43 lauréats ont bénéficié en 2022 du soutien à un projet artistique pour 34 projets, à la suite de la commission dédiée qui s’est déroulée le 26 avril 2022. 

Béatrice Balcou

Les dépositaires

Les dépositaires est un projet de recherche qui met en relation et au travail Béatrice Balcou et des restaurateur.rices autour des gestes réparateurs et affectifs qui soignent les oeuvres d’art, les réparations qu’on décide de rendre visible ou non, et ce savoir-faire incarné lié à une profession, cette maîtrise du geste artisanal avec ses procédés et astuces. L’intensité du plaisir éprouvé à réaliser - ou à voir réaliser - une action manuelle précise sera au coeur du projet. Il se peut d’ailleurs que le résultat artistique de cette recherche ne soit que ce plaisir enregistré.

Eva Barto

Weak Tongue

Le projet d’exposition Weak Tongue s’intéresse à la manipulation du langage, de ce que son usage dans le champs des règles et des lois peut permettre ou empêcher. L’un de ses points d’ancrage est la video Mithridate, une boucle nerveuse qui offre une succession de discours qui s’annulent à mesure qu’ils nous livrent des méthodes de contournements du droit par ses faiseurs ou détracteurs.  Ainsi Weak Tongue entraine l’écosysteme institutionnel de cette exposition a re-orienter ses modes de discours, à questionner le contexte dans et par lequel elle prend part, à tendre d’une version officielle à l’autre etc. 

RYBN.ORG

Capitalismsxit

CAPITALISMSXIT est un projet de recherche artistique qui se propose de constituer une mémoire des différents récits de la fin du capitalisme. Il s’agira d’indexer toutes les variantes du capitalisme et de rassembler tous les récits qui en imaginent la chute, que ces récits soient des scénarios-catastrophes ou qu’ils ouvrent sur d’autres modèles de société. Cette archive sera ensuite placée dans une capsule temporelle destinée à traverser le temps profond, et mobilisera signes, codages et média afin de la rendre déchiffrable dans plusieurs millénaires par d’autres civilisations, ou tout autre intelligence – pour que cette mémoire collective survive à la fin du capitalisme dont elle porte les récits prospectifs.

Marion Bataillard

Ville mystique

Il s'agit d'accomplir un nouveau cycle de peinture. Mes cycles de travail durent entre un et deux ans,  ils ont une cohérence organique, non strictement programmatique. Je travaillerai en parallèle à des grandes compositions et à des peintures plus petites ou des pastels. Je travaille d'après nature et de tête. Je me suis toujours lancée dans mes grandes peintures sans préparation, ni esquisse. Et cependant pour la première fois j'aborde le prochain cycle avec l'envie de préparer le terrain des grandes compositions, c'est-à-dire de me laisser résoudre certains problèmes en amont dans un travail d'esquisses, de croquis, de recherches couleur.

Elena Biserna et Loreto Martinez Troncoso

Pour commencer, ne me contredis pas! Un dialogue ventriloque

"Pour commencer, ne me contredis pas !" est un projet de recherche qui prend la forme d’une série de lectures-performances par et avec Elena Biserna — chercheuse et curatrice — et Loreto Martínez Troncoso — artiste et performeuse. Ce projet est le résultat d’un long processus d'échange pour explorer les enjeux, les limites, les cadres institutionnels et les dispositifs de la prise de la parole, en nous situant en tant que femmes dans une société basée, entre autres, sur la mise au silence des femmes et des genres minorisés. Pour ce faire, nous avons décidé d’enfermer dans un placard les livres des philosophes et écrivains qui nous ont accompagnés pendant longtemps pour chercher des références autres et échapper à l'“ordre du discours” patriarcal. Notre échange se tisse dans un dialogue ventriloque, en réactivant et en réincarnant les paroles, les sons, les voix, les musiques d’autres femmes : des écrivaines, des penseuses, des artistes, des chercheuses, des activistes de différentes époques, langues, cultures et contextes géographiques. En remâchant ces mots, en les faisant résonner dans nos corps et dans nos bouches, en écoutant leurs échos, nous interrogeons nos propres silences et bégaiements pour générer un espace de reconnaissance, d'auto-révélation, de réciprocité et, enfin, d’action.

