Résultats 2024

Soutien à la photographie documentaire contemporaine

26 lauréats ont bénéficié en 2024 du soutien à la photographie documentaire contemporaine, à la suite de la commission dédiée qui s’est déroulée le 26 juin. 

Sébastien Arrighi

Ocean Rally

Cette recherche inédite projette à nouveau d’explorer une insularité, cette fois au bout du monde en Nouvelle-Calédonie. Entre immersions en brousse, au cœur d’exploitations minières, et rencontres avec le peuple Kanak, je souhaite sonder ces différentes nuances pour tenter de représenter ce territoire en quête de ré enchantement.

Dans un quotidien rude et confidentiel, toute la complexité de cet archipel océanien, alambiqué, apparait sous son vrai visage, loin des clichés de cartes postales. J’entreprends comprendre son histoire composite difficile à cerner, en capturant la fulgurante étrangeté des tableaux qui se révèle à travers l’entrelacement ethnique, l’exploitation des ressources naturelles et les nombreuses autres aspirations passées et futures, qui s’entrechoquent et font que même un si petit territoire, se substitue à l’idée de son unité.

Adrien Bitibaly

Initié

L’enjeu du projet photographique INITIÉ est de montrer la dynamique de survie des initiations traditionnelles dans un contexte contemporain de changement de paradigme religieux et de fracturation sociale. La démarche requiert une immersion totale dans des zones reculées du monde rural à travers la pénétration progressive de réseaux de sociabilité. Ce cadre étant posé, la démarche artistique ne prétend pas répondre à des protocoles rigides. Au contraire elle reste ouverte à l’inconnu et à l’invention de modalités de relations d’intimité. L’artiste a déjà éprouvé le long cheminement que suppose le fait d’atteindre le cœur de pratiques rituelles et de se rapprocher d’une pensée mystique (QUATRE YEUX). Le surgissement des images pourra dès lors se faire de manière erratique. L’artiste photographe se met dans une posture qui ne se réduit pas à celle d’observateur et d’observé mais il conçoit cet archivage des rites de passage comme une acceptation de sa propre vulnérabilité.
 

Didier Bizet

De Bohême et de Sudètes

« De Bohême et de Sudètes » (titre provisoire) est un travail documentaire, un itinéraire du souvenir et de la géographie, une quête d’un passé volatilisé, et chargé de questions laissées sans réponses. En 1991, je m’installe à Prague en Bohême et j’y réside jusqu’en 2000. La Tchécoslovaquie de la révolution de velours, incarnée par Václav Havel, devient alors pour moi une seconde famille, m’adoptant progressivement dans cette Europe centrale. La Bohême, qui révèle naturellement sa propre iconographie mélancolique, influencera profondément mes futurs travaux photographiques. Sans que je m’en aperçoive, ces années « bohémiennes » aura façonné mes aspirations et mon écriture. Derrière cette bucolique Bohême était enfouie l’histoire des Sudètes, qui sensiblement rappelle le conflit actuel du Dombas. Marié à l’époque à une Allemande dont l’histoire des Sudètes était intimement liée à celle de sa famille, nous parcourions tels deux candides ce territoire, un tabou sans équivoque. La Tchécoslovaquie se libérait alors de son passé et ne regardait que vers son avenir. Aujourd’hui, 30 ans plus tard, ces souvenirs flous résonnent en moi comme des échos lointains, des murmures de mon passé. En parcourant à nouveau cette Bohême, je souhaite photographier les paysages attachés à leurs histoires tout comme ses habitants imprégnés de leurs propres récits. L’envie est d’exercer mon regard sur les régions frontalières des Sudètes qui se sont effacées derrière la bucolique Bohême.
 

