans le sol contaminé par les armes chimiques afin qu’il enregistre son propre récit, matérialisant ainsi la fragilité et la transformation du paysage. Mon travail interroge la persistance du vivant dans ces espaces de destruction et pose un regard poétique et politique sur l’adaptabilité du territoire et de ses habitants. En mêlant mémoire intime et collective, ce projet se veut un témoignage de l’Histoire en train de s’écrire, une proposition du poétique aux violence de l’Histoire, un acte existentiel, une manière de transcender la brutalité du réel et de rêver un avenir malgré les destructions. “Vivant !” est ainsi un acte de mémoire et de résistance, une exploration sensible des liens entre territoire, guerre et survie, où le visible et l’invisible dialoguent pour raconter l’Histoire en train de s’écrire.

Vincent Ceraudo

Cosmic Horizon

Dans une Amérique qui véhicule les nouvelles valeurs économiques, politiques et climatiques prônée par l’astro capitalisme, cette nouvelle forme de conquête spatiale soutenue par de puissantes entreprises privées (Space X, Blue Origin). Le Texas est devenue une terre promue par les investisseurs de la tech, qui la considèrent comme la nouvelle «porte vers Mars». Mon projet se fonde sur un voyage au Texas afin d’explorer les complexités de l’identité américaine, dans son rapport de croyance qu’elle soit scientifique, mythique ou religieuse, face aux enjeux astro capitalistes de la nouvelle conquête spatiale implémentée par les entreprises de la New Space. Comment la découverte d’une autre forme de vie intelligente dans l’univers nous transformerait ? Quelles sont les conséquences écologiques de cette conquête sur Terre ? Comment les théories du complot utilisent-elles la métaphore des événements cosmiques pour véhiculer leurs idées ? Mon objectif est de réaliser une installation photographique hybride, mêlant photographies documentaires, images d’archives et sons, qui révélera un langage esthétique et photographique de l’astro capitalisme, tout en questionnant notre rapport au sacré et à la technologie. Cosmic Horizon vise à étudier et révéler les manifestations visuelles et autres liens mystérieux qui prennent place sur le territoire Texan, en s’appuyant sur l’observation scientifique du ciel, jusqu’à en explorer les manifestations visuelles dites paranormales.

Alassan Diawara

The Heath

Ce projet photographique trouve ses origines en 2013, lors d’un stage à Londres. Ce séjour a marqué une évolution majeure dans ma pratique, notamment à travers ma découverte du parc Hampstead Heath, qui est devenu un terrain d’expérimentation privilégié. Dix ans plus tard, une nouvelle étape s’est ouverte avec une expérience déterminante qui a enrichi ma démarche et questionné mon rapport à l’image. J’ai ressenti le besoin de revenir à Hampstead Heath, cette fois avec une volonté de m’inscrire dans une recherche sur le long terme. 

Je souhaite aujourd’hui documenter ce parc à travers les saisons, en explorant ses dimensions sensibles, poétiques et sociologiques. Hampstead Heath devient un espace d’étude où les interactions humaines, les dynamiques sociales s’entrecroisent. Ce projet vise à interroger la fonction des lieux communs dans un monde marqué par des divisions croissantes et à réaffirmer, à travers la photographie, ce qui nous relie en tant qu’individus.

Gabrielle Duplantier

Regard sur le pays basque

En 2002, j’ai 24 ans, je commence l’exploration du Pays basque, la première vraie série de ma vie de photographe. Dans un état de ravissement, je découvre les multitudes de possibilités et thèmes photographiques, le paysage entre autres. Ces moments ont été absolument fondateurs pour ma pratique et dans mon rapport au monde. 

Depuis longtemps j’envisage de retourner photographier le Pays Basque pour compléter et approfondir cette série aux mille visages, poétique et documentaire. Ce territoire aux cultures ancestrales et aux paysages sauvages est, comme tout lieux trop beau, menacé par le tourisme et l’urbanisation. Je suis prête à ouvrir le second chapitre de cette création laissée dix ans de côté.

Véronique Ellena

L’outil en main (titre provisoire)

Avec mon projet, je souhaite questionner le geste ouvrier hier et aujourd’hui ainsi que le devenir de ces architectures. C’est un monde à la croisée des chemins, entre passé, présent et futur à réinventer, et trois temporalités si proches et pourtant inexorablement différentes.