Emilie Brout et Maxime Marion

Idle

Idle consiste en une vidéo d'animation mettant en jeu et en critique la construction et le développement d'une intelligence artificielle accédant à la Singularité. À mi-chemin entre les codes de la pop culture et de l'art dramatique lyrique, elle nous plongera dans un univers alternatif et éthéré d'où émergeront des personnages à la matérialité fragile. Sortes de survenances flottantes, représentées par des portraits expressifs et auréolés de lumières, ces personnages en proie à des passions dévorantes incarneront et représenteront les mécanismes, les biais ou les stratégies inhérentes aux IA et à leur impact économique et social.

Erik Bullot

Cinéma braille

Ce projet de recherche et de production croise deux objets : la théorie de la vision paroptique, ou extra-rétinienne, proposée par l’écrivain Jules Romains en 1920 et l’invention du thérémine par Léon Theremin dans ces mêmes années. D’un côté, la possibilité de voir sans les yeux, avec la peau ; de l’autre, celle de jouer d’un instrument de musique sans contact direct.

Je souhaite mener une enquête sur ces sujets et réaliser une installation selon deux modes : un film tourné en 16 mm reconstituant les expériences de vision paroptique, les concerts de thérémine, à la manière d’un film fantastique ; la figuration en réalité virtuelle d’une supposée vision extra-rétinienne, imaginaire, basée sur les descriptions d’expériences, où l’obscurité est traversée de visions fugaces, instables, ondoyantes, quasi abstraites, à la manière d’un cinéma mental ou neuronal.

Nina Childress

I love Holly, Marcia & Pat

 

Thierry Costesèque

Continent Paradis

Le projet que je développe aujourd’hui s’origine dans l’expérience du dessin, il ambitionne de créer une passerelle entre l’acte de dessiner et l’exposition, une recherche construite à travers l’élaboration d’un ensemble de mille dessins dialoguant avec d’autre formes plastiques comme, les colliers de perles, objets et collages. Ce désir de créer une arche entre les œuvres et leur mise en espace m’est apparu dans l’atelier où parmi les dessins, photographies et les livres qui s’empilent, j’ai reconnu un environnement propice aux passages entre les dessins et l’exposition, de l’horizontalité de la feuille de papier à la verticalité des murs de l’atelier. Ce Changement de position m’invite à poursuivre les dessins à leurs périphéries. A la marge des encres, s’étend le récit.

Stéphane Couturier

Chant de l'apocalypse

Ce projet artistique consiste à associer le médium photographique avec le médium textile en réalisant une tapisserie contemporaine. Le choix se porte sur deux chefs d’œuvres de la tapisserie, situés à Angers: la tenture de l’Apocalypse du XIVème siècle, et les tapisseries du « Chant du Monde » de Jean Lurçat. Le projet de tapisserie que je propose de créer est l’addition de deux scènes. L’une provient de la scène 12 de la tenture de l’apocalypse :  Le quatrième sceau. Le détail choisi montre un cavalier à tête de mort chevauchant un cheval livide. L’autre provient d’un détail de la « conquête de l’espace » du « Chant du Monde » de Jean Lurçat. L’espace sidéral est traversé par une double arabesque faite de planètes et de comètes.

 Cette fusion correspond à un travail de recherche que je mène depuis une quinzaine d’année sous le nom de « Melting Point ». L’intention de cette série est de superposer deux enregistrements photographiques pour proposer une image hybride, fluide et dynamique à la fois, tout en gardant intacte la racine documentaire des éléments de départ.  Ce projet de réaliser cette tapisserie se ferait en collaboration l’atelier « Flanders Tapestries situé en Belgique à Wielsbeke. Cet atelier est très impliqué dans les collaborations avec des artistes contemporains comme par exemple Laure Prouvost, et ils ont développé un savoir faire spécifique  qui allie créativité et utilisation de techniques numériques de pointe.

Laurent Derobert

Jardins de Grothendieck

Depuis deux ans j’ai entrepris de tresser botanique et poétique en réalisant des jardins possibles, lesquels traduisent des textes, des lieux, des rêves par les seules semences de leurs essences. 

