Marie Ouazzani et Nicolas Carrier, Soleils sensibles

Projet soutenu par le Cnap
Exposition
Arts plastiques
Galerie C — Contemporary Art Paris 03
Marie Ouazzani & Nicolas Carrier, «Cité Palmiers 015» 2021-2022

L’art de la flânerie est associé à la ville de Paris depuis des siècles. Bien que sa signification ait varié au fil du temps, il a toujours été lié à l’idée de déambuler le long des boulevards dans un désir de vivre la modernité, la vie industrialisée et urbaine. Observateur attentif du paysage urbain, le flâneur prend le temps de remarquer ses moindres détails et de s’interroger sur ses curiosités. Il est intéressant de noter que cette pratique peut être liée à une science beaucoup plus ancienne, dont l’oeuvre la plus importante a survécu de l’Empire romain à l’histoire moderne : l’Historia naturalis (Histoire naturelle) de Pline l’Ancien. Dans cette encyclopédie, l’auteur a consigné un nombre infini de détails incroyables sur son époque, de la vie à la science, en passant par les arts, les artefacts et au-delà. L’influence de la curiosité intellectuelle de Pline l’Ancien et de la fascination des flâneurs pour l’espace urbain se retrouvent dans les oeuvres de Marie Ouazzani & Nicolas Carrier. On imagine aisément le duo artistique en explorateurs urbains du Grand Paris, arpentant les avenues cherchant à comprendre les strates qui les composent, tout en captant les traces du déclin de l’architecture moderne des années 1970 et des cités radieuses. Si nous devions entreprendre une exploration approfondie de l’Île-de-France, quels détails figureraient dans le livre d’histoire naturelle de notre millénaire ? Quelle végétation remplirait les pages de l’herbier du Paris du XXIe siècle ?

Dans la première exposition Soleils sensibles de Ouazzani Carrier à la Galerie C, trois oeuvres entrent en dialogue : une série de photographies, une vidéo et une installation d’infusion. Présentée en diptyque, la série de films instantanés Cité palmiers apparaît comme une cartographie visuelle de palmiers placés devant des immeubles et disséminés dans la ville de Paris. Cette série interroge les raisons de l’importation de l’exotisme, celle d’une possible volonté de nous faire rêver d’un monde éloigné de notre quotidien, d’afficher certains signes de richesse ou ceux hérités de notre passé colonial. Dans ces oeuvres, Ouazzani Carrier se sont emparés du médium de la photographie dans toute sa finesse. Le matériau, ces petites images instantanées, et l’objet photographié, ces palmiers solitaires déplacés de leur environnement naturel et transplantés dans la ville, partagent une certaine fragilité. Saviez-vous qu’un film instantané capte le temps qu’il fait au moment où l’image est prise ? Ces variations saisonnières apparaissent dans les photographies du duo, où les ciels sont rendus avec une teinte rosée lorsqu’elles ont été prises en été ou une teinte bleutée en hiver. Les images instantanées finissent aussi par disparaître, victimes du temps qui passe et des procédés chimiques qui ne peuvent les conserver indéfiniment. Cette fragilité de la matière, du corps humain et végétal trouve un fort écho dans la seconde oeuvre de l’exposition. Dans la vidéo Maisons avocats (11:41 min), un homme fait pousser des avocatiers dans un appartement sombre. Situé dans un temps apparemment futur, le film montre le protagoniste prenant soin de ses pousses et les plantant dans un environnement rempli de voitures sous la chaleur d’un soleil étouffant. Le vocabulaire botanique et la poésie des mots - au coeur de nombreuses oeuvres du duo - révèlent lentement l’importance de cette rencontre. Alors que son corps s’occupe de la plante, la plante l’aide à survivre.


Réunis autour de deux infusions d’intensité différentes d’une plante à fleurs jaunes appelée Souci, servis dans deux thermos en inox qui semblent tout droit sortis d’une réunion de bureau installés sur des constructions en parpaings et en dalles de pierre, les spectateurs se rencontrent et échangent. Cette troisième oeuvre participative Grands soucis puise une nouvelle fois dans le vocabulaire de la forme et des objets de notre quotidien et pourrait être un clin d’oeil au monde de la surproductivité. Le temps est venu de faire une pause et d’observer de manière critique la réalité de l’environnement qui nous entoure. Les oeuvres de Ouazzani Carrier sont autant de reportages modernes qui questionnent notre rapport à la nature, au paysage et à la vie urbaine ainsi qu’à la pensée écologique contemporaine.


Liberty Adrien

Commissaires d'exposition

Partenaires

Avec le soutien aux galeries/exposition du Cnap 

Adresse

Galerie C — Contemporary Art 6 rue Chapon 75003 Paris 03 France
Dernière mise à jour le 17 mai 2022