Je vais documenter les vestiges de cette transmission des gestes ouvriers, et à en documenter l’actualité, en prenant comme sujet l’AFPA de Bourg. Cette association de formation professionnelle, créée dans toutes les villes de France par l’état en 1950, dans l’euphorie de l’immédiate après-guerre, est aujourd’hui en pleine restructuration. Je veux en monter le déclin mais aussi l’étonnant présent ainsi que sa beauté profonde, en particulier à travers les gestes techniques et les outils qui les accompagnent. J’ai récemment poussé la porte de ces lieux étonnamment apaisants et dont l’apparente trivialité était infiniment poétique. Pour ce projet, je souhaite rencontrer les formateurs et ceux qui viennent encore se former. Je veux également documenter les lieux, ateliers encore en marche ou à l’arrêt, outils et machines.

Julia Gat

Mate internum

Mare Internum est né d’une volonté de mieux connaître mon histoire et celles des autres à travers les lieux qui m’entourent et des rencontres qui s’y tissent. La mer, toujours présente en arrière-plan de mon parcours photographique et personnel, devient le fil conducteur d’une réflexion plus large sur l’identité et les liens qui nous unissent au-delà des frontières. Photographier les rivages, c’est pour moi une manière d’interroger ce qui nous rapproche malgré nos trajectoires singulières. Ce projet est une invitation au dialogue et à la connexion. À travers l’art et la photographie, je cherche à créer des espaces d’échange où récits personnels et collectifs peuvent se croiser. La mer, territoire mouvant et commun, devient le témoin de ces rencontres.

Cédric Gerbehaye

Carceral

Carceral est un projet photographique qui s’ancre dans un monde occulté, fictionnalisé et souvent fantasmé : celui de la prison. Il prend pour objet celle de Saint-Gilles, à Bruxelles. En mettant en dialogue des images d'archives restées jusqu’à lors inaccessibles, et des photographies contemporaines réalisées pour le projet lui-même, Carceral entrelace ainsi patrimoine et création, photographies vernaculaire et contemporaine, art et artefacts, pour imaginer une nouvelle archive, panoptique : celle d’une histoire humaine - à la fois collective et individuelle - de la condition carcérale. Il ambitionne d’ouvrir une nouvelle lecture de plus de cent années de photographies, une réflexion sur les images que nous faisons et fabriquons, sur leurs intentions, leurs statuts, et leurs devenirs possibles.

Sylvain Gouraud

L’eau qui nous lie

Agrégeant à la fois une histoire ancienne liée au développement des techniques et un questionnement sur le futur de la ressource en eau, le canal de la Gervanne rassemble un grand nombre d’acteurs aux intérêts divergeant dont je voudrais faire le portrait photographique et sonore. L’eau un élément naturel incontournable de notre subsistance, pourtant nous continuons de la considérer à distance, un simple flux qui s’échappe à l’ouverture de nos robinets. Je voudrais aller au-devant de ces humains et non humains qui prennent l’eau au sérieux, du castor à la station de potabilisation.

Dans mon village s’est constitué une petite communauté qui cherche à maintenir un canal qui existe depuis le moyen âge. Plus ou moins organisée jusqu’à présent elle vient de se fédérer en association pour répondre à de nouveaux enjeux de normes européennes. Je m’intéresse à cette chaine d’attachements qui nous lient à l’eau.

Jeoffrey Guillemard

Sinaloa, narcoculture : du mythe à la réalité

Nous sommes dans l’État de Sinaloa, au nord du Mexique. En ce 3 mai, une foule vient prier dans la petite chapelle dédiée à Jesús Malverde, le "Saint des narcos". Mort en 1909, il était un Robin des Bois mexicain, celui qui volait aux riches pour donner aux pauvres. Parmi les fidèles venus lui rendre hommage, il y a des familles, des curieux… et des narcotrafiquants. L’air est chargé d’odeur de whisky et des sons de trompette, clarinette et tuba, issus de la « banda », une musique régionale. Un homme, visiblement très alcoolisé, me dit : « Aujourd’hui, on est gentils, mais demain, on tue. » Ici, la frontière entre mythe et réalité est floue. La fête du « Saint narco » ne se résume pourtant pas au crime organisé. Ce qui était autrefois un symbole de rébellion s’est transformé en un rituel ancré dans la culture locale, dépassant de loin le monde des cartels. L’État de Sinaloa est tristement célèbre pour être le fief du cartel de la drogue le plus puissant du monde : le cartel de Sinaloa. Mais au-delà de cette réputation, l’impact culturel du narcotrafic et de la violence façonne la vie quotidienne, transforme les traditions locales et s’imbrique dans l’identité donnant naissance à ce que l’on appelle la “narcoculture”.

Marie Hervé & Elsa Martinez

L’île fugitive

On l’attend ; elle va venir ; elle vient enfin : crachée par le volcan sous-marin Empédocle au large du port de Sciacca en Sicile, depuis les profondeurs abyssales de la mer, voici l’île à éclipse Ferdinandea, qui émerge et se noie à plusieurs reprises depuis l’Antiquité. Mais à qui appartient-elle, et à qui appartiendrait-elle, si elle venait à surgir de nouveau ? Entre caprices géopolitiques et fantasmes insulaires en Méditerranée, le projet l’île fugitive propose de réinventer l’histoire tulmutueuse de ce lieu fantôme, remettant en question la fonction de l’image documentaire et de son potentiel poétique face à l’absence.

