Session 2 - 2016

Lauréats des bourses de recherche curatoriale du Cnap
Erica Baum, Untitled (I Have Information), 1996

Erica Baum, Untitled (I Have Information), 1996 (FNAC 2014-0128) 

Pour la seconde année, le Centre national des arts plastiques a lancé un appel à projet international pour l’attribution de bourses curatoriales visant à engager une recherche en lien avec les œuvres inscrites sur l’inventaire du Fonds national d’art contemporain.

Trois projets ont été retenus :

« L’histoire des femmes dans la collection du Cnap » par Liberty Adrien

Ce projet de recherche curatoriale consiste à réécrire l’histoire de la collection au prisme des acquisitions d’œuvres de femmes artistes et des commandes publiques passées à celles-ci. Savons-nous quelle fut la première œuvre féminine acquise par la République française ? Avons-nous connaissance du nombre d’œuvres d’artistes femmes présentes dans la collection du Cnap ? Cette collection créée au XVIIIe siècle, retrace, par ses acquisitions, ces divers positionnements et mouvements de balancier de la période révolutionnaire à nos jours. La place des femmes dans l’histoire de l’art, qui varie en fonction des systèmes culturels, et la figure de la femme artiste, confrontée à l’histoire socio-politique, seront au centre de cette recherche. En tentant de définir la course d’obstacles à laquelle se sont livrées les femmes artistes, le projet vise à découvrir l’impact de l’émancipation des femmes et du féminisme sur les arts, de 1791 à nos jours. Les influences morales, sociales et politiques des luttes de libération sont-elles visibles dans l’histoire de la collection du Cnap ? Le cours temporel des acquisitions et des commandes d’État reflète-t-il l’histoire des femmes artistes en France ?

Liberty Adrien est curatrice, diplômée de l’École nationale supérieure des Arts Décoratifs de Paris (ENSAD). Elle vit et travaille entre Paris et Hambourg, où elle a fondé la galerie Âme nue, un espace dédié à l’art contemporain et plus particulièrement à la scène émergente.

> Galerie Âme nue 

« L’Introduction et l’amplification du vivant dans la collection du Cnap » par Alexandra Fau

La recherche sur l’introduction et l’amplification du vivant dans la collection du Cnap est sous-tendue par la fétichisation de l’intensité, cette grande idée moderne. Elle s’exerce par des forces invisibles autour des objets, ou par des expériences inédites visant à dépasser la représentation par le choc de la mise en présence des choses et enfin par de longs processus de décantation, de transformation, de pétrification et/ou de disparition. L’introduction du vivant dans la collection du Cnap est un
« dépaysement », une invitation au repositionnement institutionnel face à la critique implicite dès les années 1960 du musée-mausolée. Comment le Cnap a t-il été appelé à transformer sa politique d’acquisition pour rester fidèle à des process et soutenir des activités transitionnelles qui peuvent faire surgir l’art où on ne l’attend pas ? Quelle place occupent dans la collection les œuvres à protocoles, les formes fragiles, instables, des gestes quotidiens, inqualifiables pour le vocable communément admis en art contemporain, tant elles sont proches du soin. Les œuvres à vivre sont étrangement tiraillées entre une exigence d’intensité et un désir d’inefficience. Elles oscillent entre l’insignifiance d’objets trouvés et la préciosité d’un trésor. La plupart sont passées dans le flux de l’ordinaire, dans une « zone » où le mot « œuvre » ne scelle plus le destin d’une pièce. Les productions artistiques peuvent tout aussi bien être le résultat d’un choix indifférencié. Se résoudre à être des objets sans impatience qui se déplacent hors du temps. La recherche sur l’introduction et l’amplification du vivant dans la collection du Cnap invite à embrasser le spectre large de la création. L’étude se concentre sur la capacité de l’institution à soutenir une pensée vivante de l’art, devenir un partenaire de choix pour les artistes et maintenir cette « électrisation » dans le rapport à l’œuvre.

Alexandra Fau est commissaire d’expositions, critique d’art et enseignante en histoire de l’art. Elle a organisé plusieurs expositions sur les relations entre art et architecture (« Architecture invisible ? », « Architecture au corps », « Chez soi »), et art et design (« La tyrannie des objets »). La question de la narration est également au cœur de chacun de ses projets (« Micro-fictions », « L’archéologie, un mythe contemporain »). Elle a présenté à plusieurs reprises la scène artistique française en Russie (« Philosophers and workers » pour l’année France-Russie 2010, Biennale de Moscou 2011, et « The Contemporary French painting, combinations of history » au centre d’art de Permm).

> Site Internet d'Alexandra Fau

« Portrait(s) de l’artiste en artiste(s) » (titre provisoire) par Matthieu Laurette

Portrait(s) de l’artiste en artiste(s) (titre provisoire) se veut une exploration de la figure de l’artiste dans la collection du Cnap depuis ses origines. Entre regard d’un artiste sur ses pairs et collection(s) de portraits, visant à identifier au sein d’une collection spécifique, les différentes typologies de représentation de la figure de l’artiste, ce projet curatorial d’artiste prendra forme « de » et « par » la recherche et l’immersion au sein de l’ensemble des collections tant "historique" (1791-1904), que "moderne" (1905-1960) et "contemporaine" (1961 à nos jours), sans s’attacher particulièrement aux médiums, mais en cherchant à identifier les différentes typologies de représentation de la figure de l’artiste. Le corpus d’œuvres envisagé comprendra autant de typologies de représentation de la figure de l’artiste que possible, au sein de cette collection composée de plus de 100 000 œuvres. Ces typologies aborderont les aspects de la représentation de l’artiste du point de vue économique, historique, biographique, documentaire, sociologique, philosophique, matériel, pragmatique, rhétorique ou encore sémantique.
 
Matthieu Laurette (né en 1970 à Villeneuve Saint Georges), est un artiste français qui travaille avec une variété de médiums comme la télévision, la vidéo, l’installation ou encore des interventions dans l’espace public. Laurette utilise des stratégies diverses pour explorer les relations entre art conceptuel, Pop Art, Institutional Critique, économie et société contemporaine. Son travail a été exposé au Solomon R. Guggenheim Museum, New York (1998), à l’ICA, Londres (1999 et 2003), à la 49ème Biennale de Venise (2001), au Castello di Rivoli, Turin (2001), aux Deichtorhallen de Hambourg (2002), à l’Artsonje Center, Séoul (2002), au Palais de Tokyo, Paris (2003 et 2006),  à P.S.1., New York (2005), au Museum of Contemporary Art, Sydney (2006), au MoMA, New York (2007), au MNAM – Centre Pompidou, Paris (1997, 2000, 2004, 2007, 2009), au Mac/Val, Vitry-sur-Seine (2012, 2015, 2016), au Museo La Tertulia, Cali (2013), à Parallel, Oaxaca (2014), au Van Abbemuseum à Eindhoven (2015), au FRAC Haute-Normandie, Rouen (2016) et au Museo Experimental El Eco, Mexico D.F, Mexico (2016).

> Site Internet de Matthieu Laurette 

Le jury

Le jury était composé de Étienne Bernard, directeur du Centre d'art contemporain Passerelles à Brest, Mathilde Roman, docteur en arts et sciences de l'art et critique d'art et Émilie Pitoiset, artiste et enseignante ainsi que de Yves Robert et Sébastien Faucon du Cnap.

Dernière mise à jour le 2 mars 2021