Thomas Boivin

L’échangeur

"L'échangeur" est vaste complexe routier à la frontière entre Paris et sa banlieue.
C’est de cet ensemble, de ses usagers et de ses habitants dont mon projet veut porter témoignage, avant qu’il ne disparaisse. L’enjeu pour moi est de garder la mémoire de ce que l’urbanisme des années 60 - inspiré dans ce cas d’un voyage à Dallas comme du World Trade Center - a su créer comme paysage, d’en explorer les conditions de vie réelles, et d’en mesurer les enjeux économiques, démographiques et écologiques les plus actuels.
Mon projet est de réaliser un ensemble de prises de vue tout à la fois étude du paysage, de l’urbanisme et de l’aménagement de cet espace, d’une part, puis une série de portraits de passants de l’autre, organisés en deux séries qui formeront deux grilles en regard l’une de l’autre.

Nolwenn Brod

La distance acceptable

"Le Grenelle des violences conjugales" a été mis en place en novembre 2019 en France. "La distance acceptable" c'est le portrait de cinq à dix femmes victimes de violences conjugales en Seine-Saint-Denis. Dans la continuité de ma série Les Dahlias (Sur la crête, 2023) réalisée dans une petite ville en Bretagne, où la violence subie par les femmes se traduisait parfois à travers la torsion des arbres, les corps d'animaux en tension, les brindilles gelées, autant d'états émotionnels que de saisons passagères...

Je ferai le portrait des femmes de Seine-Saint-Denis dans leur intimité, avec ou sans leurs enfants, leurs animaux de compagnie, la présence de leurs ami.e.s, leurs proches. Ces femmes aux profils différents, possèderont au moins un outil de protection mis en place par le Grenelle (un Téléphone-Grave-Danger TGD, un détecteur lié au Bracelet-Anti-Rapprochement BAR, l'utilisation de la plateforme numérique "MEMO de vie" sur laquelle elles peuvent enregistrer leurs témoignages) ou une femme dont le médecin a déroger à son obligation de secret.

Je photographierai leur relation à l’espace et au temps dans la sphère privée et publique, et ainsi "la zone acceptable" : le périmètre délimité par le bracelet électronique porté par l'agresseur. Je tisserai une constellation d’images qui résonnent et se répondent et je collaborerai avec un.e sociologue afin d'éclairer mes photographies et collectes de témoignages rendus anonymes, de ses connaissances sur le sujet.

Alexa Brunet

80 km d’asphalte

Je souhaite mener une enquête photographique sur la vallée du Rhône entre Valence et Bollène. En me penchant sur cette région "tatouée" par la route, je voudrais comprendre la façon dont celle-ci impacte la vie des riverains. Mon exploration me mènera vers les enclaves habitées autour des corridors de circulation, vers les bords de routes et leurs usages détournés et sur les lieux et événements emblématiques du culte de la route. L’utilisation de la voiture comme marqueur social et objet de loisir servira de fil rouge à ma série.

Sandra Calligaro

Afghan dream – Acte 2

Ce projet s’inscrit dans la continuité de mon précédent travail sur la classe moyenne afghane, « Afghan Dream » dans lequel je documentais l’évolution de la société afghane, bousculée par une forte présence internationale. Entre 2011 et 2015, j’ai accompagné de jeunes kaboulis dans leur quotidien et dressé le portrait intime d’une génération à l’équilibre précaire qui me confia ses espoirs et aspirations, qui rêvaient d’un Afghanistan en paix.

J’ai réalisé ces photographies à une période charnière pour le pays, au moment où les forces de la coalition entamaient leur retrait progressif, menaçant directement le devenir de groupe urbain. Cet avenir sombre, Gilles Dorronsoro, qui signe un des textes de la monographie de mon travail, le pressentait. Une décennie plus tard, son pronostic s’est confirmé : le 15 Août 2021, les talibans reprennent le pouvoir.

Le régime des Talibans est installé depuis bientôt trois ans. Je réalise que la ville cosmopolite que j'ai photographiée il y a dix ans a subi une mutation historique, inédite.  J’ai le désir aujourd'hui d’aller documenter ce changement de paradigme. Pour ceux qui, portés par les valeurs occidentales avaient adopté une relative liberté de mœurs, comment s’adapter à ce retour à la vie religieuse ? A l’inverse, qu’en est-il de ceux qui ont vécu dans l’ombre pendant deux décennies et qui se retrouvent maintenant en poste en ville ? Ce sont ces deux mondes qui s’entrechoquent aujourd’hui qui je souhaite documenter.