Léo Keler

Les cahiers de doléances: les cahiers de la colère et de l’espoir

Lors du Grand Débat National lancé en 2019, en pleine crise des Gilets Jaunes, des milliers de citoyens ont pris la plume pour exprimer leurs revendications à travers les cahiers de doléances. Pourtant, ces écrits n’ont jamais été rendus publics. Ce projet a pour ambition de mettre en lumière celles et ceux qui ont confié dans ces cahiers leurs colères, leurs préoccupations, leurs espoirs, ainsi que leurs récits de vie et leurs propositions citoyennes.

Paloma Laudet

Après la pluie d’avril

Le 7 avril 1994, le Rwanda, un petit pays au cœur des Grands Lacs africains, a sombré dans l’horreur absolue. Trente ans plus tard, une nouvelle génération s'efforce de se construire, tiraillée entre le poids du passé et la volonté inébranlable d’avancer. Entre mémoire et renouveau, ce projet explore comment les jeunes Rwandais se forgent une identité et un futur commun dans une région encore profondément marquée par l'héritage du génocide.

Nicola Lo Calzo

QUEER MAGNA MATER

À travers ce projet, je souhaite documenter un événement queer unique en son genre se déroulant chaque année dans la région de Naples : la Juta des Femminielli, Par la rencontre des personnes queer et de leurs allié·es participant à cet événement, je souhaite mettre en lumière leurs trajectoires et leurs vécus sous le prisme des multiples combats menés contre la transhomophobie. Chaque année, au cours du mois de février, des centaines de personnes queer, gays, trans et non binaires, venues de toute l'Italie et désormais aussi de l'étranger (France, États-Unis, Allemagne, etc.), se rendent en pèlerinage au sanctuaire de Montevergine, dans la province d'Avellino (région de Naples), pour accomplir la sagliuta (la montée) vers le sanctuaire et célébrer leur protectrice, la Vierge Noire Schiavona : c’est la fête de la Candelora. 

Il s’agit d’une fête religieuse mais pas que. En effet, depuis quelques années, avec la montée des extrêmes droites en Europe les politiques anti-LGBTQIA+ promues par le gouvernement italien, la fête de la Candelora et la Juta des Femminielli sont réinvesties comme des espaces de lutte pour les droits des personnes LGBTQIA+. À travers une approche documentaire et un recours aux archives visuelles, le présent projet photographique a pour objectif de raconter cet événement unique, où le sacré, le politique et le profane s'entrelacent pour créer un espace de liberté inédit pour la communauté LGBTQIA+.

Massao Mascaro

Sabbia e Bronzo

À  quoi sert l'Antiquité et que pouvons-nous faire aujourd'hui de cette mémoire qui nous regarde ? Pour le travail Sabbia e Bronzo (Sable et Bronze), je souhaite retourner en Calabre afin d’y développer une série de photographies qui aura pour contexte le littoral calabrais. Les Bronzes de Riace, sont deux statues qui ont été trouvés en 1972, dans un état de conservation exceptionnel, au fond de la mer Ionienne, enfouis sous le sable, par un plongeur amateur. On lit souvent que les statues ont échoué sur les côtes calabraises suite à un naufrage. Leur provenance et leur destination restent un mystère.

L'objet de ce travail est la mise en relation, par la photographie, des Bronzes de Riace avec les paysages politiques et humains d’une Calabre qui souffre des dysfonctionnements du Sud de l’Europe. Il s’agit pour moi d’approfondir une écriture photographique qui a pour centre d’intérêt le territoire méditerranéen, son histoire culturelle passée et contemporaine. Il m’importe de mêler des interrogations relatives aux migrations contemporaines qui s’inscrivent dans un contexte Européen avec des figures archéologiques relatives à des événements passés qui convoquent la naissance de cette culture Européenne. En outre, comment - photographier ces bronzes découverts au bord de la mer ionienne vingt-cinq siècles après un naufrage et le mystère qui entoure leur origine et leur provenance - peut devenir l’intrigue d’un travail photographique contemporain.

