Schizophonie

Exposition
Arts plastiques
La synagogue de Delme Delme

Sharon Hayes
An Ear to the Sounds of Our History, 2011
167 vintage record covers
Dimensions variable
Unique 
(HAYES-2011-0034)

 

Schizophonie explore les histoires de la musique, du son et de la voix telles que relues et écrites par des artistes. De la partition géopolitique de Latifa Echakhch aux leçons de funk d’Adrian Piper, en passant par le concert du groupe formé à Delme par Hiwa K, les œuvres présentées dans Schizophonie s’attachent à dessiner diverses généalogies musicales et phoniques.

Aussi, les artistes invités ont en commun leur intérêt pour l’archive sonore : ils collectent, réaniment et génèrent des enregistrements – soient-ils marginaux, populaires, politisés ou encore dormants – tout en s’interrogeant sur les modalités de leur circulation.

 

Le titre de l’exposition reprend le terme inventé par le compositeur et théoricien canadien R. Murray Schafer pour décrire la « scission entre un son original et sa transmission ou sa reproduction électroacoustique ». Dans son ouvrage Le paysage sonore (1969), Murray Schafer explique que la schizophonie « implique simultanément des questions liées à la musique, à l’argent, à la géographie, au temps, à la race et à la classe sociale. » Il mentionne encore qu’il tenait à utiliser un « mot nerveux », volontairement relié à la schizophrénie : « Je souhaitais véhiculer le même sentiment d’aberration et de drame. » Si les sons, les musiques et les voix sont des voyageurs intemporels, quelles transformations les différents contextes politiques, culturels et sociaux impriment-ils sur leur écoute et leur réception ? Et quarante ans plus tard, quelle est l’étendue de l’aberration évoquée par Murray Schafer ?

 

Deux oeuvres produites spécifiquement pour l’exposition abordent les pérégrinations de la musique, ainsi que les questions d’auteur et d’écriture. Eileen Simpson et Ben White (qui travaillent ensemble en tant que Open Music Archive) questionnent les associations entre l’ethnomusicologie classique et les histoires orales à l’ère digitale. Le duo a utilisé comme source L’anthologie de la musique folk américaine en trois volumes publiée par Harry Smith en 1952, à partir de laquelle il a développé une taxinomie de variations, de versions et de remixes de chansons.

En retraçant les origines et les adaptations ultérieures des titres répertoriés par Smith, les artistes explorent, dans leur installation vidéo et graphique, les relations entre la propriété intellectuelle et la tradition folk, typiquement sans auteur et orale.

 

Poursuivant sa recherche autour des « conflits de basse intensité », Franck Leibovici propose, à l’occasion d’une nouvelle séquence de son « mini-opéra pour non musiciens », une enquête sur les chants de propagande que ces conflits engendrent. Matériaux habituellement méprisés, ou du moins laissés pour compte par les politologues, ils sont pourtant une preuve extrême explicitant le quotidien réel de ces conflits. Circulant le plus souvent sous la forme de vidéos You Tube, ils ont une durée de vie relativement courte. En utilisant le format des anthologies des standards de jazz, les Real Jazz Fake Books, Franck Leibovici transforme ces mp3 éphémères en partitions musicales, pour inscrire dans le régime de l’écrit, et donc de l’étude, ce qui agissait jusqu’alors oralement.

 

Ces deux nouvelles productions sont présentées en regard d’oeuvres existantes qui explorent plus avant les connections entre représentation et subjugation, voix libres ou bâillonnées, archives perdues et vagabondes, héritages musicaux fragiles et éthique du field recording. Ces oeuvres incluent People to be Resembling (2012) de The Otolith Group, un essai filmé qui déploie la géographie sonore du premier album du trio jazz Codona, publié en 1978. Sur le mode de l’assemblage, An Ear to the Sounds of Our History (2011) de Sharon Hayes compose une histoire visuelle du discours engagé à partir de couvertures d’albums de spoken word politique produits, distribués et influents aux Etats-Unis et bien au-delà, entre 1948 et 1984. Les « cartes de voix » de Lawrence Abu Hamdan, intitulées Phonèmes en conflit (2012), sont conçues quant à elles à partir des méthodes utilisées par les départements d’immigration européens pour analyser l’accent d’une personne, afin d’établir son éligibilité comme demandeur d’asile.

 

Le soir du vernissage, Schizophonie ouvre avec un concert des Chicago Boys, à la fois groupe de reprises musicales et de recherche, constitué par Hiwa K à Delme avec des musiciens et des non-musiciens rencontrés sur place, au cours d’une résidence de quatre semaines.

Tarifs :

entrée libre

Commissaires d'exposition

Partenaires

L'exposition Schizophonie bénéficie du soutien de Fluxus, Fonds franco-britannique pour l’art contemporain. Merci au Centre Pompidou – Metz et au 49 Nord – 6 Est Frac Lorraine pour leur aide dans le cadre de ce projet. Le centre d’art bénéficie du soutien du Ministère de la Culture et de la Communication-DRAC Lorraine, du Conseil Régional de Lorraine, du Conseil Général de la Moselle et de la commune de Delme.

Horaires

mercredi-samedi : 14h-18h dimanche : 11h-18h fermé du 21 décembre au 3 janvier inclus visite commentée tous les dimanches à 16h visite avec Marie Cozette, directrice du centre d'art, dimanche 26 janvier à16h

Adresse

La synagogue de Delme 33 rue Poincaré 57590 Delme France

Comment s'y rendre

Dernière mise à jour le 2 mars 2020