Adeline Care

Dordonha

Né des nombreux récits surnaturels avec lesquels j'ai grandi et qui hantent désormais ma terre natale, Dordonha explore les croyances d'un territoire : la Dordogne. Ce projet, conçu comme un retour au pays après plus de dix ans, a pour but de questionner ces croyances ésotériques qui ont inspiré ma pratique en allant à la rencontre de personnes qui les font vivre au jour le jour.

Sorcier.ère.s, chaman.e.s, rebouteu.seux, sourcier.ère.s ou amateur.ice.s de pendule peuplent le pays des grottes préhistoriques et nous questionnent sur notre rapport au réel. Je veux documenter leurs pratiques sans jugement, non seulement pour mieux comprendre la recherche du mystique qui anime mon travail mais surtout pour explorer un sujet documentaire aux profondeurs insondables. Cette série se déploiera à travers photographies, vidéos, sons et textes.

Ludovic Careme

Brésils. Les Guaraní Mbyá, un peuple en lutte pour son existence

Au Brésil, le peuple autochtone Guarani vit dans cinq états et rassemble plus de 51 000 personnes, divisées en trois branches principales : les Kaiowá, les Ñandeva et les Mbyá, aussi appelés “peuple de la forêt”. Mon projet se concentre sur cette dernière communauté́, résidente dans l’état de São Paulo et répartie dans quatorze villages implantés sur 2 territoires, le premier étant situé aux abords du littoral et le second, une favela arborée à la lisière de la mégapole. Les Mbyá ont bâti une société́ égalitaire, sans stratification sociale ni division du travail ou pouvoir centralisé, qui s’affirme face aux injustices subies.

Mon projet avec les Guaranis-Mbyas s’inscrit dans la continuité́ directe de mes recherches sur le terrain, ses habitants, la faune, la flore et la géologie où tout se transforme et qui se révèle être une glane d’impressions dont il m’importe de repérer les failles mais surtout les repousses du vivant. Je souhaite rendre hommage à la lutte de ce peuple premier contre l’injustice et l’isolement d’une industrie tyrannique. Je documenterai la vie quotidienne, les rituels, les villages et les combats des Guaranis-Mbyás, tout en essayant de mettre l’accent sur l’individualité́ de chaque membre rencontré à travers des portraits.
 

Julien Chapsal

Tanger (une ville)

Tanger, autrefois assimilée à une cité désuète et interlope, connaît depuis une vingtaine d’années un essor urbain et économique spectaculaire, dans le cadre d’une revalorisation politique programmée, au point qu’elle est devenue le second pôle du pays. Mon projet est d’appréhender cette ville, hors actualité, comme le laboratoire d’une urbanisation et d’une globalisation accélérées, en allant à la rencontre des jeunes : celles et ceux qui, de 18 à 25 ans environ, font leur entrée dans la vie d’adulte.

Il s’agira de chercher, dans l’évocation libre et poétique des liens au territoire qu’ils occupent, une certaine diversité de situations et de points de vue. En privilégiant, sur un plan formel, une approche plurielle, j’espère constituer un ensemble d’images et d’autres matériaux très documenté, mais résolument contemplatif et suggestif.

Scarlett Coten

Pas de titre

Ce nouveau projet s’attachera à mettre en lumière une question sociétale forte du 21e siècle, celle d’un désastre humanitaire invisibilisé engendré par les politiques migratoires pratiquées dans les territoires frontaliers de l’Amérique contemporaine.
J'explorerai le lien entre désert, frontière, migration et disparition à l’œuvre dans les régions transfrontalières du grand Ouest américain et en particulier le long du Rio Grande, frontière naturelle entre l'état du Texas et le Mexique, à partir d'El Paso et jusqu'à Brownsville dans le Golfe du Mexique.