Ainsi l’Odyssée en 44 graines rassemblant les plantes nommées par Homère depuis les thuyas de Calypso jusqu'aux asphodèles des Enfers. Ou encore le Paraïs de Giono exprimé par les semences des plantes qui ont vu germer son écriture à Manosque. Or il y a un jardin que je souhaiterais par-dessus tout concevoir, le plus audacieux peut-être, c’est celui d’Alexandre Grothendieck.

Génie des mathématiques (Médaille Fields. 1966), Grothendieck passa les 30 dernières années de sa vie reclus, ne s’adressant plus qu’à ses plantes dont il fit les seules confidentes de ses ultimes conjectures et théorèmes. D’où l’idée de leur consacrer un jardin, conçu comme une arche végétale des dernières méditations de l’auteur. En pariant sur la folle hypothèse qu’un jour connaissant le langage des fleurs on puisse apprendre d’elles les trésors mathématiques qu’il leur avait confiés.

Arnaud Dezoteux

Grandeur Nature

Grandeur Nature est un projet de film performatif qui prend comme cadre l’activité d’une communauté de joueur.ses de Jeu Grandeur Nature (GN). Forme singulière du jeu de rôle sur table, le GN permet de s’immerger dans un univers fantastique pour y incarner un personnage, et réaliser des quêtes partiellement scriptées, sur un site géographique défini. En cela, ces jeux ne sont pas des spectacles à regarder depuis un point de vue extérieur : il n’y a pas de public car chaque participant.e joue un rôle précis et qu’il.elle improvise son destin au fur et à mesure des péripéties rencontrées. Filmer sur un Jeu Grandeur Nature se caractérise donc par le fait de cadrer des scènes alors même qu’elles ne sont pas pensées pour la caméra. Quand un mariage a lieu dans un temple, on peut aussi voir un conflit entre deux chevaliers, des diplomates ratifier l’annexion de contrées ennemis, entendre au loin les hurlements de hordes s’en allant au combat. Autant de situations qui se caractérisent par la simultanéité de leurs apparitions.

Qu’y-a-t-il donc à filmer quand l’évolution d’une intrigue n’appartient pas au réalisateur, mais qu’elle s’improvise devant les choix de chacun.e ?

Valérie du Chéné

A pas chassés

À pas chassés s'inspire de la vie du philosophe Walter Benjamin. Le film se déroule aujourd’hui dans la ville de Portbou. Il évoque par un récit, son passage de la frontière franco-espagnole. Transformé en fantôme, le personnage principal, entre dans le paysage. Il dort, rêve, divague, se perd dans ses fantaisies et ses questions. Pour vivre ses émotions, il joue de la couleur, de la lumière et de la ville. Simultanément, deux personnages-clés, l’amoureuse du Fantôme et une femme érudite, partent à sa recherche. Une dualité est mise en place entre le fantôme et les autres personnages. Ils ne se croiseront jamais. Un va et vient se produit entre réalité et fiction. Le film oscille tantôt dans le réel et le paysage tantôt dans l’onirisme et  des rêveries. Ce court métrage sera d’une durée d’environ 35mn.

Jérôme Dupeyrat et Laurent Sfar

Les mondes renversés

Ce projet trouve son origine dans les questionnements qui entourent les images et rituels d'inversion, constitués d'un vaste ensemble de représentations et de pratiques populaires qui ont été particulièrement vivaces dans toute l'Europe du XVe au XIXe siècle (imagerie populaire dite du "monde renversé", carnavals et charivaris, manteo del pelele, etc.), et que l'on retrouve aussi parfois dans l'histoire de l'art (notamment dans certains dessins, estampes et cartons pour tapisserie de Goya). À travers ce projet nous souhaitons enquêter sur ces expressions populaires, dont certaines se perpétuent aujourd'hui. En France, en Belgique et en Espagne, nous documenterons (vidéos et entretiens) des manifestations carnavalesques dans lesquelles le principe de renversement est actif. Nous explorerons également des fonds iconographiques ainsi que des collections d'arts et traditions populaires se rapportant au motif du renversement. Ces recherches formeront une ressource à partir de laquelle nous envisageons la création d'un ensemble de productions artistiques actualisant la capacité de trouble des hiérarchies et des normes qui est inhérente aux rituels d'inversion.

