Pérennité passagère

Exposition
Arts plastiques
Les Roches Espace d'art contemporain - 43400 Le Chambon-sur-Lignon

Sur la pointe d’une herbe

Une matière, une simple matière noire, à ressentir, à vivre. Non pas un gouffre mais une matière paradoxalement opaque et fluide. Puis une impression de profondeur d’où se détache des ombres noires aux tonalités variées. Des bruits aux sources confuses.

Cette profondeur laisse place, peu à peu, à une sensation d’immensité où chaque son détient sa place, éclot là où il faut quand il faut. L’obscurité nous enveloppe. Nos sens sont en éveil captant avec minutie les moindres variations. Au fur et à mesure que le temps s’écoule tout se fait plus précis. On entend, on voit mais surtout on ressent le crépitement du feu, les gestes consciencieux d’Atsunobu Kohira pour l’attiser et le raviver, l’huile essentielle s’écoulant goutte à goutte. Les échelles s’inversent, le temps se dilate. La nuit devient une matière nous permettant de mieux voir, de ressentir ce moment d’immédiateté pérenne, de vivre l’œuvre.

 Sur la pointe d’une herbe
devant l’infini du ciel
une fourmi.     Hôsai

En 2012, j’écrivais qu’« il est souvent question, […], du geste en tant qu’acte chez Atsunobu Kohira : geste de peintre (proche des réflexions des peintres zen japonais, de Jackson Pollock…), geste de musicien, geste de captation, geste d’artiste du XXIème siècle en lien avec son temps et le passé et surtout geste de sculpteur dans la continuité des réflexions de Guiseppe Penone. L’enregistrement de paysages du temps, l’utilisation du son, la mise en évidence de la pensée de la matière sont avant tout des actes de sculpteur. » L’expositionPérennité passagère est dans cette continuité. Tout est question de geste.

Errance libertaire des gestes et du regard. Le souhait de ne pas tout programmer, de ne pas concevoir au préalable démontre la volonté de l’artiste d’expérimenter, de vivre l’instant sans l’avoir préparé. Il se concentre sur ce qui est là, à la fois éphémère et éternel.

Il réalise un instant-œuvre de moments-témoins. Pour capter un simple rien fondamental ou des mouvements invisibles, il doit trouver le bon point de vision, de sensation qui lui permettra de les enregistrer dans leurs moindres détails pour mieux les déceler. Atsunobu Kohira recherche la nature fondamentale des éléments. Les parties superflues sont retirées, la beauté et la préciosité naturelle environnante sont ainsi révélées, montrant ce qui nous entoure tel que c’est. L’artiste détecte un terreau propice à la prise de conscience de nos sens. Atsunobu Kohira saisit pour restituer une réalité à partir d’une expérience directe. L’expérience permet de recevoir. L’œuvre finale permet d’exprimer le résultat quel qu’il soit. L’inattendu est moins un obstacle qu’une façon d’approfondir le sujet.
Atsunobu Kohira n’entend pas fixer les choses mais les révéler. Le moment vécu, puis sa trace, sont privilégiés. Sound in the glass est justement l’empreinte d’une expérience où le souffle de l’artiste dans une trompette créa et modula une boule de verre. Le son n’est pas figé mais exposé. L’immédiateté est restituée.
Afin que l’on ressente chaque élément qui nous entoure Atsunobu Kohira met en valeur des donneurs de sensation. L’artiste saisit, laisse flotter pour dévoiler. L’hydrolat des alentours est diffusée dans l’Espace d’art contemporain Les Roches qui baigne ainsi dans l’odeur des forêts environnantes.
L’environnement est évoqué, une mise en abyme est proposée. L’artiste et le visiteur partagent, ressentent un même espace. Nous sommes convoqués au plus près de notre palette sensible pour « compléter » l’œuvre. Des sensations éclosent. Il se dégage un sentiment d’ouverture à l’insondabilité des choses que nous avions laissées de côté.
Les gestes sont ici tout aussi importants que la présentation finale. Le carton d’invitation est un des détails d’une gravure tirée à 125 exemplaires par l’artiste lui-même. Pour Herbier du Chambon-sur-Lignon l’artiste a choisi des plantes, des branches qu’il a ramassées, coupées. Puis il les a fait sécher et en a de nouveau sélectionnées. Nous retrouvons ces dernières présentées sur les vitres d’Eac Les Roches et dans des photogrammes. Dans sa quête d’améliorer la visibilité de l’imperceptible Atsunobu Kohira a réalisé un nouveau paysage du temps. La poudre de graphite vient révéler le son enregistré pendant la durée du temps de pause photographique.

Atsunobu Kohira suggère et sollicite les mouvements frémissants de la partie et du tout. Son travail nous réapprend l’infinie diversité de la nature bien vivante et agissante. Prenant ainsi conscience de la biodiversité dont nous faisons partie, ce qui nous renvoie à notre propre responsabilité face aux catastrophes naturelles. Ses œuvres aiguisent nos sens, affinent notre regard, ajustent nos perceptions. L’œuvre d’art ne se résume pas, ici, à l’objet et à sa présentation elle est aussi les gestes, l’expérience et tout ce qui a pu se ressentir à ce moment-là.

Leïla Simon

Complément d'information

Site de l’artiste :
http://atsunobukohira.wordpress.com/

Site de la commissaire d’exposition :
http://leilasimon4.wix.com/commissairedexpo

Commissaires d'exposition

Artistes

Horaires

Du 15 juin au 31 août 2014 En juin ouvert tous les week-end de 15h à 19h et sur rendez-vous. En juillet et août ouvert tous les jours de 15h à 19h.

Adresse

Les Roches Espace d'art contemporain - 43400 43400 Le Chambon-sur-Lignon France

Comment s'y rendre

En voiture : De Saint-Etienne (42) prendre la direction de Firminy puis de Tence et du Chambon-sur-Lignon. De Valence (26) prendre la direction du Puy-en-Velay (43)puis du Chambon-sur-Lignon. Dans Le Chambon, prendre la direction du golf ; Les Roches sont à 2 kms du centre sur la droite. En train : s’arrêter à la gare de Saint-Etienne Châteaucreux, puis prendre un autocar de la compagnie Armand Tourisme.
Accès mobilité réduite
Dernière mise à jour le 2 mars 2020