Ce désert étasunien, peuplé de personnes disparues, est le théâtre d’enjeux socio-politiques qui le déterminent aujourd’hui : une région cruciale qui cristallise les tensions de l’époque et les défis d’une Amérique confrontée aux questions de migration, qui plus que jamais, dominent la bataille présidentielle en cours.
La disparition est une énigme car elle contient dans sa définition même l’effacement. Mes recherches s’attacheront à aborder ce paradoxe dans une tentative de révéler l’extrême beauté comme l’extrême brutalité des paysages frontaliers, et les défis humains qui y sont associés.

William Dupuy

Nos vies à l’ombre

Au 1er janvier 2024, le ministère de la justice a déclaré 75897 personnes incarcérées en France, mais ce qui est moins connu, c'est que chaque jour 200 prisonniers retrouvent la liberté. Parmi eux, Gilles, qui a passé 11 ans en prison pour des crimes violents. Ancien boxeur professionnel, il est devenu coach en prison et s'est créé une aura particulière en tant que DPS. Après sa libération, il décide de créer une association pour aider les anciens prisonniers à se réinsérer.
Gilles et ses amis, tous anciens détenus, habitent maintenant un ancien hôtel, transformé en lieu de vie et de travail.

Mon projet de documentaire photographique vise à montrer comment la vie carcérale laisse des marques indélébiles, même une fois libéré. L'ambiance sombre et brutale sera capturée à travers des clichés influencés par l'univers du polar.
En passant du temps avec ces personnages atypiques, j'ai réalisé que chacun d'eux pourrait être le protagoniste d'un roman noir. Entre dealers, tueurs à gages et prostituées, l'hôtel abrite une véritable collection de malfaiteurs repentis. Mon objectif est de capturer cette atmosphère unique et de la présenter dans un livre et une exposition photo.

Léna Durr

L’arrière-scène

Dans le sud-est de la France, à l’écart de l’agitation de l’urbanisation littorale et à l’abri des regards, les massifs forestiers sont convoités par des groupes privés, attirés par l’appât du gain. Plusieurs milliers d’hectares de boisements sont ainsi rasés pour accueillir les projets dont la ville ne veut pas, ou qu’elle ne veut pas voir, mais qui sont pourtant le corollaire de sa croissance : carrières, déchetteries, centres d’enfouissement, éoliennes, et plus récemment les parcs photovoltaïques au sol, dont les promoteurs multiplient les projets.

Je souhaite dévoiler cette arrière-scène à travers les décalages qu’elle produit entre nos imaginaires collectifs, souvent associés à des représentations heureuses de la forêt et les tensions qui y règnent en réalité.

Grégoire Édouard

Rives (titre provisoire)

Rives est un travail immersif le long du pourtour de la 2ème plus grande lagune d'Europe, l'étang de Berre, paysage complexe où se mêlent industries, urbanisation et écologie fragile. Le projet se divise en deux volets : une exploration photographique et sonore d'une part, mettant en lumière la cohabitation des éléments naturels et anthropiques, et une archéologie des objets échoués d'autre part, témoins de l'interaction hybride entre l'homme et cet environnement unique. Ces deux approches seront combinées pour créer un récit paysager mêlant approches documentaire, plastique et sensible. L'objectif est de susciter une réflexion poétique sur ce territoire complexe, sans chercher à dénoncer mais afin de réveiller les imaginaires contemporains.

À ma façon je reconstituerai ce territoire hybride fait d’une pluralité de corps et de formes à travers des modes de représentation post-documentaires, à la croisée du récit sensible, du document photographique, de l'œuvre sonore et de l'image animée.