Anne Charlotte Finel

Klopotec

Ce projet est pour moi l’occasion de poursuivre mes recherches sur les aéroports et d’explorer en profondeur ces espaces d’entre deux qui nourrissent ma pratique artistique depuis ses débuts. Je fais appel au Cnap car son soutien me permettra de réaliser la post-production de ce projet vidéo.

A l’occasion de ce nouveau projet, je suis entrée dans l’univers très sécurisé des pistes. J’ai pu ainsi rencontrer ceux qui y travaillent puis étudier les animaux peuplant les prairies à leurs risques et périls.  Les missions, les déambulations des effaroucheurs ont guidé le tournage de Klopotec à l’aéroport. J’ai braqué des jours durant ma caméra sur les sujets qui mobilisent toute l’attention de ces hommes : renards, étourneaux, faucons crécerelles à proximité des avions. Ce sont des travailleurs méconnus des aéroports. Dans leurs camionnettes orange à gyrophares, ils parcourent les hectares des prairies afin d’éviter les collisions entre machines et animaux. C’est cette interaction entre l’homme, l’animal et la machine qui me passionne.   L’aéroport, avec ses centaines d’hectares de prairie, est devenu malgré la menace, une terre d’accueil pour plus de 80 espèces aviaires. C’est le lieu de surprenantes rencontres, où une tête de héron se dessine à l’horizon à quelques mètres d’un avion en phase de décollage. Au loin, on entend les appeaux électroniques et les fusées utilisées par les effaroucheurs afin d’éloigner les corvidés, les pigeons, les alouettes...

Sylvain Grout et Yann Mazéas

Mazeas' MoonGroutshine

Il y a dans la production du whisky de contrebande appelé Moonshine, un renvoi à la prohibition aux Etats-unis, au système D façon rednecks des bois, à une forme de rugosité poétique qui devrait envelopper notre projet d’une aura toute particulière. Le nom même de Moonshine est un héritage direct de la façon dont les contrebandiers distillaient leur whisky en toute discrétion, en forêt, à la lueur de la lune. S’il est question pour nous de nous lancer à présent dans la fabrication du dit Moonshine, cela revêt un grand nombre d’aspects intéressants, depuis la conception des bouteilles (souvent des déclinaisons de pots de conserves) jusqu’à l’alcool lui-même (à base de maïs) en passant évidemment par la sculpture/alambic que nous aurons besoin d’élaborer.

Constantin Jopeck et Stéphanie Lagarde

Les égards ajustés

Le film “Les égards ajustés“ se situe au cœur du plateau de Millevaches, à la ferme de Lachaud, zone écologique effervescente qui met en lumière un “réseau inextricable d’affinités” entre les espèces (Darwin). Dans cet écosystème implanté sur un territoire de monoculture intensive de sapins Douglas naissent des rencontres, des alliances, des collaborations, des conflits, des protestations, des désertions, parmi les nombreux·ses acteur·rices et habitant·es du lieu. En déliant le fil des relations et dépendances entre le champignon fomes, le coléoptère taxi, ses acariens passagers, leur arbre hôte et le trou du pic noir squatté par la chouette tengmalm, le film “Les égards ajustés” navigue dans le réseau interconnecté qui lie les vivants et ouvre la possibilité d’un dialogue interespèce. Peu à peu “Les égards ajustés” propose de voir dans ces interdépendances le récit d’une guérilla multi-espèces naissante qui mènera ces communautés au refus de leur mise au travail. Grâce à l’utilisation et le détournement d’outils visuels scientifiques et cinématographiques (microscopie et endoscopie vidéo, imagerie multispectrale, drone), “Les égards ajustés” se rapproche des multiples spécificités biologiques et environnementales de certaines espèces, rend sensible leurs différentes stratégies d’occupation de l’espace et montre leurs relations d’interdépendances à l’intérieur d’un écosystème mis au travail par la surproduction capitaliste.

Lamia Joreige

Uncertain times

Le projet Uncertain Times implique la recherche, l'écriture et la production d'un ensemble d'œuvres couvrant la période entre la fin de l'Empire ottoman et le début des mandats français et anglais au Liban, Syrie et Palestine (1913-1920). Les accords Sykes-Picot, la déclaration Balfour, ainsi que la Première Guerre mondiale et la famine du Mont-Liban ont entraîné une transformation géographique, politique et sociale de cette région, et ont eu des conséquences majeures impactant encore nos vies aujourd'hui.