Jean Noviel

L'or bleu, une histoire de l'eau

Paradoxalement, à Marseille, l'eau a toujours manqué, et son histoire, comme son économie, exclusivement tournées vers la mer, ont longtemps délaissé l’arrière-pays aride. Jusqu'au 18e siècle, les deux fleuves côtiers qui coulent aujourd'hui dans la métropole étaient situés en dehors de l'enceinte habitée et on ne pouvait compter que sur de rares sources, puits ou fontaines pour un accès à l'eau. L'agriculture vivrière était pauvre et la ville ne vivait que des échanges maritimes. Il fallut attendre les dramatiques épidémies de choléra et le tournant de la révolution industrielle pour que Marseille, voulant garder son rang de ville commerciale incontournable, se consacre à des travaux titanesques pour dériver l'eau de la Durance et apporter l'eau potable à ses habitants. Car sans eau pas de prospérité, pas d'essor démographique, pas de train à vapeur, pas de béton, pas de chimie, pas d'industrie lourde. 

Dès lors la ville allait bientôt changer de physionomie et connaître un nouvel élan pour pouvoir s'agrandir, prospérer, conquérir de nouveaux espaces. Pourtant, ce canal long de 95 km, qui fut l'épine dorsale de la distribution d'eau en ville jusqu'en 1970, semble aujourd'hui effacé sous la pression foncière et son souvenir a disparu des mémoires. C'est cette histoire du canal de Marseille que je souhaite explorer et revisiter par la photographie avec tout ce que cela implique de thématiques connexes : accès à l'eau, transformation des territoires et pollution des sols.

Marine Peixoto

Épisodes cévénols (titre provisoire)

Le Parc National des Cévennes est le seul parc de la métropole française à être habité de façon permanente et fut pensé comme tel dès le départ en 1972. Région désertée puis protégée par l’homme, dans les Cévennes la nature est restée dominante et contrastée, aussi brutale que généreuse. La rugosité du pays force l’humilité dans la moindre entreprise. 

Aujourd’hui la préservation est une donnée déterminante dans la composition du paysage cévenol et depuis plus de cinquante ans les habitants vivent dans un sanctuaire naturel préservé, un laboratoire à ciel ouvert farci de résidences secondaires qui sont vides la majeure partie de l’année. La région constitue encore aujourd’hui une marge territoriale tant au niveau socio-économique qu’au niveau écolo-climatique.

À l’heure où la question de partir vivre à la campagne se pose à nouveau aux citadins, je me propose d’actualiser le portrait des Cévennes en suivant deux pistes différentes et complémentaires qui me fourniront une vue d’ensemble sur les rapports de force, de cause à effet et d’harmonie entre un environnement donné et ceux qui le subissent ou en jouissent.

Payram

Retour en Syrie : la chambre des invités

Retour en Syrie : la chambre des invités est un projet photographique qui revisite les lieux (Alep, Damas, Latakia) et visages que j'ai photographiés en Syrie entre 2001 et 2011. À travers des portraits et des prises de vue d'un espace intérieur emblématique, la chambre des invités (reflet du statut et de l'histoire de la famille), je souhaite retourner à la rencontre de ces lieux et de ces personnes, connus avant la guerre, afin de témoigner de la persistance des traditions d’hospitalité et de la vie.

Chloé Sharrock

Bernard (titre provisoire)

Ce projet photographique explore l’héritage du mythe du héros militaire et son impact sur les soldats confrontés au retour à la vie civile. À travers une enquête familiale sur le suicide de mon grand-père, ancien colonel de l’armée de l’air, il interroge la construction et la déconstruction de l’idéal guerrier. Mêlant portraits et écrits de vétérans atteints de stress post-traumatique réalisés lors d'ateliers participatifs avec des soldats en réinsertion, archives personnelles et iconographie héroïque, il interroge l’impact de cet idéal sur ceux qui doivent réapprendre à vivre après la guerre.

Patrick Wack

Les Larmes de Nazugum

Alors que le berceau de la nation ouïghoure est en proie depuis 2017 à une sinisation fulgurante et à un génocide culturel, ce projet ira à la rencontre d’une diaspora à un moment charnière de l’évolution de sa ouïghourité. Bien qu’étant fondé sur l’aspect diasporique et donc relativement secondaire de leur identité ouïghoure, les ouïghours du Kazakhstan vivent depuis plusieurs années face à un dilemme : doivent-ils continuer à évoluer vers une plus grande intégration dans la société cosmopolite kazakhe ou réaffirmer une identité dont ils ne seront dans quelques temps qu’un des rares porteurs ? Grâce à mes nombreux contacts dans le monde ouïghour, j’irai à la rencontre de cette communauté, de ses rites et traditions et tenterai d’analyser le rapport ambivalent qu’elle entretient avec son pays d’adoption et son pays d’origine.

Au-delà de l’aspect spécifiquement ouïghour, ce projet entend poser une question plus universelle relative à la responsabilité diasporique : sommes-nous porteurs d’un devoir de conservation ?

Dernière mise à jour le 30 janvier 2026