Jeanne Frank

« Ink and Ideology » : Révéler le symbolisme des corps tatoués d’extrême droite dans les Balkans

Dans les Balkans, de nombreux jeunes choisissent le tatouage comme moyen d’exprimer leur engagement politique et ethnique. Leurs corps se parent ainsi de portraits de dirigeants fascistes, de poètes et de symboles nationalistes, de héros de la liberté et de drapeaux et emblèmes nationalistes.
Pour ces jeunes, ces tatouages ne sont pas de simples ornements, mais de puissants symboles d’un imaginaire de domination, de leur identité ethnique et de leurs convictions politiques.

Ce projet explore la relation complexe entre la montée de l'extrême droite nationalisme et la quête d'identité des jeunes dans un contexte marqué par l'histoire de la guerre, l'instabilité politique et l'incertitude économique.
 

Olivia Gay

Regarder la mort en France

Ce nouveau projet, intitulé « Regarder la mort en France » porte sur la représentation des gestes de soins d'accompagnement des personnes en fin de vie à domicile dans le contexte de la proposition de loi sur " l'aide active à mourir ". Mon intention est de photographier les gestes qui "encadrent" les personnes en fin de vie à leur domicile, pour éviter la dramatisation de l'hôpital. Je prévois de réaliser ces photographies sur une durée longue, entre 2 et 3 ans, et sur des territoires qui de disposent pas d'unités de soin palliatifs. Mon intention porte sur la représentation de l'encadrement de la fin de vie à domicile et le "libre choix" de mourir en France. Après avoir accompagné les soignants dans leurs tournées à domicile, ce projet vise à mettre en lumière ce qui se joue dans l'intimité de la chambre de soin. L'objectif est de montrer la relation triangulaire et interdépendante entre soignant-es, aidant-es et patient-es.

Théo Giacometti

La prochaine fois, le feu

Il y a vingt ans, le photographe Gilles Favier, passait un an à documenter la vie de la cité de la Renaude, dans le 13e arrondissement de Marseille. Portraits d’habitants et scènes de vie témoignent de la vie difficile dans ces quartiers populaires et excentrés. Alors que l’année 2023 a été marquée par la violence qui s’est déployée dans de nombreux quartiers de France, suite à la mort du jeune Nahel Merzouk, jamais Marseille n’aura vécu une année aussi meurtrière à cause du narcotrafic.

Je souhaite réaliser 20 ans après Gilles Favier, un long travail documentaire dans une cité des quartiers Nord de Marseille, pour comprendre, témoigner, éclairer ce qu’est la vie dans une de ces barres de béton loin de la mer et du port, loin de l’emploi et des services publiques, loin du monde. Je souhaite travailler durant une année dans la cité des Lauriers.
Comment parler d’avenir, de travail, d’amour, de jeu, d’enfance, de familles ?

 

Pierre Girardin

AZROU

Azrou est un projet photographique autour de la filière laine dans le Siroua Marocain. Cette région voie à cause du réchauffement climatique l’exode rural s’accélérer, la sécheresse ayant décimé les cheptels de moutons, rendant l’activité de berger obsolète. Les travaux agricoles et d’artisanats sont aussi de plus en plus délaissés par les nouvelles générations attirées par les villes, abandonnant de ce fait des savoir-faire intergénérationnels. Toutefois, des coopératives se créent au sein des villages pour unifier les populations vivant de ces ressources, et essayer de maintenir et sauvegarder ces activités ancestrale et identitaire du Maroc.

Julien Guinand

Rokkasho

Le projet documentaire envisagé se concentre sur la péninsule de Shimokita située dans le nord du Japon. Dans cette péninsule se trouve Rokkasho, un complexe d'usines nucléaires. Ce projet s'inscrit dans une continuité de recherches entamées en 2015, explorant les liens entre catastrophe, territoires anthropisés, récits, et spiritualité.

Je compte me rendre dans le mont Osore assister à un rituel mené par les chamanes Itako qui invoqueront les esprits des morts de Fukushima. Puis j'irai aux abords des usines pour photographier et filmer les bâtiments, rencontrer les habitants et les acteurs du terrain, et de manière générale m'intéresser aux récits et aux contre-histoires locales.