Katia Kameli

Stream of stories - Chapitre 7

Stream of Stories est une exploration des origines indo-orientales des fables de La Fontaine, qui commence en Inde et se poursuit en Iran pour finir en France. Le Pañchatantra, recueil de contes et d'allégories animalières à destination des princes, sera traduit en Perse sous le nom de Kalîla wa Dimna, puis en arabe pour être largement diffusé en occident par la suite. La Fontaine a reconnu s'être inspiré de la version indienne pour écrire ses fameuses fables.
 
Le processus de traduction est au cœur du projet, au même titre que l'intertextualité et l'iconographie. Il propose une analyse détaillée de ces mouvements textuels, en interrogeant des traducteurs et des historiens spécialistes des fables.  
 
Stream of Stories est composé de 6 chapitres. Les premiers chapitres (qui ont fait l’objet d’un soutien du CNAP en 2015 au titre de l’aide à la recherche) se penchaient sur les origines et les évolutions du Kalîla wa Dimna à travers diverses activations : installations, vidéos, ateliers et performances.
 
Ce nouveau chapitre vise à poursuivre l’investigation autour des manuscrits et créer un ensemble de tapisseries de grande taille  via la technique du tuftage, savoir-faire indien ancestral employé ici avec des outils innovants de tissage. Interprétation libre de ces œuvres qui ont tissé nos imaginaires, Stream of Stories – chapitre 7 créera un écho à la tradition pluriséculaire de la tapisserie d’Aubusson, dont la légende voudrait qu'elle soit d'origine sarrasine... 

A constructed World

Parler aux anguilles

A Constructed World propose deux évènements performatifs en Camargue (France) et à Comacchio (Italie) qui se dérouleront sur des bateaux adaptés (péniche, chaland) où cinq orateur·rices choisi·es s'adresseront aux anguilles – qui sont abondantes dans ces régions – par le biais d'un dispositif de parole que nous construirons à cet effet. A Constructed World propose ces deux itérations comme notre conclusion finale de "Parler aux Anguilles (explaining contemporary art to live eels)" commencé en 2004.

À travers ce dispositif de communication avec les anguilles en Camargue et à Comacchio, A Constructed World cherche à trouver un lieu d'accueil en France pour la partie finale de "Parler aux Anguilles (explaining contemporary art to live eels) 2018-2023", qui resterait en relation permanente avec le MUMA de Melbourne, prêt et enthousiaste à s'impliquer. Une archive réciproque et pratique de la conversation, de la parole, du contact, de la fugacité et de l'ignorance ou du défi du temps, qui peut être mise en œuvre sans effort. Grâce à une telle liaison géographique et temporelle, les conversations et les objets se trouveraient dans un échange illimité et ininterrompu. 

Sandrine Nugue

S—T, J—T & Autres Pirouettes

À travers une étude des archives et une création typographique, je souhaite mettre en lumière le travail de Jean-Étienne Despréaux, maître à danser de la fin du XVIIIe siècle. En particulier, le système de notation qu'il inventa en 1815, et qui est resté à jamais inachevé. Innovant et singulier, ce système a été conçu pour écrire et retranscrire la danse, à partir de lettres qu'il codifie et manipule.

Pierre Paulin

La robe

Dominique Petitgand

Les trois pointillés

Pour une exposition au Musée Réattu à Arles, «  Les trois pointillés » est une œuvre en trois parties : trois installations sonores in situ dans les salles de la collection du musée, trois dispositifs adaptés à la particularité des lieux et des acoustiques. Compositions avec voix, phrases, mots et syllabes suspendues dans le vide et le silence. Pour deux types d'écoute : une écoute flottante, environnementale et passagère qui laisse exister l’alentour et n’occupe pas totalement l’espace ni le temps (voix seules, pour deux premières salles, celles de la collection du musée) et une écoute immersive (voix ponctuées de courtes séquences musicales, pour une troisième salle, espace dédié et isolé).  Ces trois compositions proposent un long récit global, creusé par les silences et les ellipses, chavirant du familier à l’inconnu, au long d'un parcours porté par les voix, par leurs présences et leurs absences, leurs sollicitations, leurs suggestions.

