Roee Rosen, lauréat du Prix du Cnap au FIDMarseille 2020

Palmarès de la 31e édition du festival
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Extrait du film Explaining the Law to Kwame de Roee Rosen

Roee Rosen, Explaining the Law to Kwame, 2020

Roee Rosen est le lauréat du prix du Cnap de cette 31ème édition du festival FIDMarseille pour son film Explaining the Law to Kwame.
Le prix du Cnap, créé en 2015 en partenariat avec le FIDMarseille, est attribué à un réalisateur français ou étranger. Ce prix est décerné à une œuvre au sein de la sélection officielle du FIDMarseille, et vise à récompenser la dimension expérimentale de sa conception, sa réflexivité et ses capacités à questionner le monde et sa représentation.

Pour cette édition 2020, l’artiste et réalisatrice Maïder Fortuné était co-désignée par le Cnap et le FIDMarseille, pour remettre le Prix du Cnap et le Prix Premier, en compagnie de Violeta Buva, programmatrice et productrice et de Miguel Dias, directeur artistique de Vila Do Conde.

Une mention spéciale est attribuée aux films Forensickness de Chloé Galibert-Laîné et Soon it will be dark de Isabell Heimerdinger.

Deux films précédemment soutenus par le Cnap au titre du dispositif Image/mouvement étaient également en sélection officielle cette année :
- le film de Lech Kowalski, C'est Paris aussi, qui a bénéficié en 2017 d'un soutien du Cnap pour le développement a reçu le Grand Prix de la Compétition française ;
- le film de Thomas Bauer, Barrage d'arrêt fixe et fermé au niveau du carrefour Hamdalaye, qui a bénéficié en 2019 d’un soutien du Cnap pour la post-production, a reçu une mention spéciale du Prix Georges de Beauregard en Compétition française.

> Retrouvez le palmarès 2020 dans son intégralité sur le site Internet de FID Marseille.

Synopsis de « Explaining the Law to Kwame » de Roee Rosen

Israël / 2020 / Couleur / HDV, Stereo / 23’

Ce film bref fait partie d’un travail en cours, Kafka for kids (Kafka pour les enfants), série, supposément pour la télévision, adaptation de La Métamorphose. S’y mélangeront, à la manière de The Dust Chanel (FID 2016), animation, parties jouées, comédies musicales, etc. Roee Rosen, on le sait depuis le chef d’œuvre explosif Les Confessions (FID 2008), et cela n’a fait, pour notre plus grand bonheur, que se confirmer, refuse de se tenir dans les cadres fixés, brouille les lois des genres et ne redoute pas jusqu’au scandale. Plus austère cette fois, le dispositif. Devant un auditoire de jeunes adultes à l’attention fluctuante, une conférencière spécialiste du droit des enfants fait un exposé sur la question de l’âge de la responsabilité pénale décrété, d’une part, pour des citoyens israéliens et, d’autre part, pour des ressortissants palestiniens. Extraordinaire Hani Furstenberg, qui faisait déjà briller des feux éclatants de la violence comique Hilarious (2010), son monologue glisse cette fois, et son jeu avec, de considérations politiques de l’histoire du droit israélien à des révélations autobiographiques sur l’état de son corps de femme et ses fantasmes érotiques. Dans ce mouvement d’analyse de la loi, contaminée petit à petit par l’exaspération charnelle, c’est un discours de critique politique qui s’avance en même temps que son insuffisance et sa dissolution. Magnifique morceau d’anthologie, Explaining… ramasse le meilleur de la torsion que sait toujours exercer au plus retors Roee Rosen.
(
Jean-Pierre Rehm)

Synopsis de « C'est Paris aussi » de Lech Kowalski

France / 2020 / 58'

Lech Kowalski nous aura, de longue date, habitués aux mouvements. Ceux de la rue, des punks, des fétichistes, de sa mère, des paysans polonais, des grévistes : la liste est longue, c’est celle, presque sans fin, d’une humanité reléguée. Mais est-ce une habitude ? Surtout pas, l’effet plutôt d’une caméra restée indomptée. Et nous, soumis à ses ruades, à ses roueries, à ses rébellions, à ses rages, à ses cris du cœur, on en prend plein les yeux et ça fouette l’âme. Cette fois encore, l’idée est simple : faire le remake d’Un américain à Paris. Mais, précisons, en guise d’ « américain », ce sera un Indien, casquette de baseball arborant le slogan : « native pride » ; et en guise de Paris, ce sera ces « zones », aux bords de routes de la capitale, traversées de sans-abris, de migrants venus du monde entier. Y danse-t-on ? Ça se peut. Un boxeur croisé à la soupe populaire ne cesse de parler en bougeant façon shadow boxing. Et puis notre native, il marche, il ne cesse de mettre une basket devant l‘autre, pressé, toujours dans l’urgence à se déplacer, presque à courir. Et aussi, la caméra de Lech, chien fou, fait de brusques panoramiques sans motif, quitte son sujet, cherche un cadre plus vaste, le ciel, les routes. Ici, rien ne tient en place, et ce n’est pas la moindre des surprises que d’écouter l’Indien parler des conditions de vie des migrants qu’il croise comme l’image exacte de celles que son peuple, avant de presque disparaître il y a bien longtemps, a connues. C’est sans doute cette liberté de circuler dans la cruauté qui autorise un final qu’on taira ici, déplacement supplémentaire et refus d’assignation. C’est Kowalski, à nouveau.
(
Jean-Pierre Rehm)

Synopsis de « Barrage d'arrêt fixe et fermé au niveau du carrefour Hamdalaye » de Thomas Bauer 

Guinée, France / 2020 / 70'

Conakry, Guinée. Le 28 septembre 2009, lors du premier tour des présidentielles, la garde prétorienne d’élite se livre à un massacre dans le Stade du 28 septembre. 2010, à la veille du second tour, dans un contexte tendu, de nombreuses exactions sont commises, notamment dans les faubourgs, à Hamdalaye. 2018, Thomas Bauer y rencontre un groupe de jeunes plaignants. Et cette petite troupe d’organiser des répétitions afin de se préparer à un hypothétique procès. Juger, enquêter ? L’enjeu ici est autre : comment dire l’Histoire, ses faux semblants. Ce sera d’abord une terrasse couverte transformée en une scène dont ils sont les seuls acteurs et spectateurs. Faux huis-clos, la ville visible en contre-bas. Il faut reprendre, ajuster, trouver les mots, s’adapter à la rhétorique judiciaire en français : « il ne faut pas..», « tu dois…». Cette troupe de circonstance se prête au jeu d’inscrire du commun, comme le suggèrent ces lignes tracées au mur, à la manière d’une portée dans l’attente d’une partition. Dans ce décor de fortune, un drap blanc agité par le vent, quelques costumes en contrepoint aux uniformes militaires – casquettes, barrettes – atours pour d’autres jeux, d’autres rôles. Question de régime de représentation, et mouvement de vrille, ce procès de fiction ouvre sur un pas de deux de l’Histoire. Alors que dehors, en forme de contre champ et de réminiscence, surgissent là le stade, ici une troupe d’improbables chanteuses, le Palais du peuple déserté, et que restent en mémoire la présence d’ONG évoquées au détour des répétitions, ou ce dénommé De Gaulle sans cesse invoqué. Se devinent alors d’autres jeux et emboîtements souterrains. Où le procès de substitution qui prend corps sous nos yeux renvoie en miroir à d’autres théâtres politiques et laisse poindre d’autres nouages.
(
Nicolas Feodoroff)

Dernière mise à jour le 14 octobre 2020