 

Chloé Jafe

Divine Mexico

Au Mexique, l'icône de la Vierge de Guadalupe, fusionnant cosmogonie indigène et catholicisme m'a frappée. Ce symbole ainsi que d’autres figures dévotionnelles m'ont accompagnée dans ma découverte du pays. J'ai trouvé leurs regards dans celui de Jocio, prostituée, de Joma, jeune trans, et des muxes, entre féminin et masculin, tous marginalisés mais empreints de chaleur maternelle.

Fascinée par ces contrastes, je vais rencontrer ces femmes, à l’écart de de la société mais objet de désir et fantasmes. J'aimerais les sublimer dans un projet artistique qui renverse les stéréotypes et se ré-approprient leurs histoires au travers d’icônes vénérées à travers le pays.

Daphné Nan Le Sergent

Silicon Islands and War

Intitulé « Silicon Islands and war », ce projet propose de penser les développements de la photographie numérique en lien avec l’industrie des semi-conducteurs et le contexte géopolitique qui la sous-tend.

Le capteur image des appareils photo est constitué de semi-conducteurs gravés dans du silicium (silicon). La photographie sur smartphone ou assistée par Intelligence artificielle nécessite également des semi-conducteurs d’un autre type (calcul ou mémoire). La miniaturisation extrême de ces composants, poussée par une course économique et politique effrénée, garantit la définition et l’optimisation de nos images numériques. Aujourd’hui on parle de guerre économique entre la Chine et les États-Unis pour la maitrise de ces technologies de pointe, servant notamment l’essor de l’Intelligence Artificielle.

Ce projet invite à considérer trois moments de cette histoire : au Japon, en Corée du Sud et à Taïwan. Au départ conçus et fabriqués aux États-Unis, les semi-conducteurs sont bientôt produits et développés avec talent dans ces trois pays asiatiques, ce qui leur a permis de marquer une position forte vis-à-vis de la protection américaine.

Hervé Lequeux

Sur la route

"Sur la route" documente le parcours des jeunes migrants guinéens depuis leur pays d'origine à Conakry jusqu'à leur arrivée en France, après la traversée de la Méditerranée via la Tunisie. Suivre des itinéraires de migrants à travers ce périple pour incarner le parcours migratoire et mieux comprendre les traumatismes causés par ce voyage. Partir d'un quartier, quitter sa famille, ses amis sans, parfois, prévenir, ces jeunes entreprennent un voyage périlleux et rêvent de cette destination sublimée, l'Europe... En chemin, ils endurent des conditions difficiles et subissent le racisme en Algérie (traversée du désert), puis en Tunisie où les autorités pratiquent une véritable "chasse" aux migrants. Le plus dur reste la traversée de la Méditerranée où nombres d'entre eux font naufrage et ne parviennent jamais à destination.

Accueillis sur l'île de Lampedusa, l'Europe entrouvre son territoire et ce n'est qu'une fois rapatriés sur le sol italien, via la Sicile, que le "rêve" devient réalité. Mais, quelle réalité ? Celle de jeunes migrants mineurs, souvent non désirés, qui, au passage, perdent souvent la personne qui les a accompagnée dans cette traversée, un oncle, une connaissance car les majeurs sont séparés des mineurs... Ils deviennent alors ces "Mineurs Non Accompagnés" et se retrouvent livrés à eux-même, sans argent en quête de protection. Qui sont-ils ?

Livia Melzi

Rescue objects / New Collection

Ce projet photographique a comme sujet l’incendie qui a détruit 85 % de la collection du Musée National de Rio de Janeiro, plus ancienne institution muséale du Brésil. Ce lieu, chargé de couches historiques, notamment de l’époque coloniale, abritait la plus grande collection naturaliste du pays.
Inspiré par une éthique documentaire, par l’idée également d’une « muséologie de la rupture », le projet se déploie en deux chapitres. Le premier, Rescue Objects, ­correspond à une série d’images qui sera construite en vue de présenter les objets ayant survécu à la catastrophe par le feu, mettant en évidence ses formes nouvelles, altérées ou transformées par les flammes.