http://dominiquepetitgand.art/les-trois-pointilles/

Simon Queheillard

Les petites cavités du langage

Il s'agit d'une installation / sculpture composée d’une série de moulages (2 x 12 pièces en porcelaine et en grès) de l'espace à l'intérieur de la bouche et de l'espace à l'intérieur de la main. Dans le creux de la main, ou du palais, ces deux espaces distincts et en relation désignent ce que j'appelle "Les petites cavités du langage". Ils ont en commun la propriété de s'ouvrir et de se fermer (formant une cavité), de renfermer le noir, et d'être corrélés au langage, qu'il soit écrit ou parlé. Les moulages doivent être réalisés à échelle 1, gardant un aspect assez brut, sans y appliquer d'émail. Les pièces sont ensuite présentées à la manière de pièces archéologiques naturalistes, sur le principe du muséum d'histoire naturelle. Au bord du langage, ces différentes parties du corps sont ainsi envisagées comme un pré-poème, préhistorique, morceaux de langage en formation, premier poème de l'histoire de l'humanité.

Caroline Reveillaud

Biomimético-Imago / Bivalve image sensible

Biomimético-Imago s’inscrit autour d’une figure particulière, celle du bivalve comme image en puissance. À travers le prisme des images, de leurs modalités d'apparitions aux questions statutaires qu’elles soulèvent, il s’agit de considérer ce mollusque en tant qu’image sensible (Cf: E.Coccia La vie sensible 2010 Payot-Rivages p.73-80), nous précédant et nous survivant. Suite à la découverte d’études récentes, j’ai constaté que cet animal pouvait faire image en plusieurs points. En paléontologie de nouvelles découvertes le montrent comme support d’expression humaine le plus ancien. Dans les champs écologique et géochimique on l’étudie comme archive des écosystèmes indicateurs des conditions climatiques passées. Dans l’histoire de notre modernité, il s’inscrit dans une économie marchande avec l’industrie du bouton de nacre du siècle dernier. Capsule allégorique et réceptacle de nos projections humaines, il cristallise au creux de ses deux valves les principes d’émergence des images. Sa nature indicielle nous permet de le dater. Sa nature symbolique fait de lui bijou, bouton, arme et outil. La multiplicité de ses formes et couleurs n’ajoute que magnificence à l’animal sibyllin. Théorie et prospections s’inscriront sur différents territoires et mettront en parallèle les sciences naturelles avec l’histoire de l’art, les sciences cognitives et esthétiques. Un livre et un film mettront en forme mes recherches formelles et théoriques, points de départ d’une série d’oeuvres visuelles.

Anne Laure Sacriste

Autour du verre

Iris Schiller

Enchevêtrement

Enchevêtrement est un projet vidéo, un récit évoquant le processus créatif à travers des mouvements de va-et-vient entre des univers parallèles. Dans la vidéo, deux protagonistes : un mannequin d’adolescente au corps androgyne et une femme. Le mannequin porte un masque de plâtre. Elles partagent le même espace clos. L’adolescente, par sa seule présence immobile, fait office de spectatrice passive. La femme s’agite dans l’espace, mesure les distances, extériorise la fragilité de sa chair, développe des geste répétitifs, démonstratifs, d’allure quotidienne. À un moment donné, la femme revêt un masque identique à celui du mannequin. Ce geste déclenche  un changement. Jumelées par leurs masques, debout côte à côte, le corps du mannequin semble étrangement aussi vivant que son double âgé. Son rôle est transformé, elle va se transporter dans un univers parallèle. Elle est désormais l’extension de la femme, son avatar dans l’autre monde. Là, elle trouve une mobilité. L’adolescente va explorer un univers dessiné, mais pour le rejoindre elle doit d’abord traverser un théâtre de petits objets. C’est une étape intermédiaire, une sorte de terrain de jeux peuplée de figurines, d’ustensiles, de racines enchevêtrées...  Débute un processus d’interaction entre l’adolescente et la femme, elle-même spectatrice de ce voyage, chacune demeurant toutefois dans son monde respectif. Un univers de dessins commence alors à apparaître, l’adolescente peut y accéder.

Roman Seban

Bertin et typographie, explorations

En 1967, Jacques Bertin (1918-2010), cartographe et créateur du Laboratoire de graphique au sein de l’EHESS, publie “La Sémiologie graphique. Les diagrammes, les réseaux, les cartes”. Ce traité fondateur de la pensée cartographique contemporaine explicite de manière théorique et pratique un ensemble de règles qui régissent la construction d’un système de signes ou langage permettant la traduction graphique d’une information. Bertin y définit 6 variables visuelles permettant de représenter visuellement toutes informations, sur des cartes ou des schémas par exemple. Dans les années 70, le designer graphique hollandais Jurriaan Schrofer (1926-1990) explore les liens entre les variables visuelles définis par Bertin et la création de caractères typographiques modulaires statiques. Dans le champ de la création typographique, la technologie récente des Variable Fonts permet à l’utilisateur de modifier à la volée, sur des logiciels de PAO, l’enveloppe d’un caractère, en général sa graisse, sa chasse ou sa cursivité. Dans le cadre d’une typographie modulaire, cette technologie permet de plus larges possibilités. En s'appuyant sur les principes développés par Bertin, ce projet a pour but la création de caractères typographiques modulaires variables. Il inclut une recherche historique par l'étude des archives de Schrofer à Amsterdam. L'enjeu est d'explorer les possibilités de transformations et d'amplitudes d'un caractère modulaire grâce aux outils de créations numérique et des variable fonts.

Barbara Sirieix et Aurélie Jacquet

Satellitium

Satellitium est un projet artistique orienté vers la réappropriation de connaissances de l’astrologie traditionnelle à l’aune des études féministes intersectionnelles, des queer studies et des disabilities studies. Il s’inscrit au sein des pratiques pluridisciplinaires contemporaines valorisant des savoirs anciens associés à la magie et de la sorcellerie impliquant des formes orales, performatives, graphiques et écrites. Nous travaillons en collaboration avec des artistes ainsi que des astrologues, sorcières, théoricien·nes, cuisinièr·es et jardinièr·es, entre autres. Dans le cadre de notre recherche, nous avons prévu de partir à la rencontre d’artistes et activistes des communautés queer et afroféministes étasuniennes ayant entamé des réflexions similaires en utilisant l’astrologie pour remettre en question les hégémonies, et qui ont également pensé leurs pratiques avec les théories de l’art et des minorités.

Ken Sortais

KEVIN contre SIATROCE

KEVIN est le personnage central d’une vidéo de 8.07 minutes réalisée à la frontière entre la fiction et le documentaire horrifique. On y découvre mon alter-égo masqué en satyre, semeur de trouble instable et marginal, maniaque et susceptible. KEVIN vit reclus du monde dans une cave, trou noir à l’allure de grotte, entouré de ses idoles. Lors de ses uniques sorties nocturnes, KEVIN traque les statues du domaine public qu’il n’hésite pas à casser pour s’en approprier certains fragments, rapportés et conservés religieusement dans son repaire. Ici, il élabore de curieuses compositions associant des parties de statues démembrées à de monstrueux monotypes empourprés: en résulte le projet d’installation KEVIN présenté dans l’espace Hors/les/Murs de Marseille en 2017, immersion dans l’univers fantasmagorique de mon personnage. 

KEVIN contre SIATROCE propose une suite à ses aventures en explorant la multiplicité du lien entre sculpture et vidéo: représentation de l’atelier du sculpteur, animation de la sculpture, désir et fétichisation. Dans ce deuxième opus, la sculpture gonflable en latex vient parasiter les expériences et le quotidien de mon protagoniste dans son atelier. La tendance entropique de la matière devient incontrôlable. Un processus de déstructuration total se met en marche, KEVIN et le décor se dilatent, annihilant les différences de nature entre son corps et l’espace, qui devient en quelque sorte sa continuité organique. KEVIN est absorbé.