Le second, New Collections, permettra de documenter un moment unique dans l’histoire de la muséologie au Brésil : la formalisation d’un dialogue inédit entre l’institution en question et plusieurs communautés autochtones, qui s’élabore en même temps que l’arrivée des nouvelles pièces de la collection, provenant de ­donations de ­musées, collectionneurs, ainsi que de différentes communautés indigènes (du monde entier).

Arthur Mercier

Adieu Tropiques / Chapitre 1 : Le monde

Le Pacifique meurt, vive l’ePacifique.

Le 15 novembre 2022, à l’occasion de la COP 27, Simon Kofe, ministre de l’intérieur des Tuvalu s’adresse au monde. Dans une vidéo volontairement performative, il prend acte de l’inéluctabilité de la montée des océans, de la disparition programmée des terres millénaires sur lesquelles vit son peuple et fait une annonce retentissante : pour lutter contre leur effacement les Tuvalu vont se dupliquer dans le métavers et devenir ainsi « la première nation digitale ».

Depuis, dans une gigantesque entreprise de réplication, le gouvernement et ses habitants font l’inventaire de ce qu’ils souhaitent sauvegarder, digitalisent, posent les jalons de la réussite technologique de l’opération et se préparent à prendre racine au cœur d’Internet.
Mouettes artificielles, cocotiers numériques et réunion d’avatars sur des atolls de pixels, voilà comment pourrait se dessiner l’avenir du territoire.
Je souhaite aujourd’hui aller documenter la première entreprise de migration d’un peuple vers le monde numérique.

Daria Svertilova et Guillaume Bihan

De ruisseaux et de phares, et au milieu

De ruisseaux et de phares, et au milieu. est un projet de photographie documentaire dont l’accroche est un voyage à travers l’Europe, en suivant rigoureusement le cours du fleuve Danube, de sa source en Bade-Wurtemberg près de la ville de Fribourg, jusqu’au Delta en mer Noire, entre la Roumanie et l’Ukraine. D’Ouest en Est, sur 2850 km et sur les deux rives que forme la principale artère d’eau de l’Europe, nous voulons construire à quatre mains une série de photographies qui documenteraient ce que ce fleuve aurait à nous dire sur l’Europe d’aujourd’hui.

 Fragmentée par la guerre russo-ukrainienne, les flux migratoires, les objectifs de décarbonation, la montée du nationalisme et de politiques autoritaristes dans certains pays européens, il semblerait que l’Europe voit ressurgir ses fantômes ; et requestionne cette idée d’unité et de cohésion, dont elle est la genèse, et de son identité propre dans les crises qu’elle traverse. Qu’est-ce qui nous unit et nous sépare aujourd’hui sur le continent européen ?

Mathias Zwick

Route 666

La "Route 666" est une mappe imaginaire reliant diverses théories du complot aux États-Unis, présentant ainsi une sorte de "tourisme du complot". Des touristes se font photographier devant des lieux marquants liés à des complots, comme le site de l'assassinat de JFK. Des visites guidées vous emmènent à la recherche d'extraterrestres à Roosevelt. Des annonces sur Airbnb rendent possible des séjours dans des bunkers et d'anciennes bases de missiles. Les musées, tels que ceux consacrés à Bigfoot ou à l'aéroport de Denver, proposent des explications sur des théories conspirationnistes.

Des événements populaires annuels, tels que les conventions de "terreplatistes" ou le UFO Festival, attirent des touristes de tout le pays. Les théories du complot fournissent des explications alternatives à des événements inexplicables. Cette série photographique explore l'incorporation des théories conspirationnistes dans la pensée sociale ordinaire, reflétant la réinvention de croyances mythiques ou religieuses pour répondre aux besoins psychiques face au refus du hasard et à la peur du chaos. Elle cherche également à examiner comment ces théories pourraient potentiellement devenir une partie intégrante de la nouvelle mythologie américaine.

Dernière mise à jour le 3 juillet 2024