Victoire Thierrée

Skunk (nom f : mouflette. L’odeur d une mouflette est difficilement supportable)

En 2019 - 2020, je réalisais un post-diplôme de recherche à L’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris sur E.A.T. (Experiments in Art & Technology). J’ai pu approfondir mes recherches avec l'aide de Christophe Leclercq, docteur en esthétique, qui m'a mis en relation avec July Martin, la veuve de Billy Kluver, qui a co-fondé E.A.T. avec R.Rauschenberg. Je me suis particulièrement intéressée à l’artiste expérimental américain, Robert Breer (1926 - 2011), membre de E.A.T, grâce au soutien de la galerie Gb Agency qui le représente. Le projet ‘Skunk’ s’inscrit dans la continuité de ce travail avec la réalisation de nouvelles recherches au Getty Research Institute, à Los Angeles, où sont conservées la plupart des archives de E.A.T.  et au MIT (Massachusetts Institute of Technology), à Cambridge, Massachusetts, pour effectuer des recherches plus précises sur M.Gyorgy Kepes (1906–2001), considéré comme le dernier disciple du Bauhaus moderne. Il créa le « Center for Advanced Visual Studies » au M.I.T. Technology and war où furent réalisées des formes innovantes de camouflage militaire durant la Seconde Guerre mondiale. Ses productions ont cristallisé les conflits concernant les connections entre le MIT et les militaires durant la guerre du Vietnam. En parallèle de ces recherches, je réaliserai un film hybride - entre documentaire et film expérimental - qui interrogera ma pratique d’artiste en lien avec les problématiques contemporaines liées aux conflits et à E.A.T. Ce film s’inscrira dans la continuité de mes deux premiers courts-métrages, ‘Birds of Prey’ (2018) et ‘Sans Lune’ (2021), sur les liens entre les technologies militaires, l’esthétique et la nature dans le contexte géopolitique et stratégique actuel mais également historique.

Moira Tierney

Steel Songs

Ce film se focalise sur l'expression artistique et politique d'un orchestre de Steel Pan trinidadien à New York.

Les musiciens puisent leur force dans leur musique : la pratique du Steel Pan est un cordon ombilical qui les relie au Trinité-et-Tobago. A travers l’élaboration d’un morceau novateur de musique de Steel Pan, se dessine la mobilisation des musiciens autour d'une composition orchestrale spectaculaire. Le film interroge comment une pratique musicale collective peut maintenir le lien avec le pays mère et comment les traditions de ce dernier s'adaptent aux contextes diasporiques. Le noyau du film est constitué par la relation entre cette musique vibrante et pleine d'énergie et l'histoire discriminatoire de laquelle elle est issue : comment la vitalité de la musique et la continuation de cette histoire se mêle, en dehors du pays, à Brooklyn. Les membres de l'orchestre racontent leurs histoires personnelles, autant que l'histoire de leur pays et de leur instrument. C'est en écoutant leurs expériences à l’échelle individuelle qu'on ressentira, avec eux, les suites de cette expérience historique complexe.

Julie Vayssière

Seuil

Adrianna Wallis

Collection de vides

En 2021, je découvre que ma famille a été spoliée par les nazis en 1941. Un passé que j’ignorais jusqu’alors. Après quelques recherches, j’ai eu accès à de longues listes d’objets disparus et réclamés à l’administration française au sortir de la guerre par mes grands-parents et arrière-grand-parents. Ils y décrivent avec minutie leurs objets : formes, matières, couleurs, dans l’espoir de se les voir restitués. Leurs appartements ont été vidés : plus de meubles, plus de tapisseries, plus de livres, plus de piano, plus “de couverture de piano en velours couleur gorge de pigeon”. Il ne restera qu’une “moquette trouée et tâchée”. Les documents que je consulte m’indiquent que tous leurs biens ont été “anéantis” ou dispersés dans différents pays.

Le tragique et la poésie de ces listes m’ont beaucoup touchée, mais c’est surtout leur capacité à faire exister un manque et la résonance de la situation avec mon travail sur la mémoire, l'oubli, les objets et les mots qui m’ont interpellée. Le fait de nommer ce qui est absent semble faire exister à la fois l’objet et le vide qu’il a laissé. 

Je vais partir de cette histoire familiale, ou plutôt ce tabou familial, pour produire un travail plastique qui s’appuie sur ces questions de présence et d’absence, et propose une lecture plus universelle de notre rapport au manque, en explorant notamment l’univers de la restauration. Mon cheminement s’alimentera de rencontres, de visites, de déambulations et d‘enquêtes. 

Dernière mise à jour le 21 juin 2022