PAULINE CURNIER JARDIN

A LA FICTION COMME A LA FICTION, DEUX FILMS DE GUERRE DE PAULINE CURNIER JARDIN
Exposition
Arts plastiques
Galerie du Granit Belfort

« Les méthodes et procédés que Pauline Curnier Jardin développe pour les deux films, présentés au Granit, se ressemblent sans être identiques. L’idée d’une « scène » au sens d’un devenir-représentation en est le point focal. Si le devenir-farce de l’histoire suppose que certains ne peuvent pas ou ne veulent pas reconnaître sa dimension de reprise, c’est à dire sa dimension artificielle et artistique, nous pouvons effectivement en regardant ces films, rire avec l’histoire. Le charme nostalgique du réalisme est brisé, il est réduit à un tour de passe-passe ou à un numéro de bonimenteur. Les corps des acteurs n’incarnent plus des personnages au regard du public, ils sont habités, hantés, obsédés par l’histoire elle-même.
Dans « Cœurs de Silex » certains lieux du Noisy-le-Sec contemporain forment le décor d’une série d’interactions improvisés entre acteurs-stéréotypes. Ils incarnent des aspects particuliers de la seconde guerre mondiale (l’occupation, la collaboration, la résistance ...), mais aussi des aspects mythiques et universels qui sont la matière de toutes les histoires (la sorcellerie ! la trahison ! les conflits de générations !). Le « déguisement respectable » dont parle Marx n’en est plus un, car la tenue et l’attitude de ces acteurs ne respecte plus rien et surtout pas l’histoire qui les a vu naître. Peut-être que ces humains et leurs uniformes ne sont pas des produits de l’histoire mais plutôt ses rejetons, gardés tant bien que mal à l’écart, en état de marche certes, mais rafistolés au point d’être dévidés de toute substance ancienne. Ou bien ils représentent la manière la plus actuelle dont nous matérialisons l’histoire – à partir de rumeurs, de vieilles photos mal reproduites, d’histoires familiales racontées autour du cinquième verre ... (le survêtement, la substance de notre époque).
Dans « Blutbad Parade » nous voyons une des « scènes de l'histoire » les plus anciennes prendre le premier plan. Il s’agit de la piste de cirque qui apparaît sous l’égide d’une troupe fantôme revenu de 1916. Pas tout à fait la bienvenue dans notre époque, cette troupe ne peut pourtant pas disparaître, subissant le syndrome de tous les fantômes. Son spectacle reflète celui d’une industrie culturelle qui réanime et de révoque sans cesse les thèmes du passé afin de les opposer au moment présent (« ce que l’histoire peut nous apprendre ») ou d’assouvir notre désir de nostalgie (« pourquoi nous ne voulons rien apprendre de l’histoire »). Ici, le culte de la mémoire et le travail du deuil semblent se contredire : Tant que nous n’aurons pas appris la leçon de l’histoire les morts ne resteront pas en paix. Les enfants de 1916 sont propulsés sur scène encore et encore pour se chauffer au prochain spectacle. »*


Touchant à toutes les techniques (dessin, photographie, film, chanson, performance, installation) Pauline Curnier Jardin tend vers la création d'une œuvre d'art totale en explorant comme un médium d'art plastique l'univers des arts de la scène. Les histoires qu'elle incarne sont d'un style rocambolesque, leurs quêtes et leurs ambitions jamais épurées, mais livrées dans un dédale narratif, une sorte d'aventure de la recherche déployée dans un film épique et braque, « un rapiècement narratif pour conscience altérée ».

 

*Extrait de « Cœurs de Silex » et « Blutbad Parade », deux films de guerre de Pauline Curnier Jardin Un texte de Jakob Birken, traduit de l’allemand par Tobias Haberkorn

Tarifs :

Entrée libre

Complément d'information

Pauline Curnier Jardin est née en 1980, elle vit et travaille à Amsterdam, où elle est en résidence à la Rijksakademie. Elle est diplômée de l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris, de l’École Nationale Supérieure d’Arts de Cergy et d’un M.A art et technologie à Linköping Swedish University (SE). Elle performe et expose son travail en France et à l’étranger (Dolores, Ellen de Bruijne Projects Galery, Amsterdam (NL), Performa15-Pioneer Works, New York (USA), Soirées Nomades de la Fondation Cartier pour l’art contemporain, Galerie Edouard Manet, Gennevilliers, PSM Gallery, Berlin (DE)) ainsi que pour de nombreuses expositions collectives et festival à travers le monde (Centre G. Pompidou-Paris, HKW-Berlin, MIT List Visual Center-Cambridge). Elle participe à plusieurs projets de spectacle vivant et collabore au récital dada queer Les Vraoums. Elle est représentée par PSM Gallery, Berlin.

Horaires

Du mardi au samedi de 14 à 18 heures, le mercredi de 10h à 18h et les soirs de spectacle. Rencontre avec les enseignants et responsables associatifs jeudi 5 mai à 18h Visite sandwich mardi 10 mai à 12h20 Une visite avant le spectacle mercredi 18 mai à 19h La dernière visite samedi 25 juin à 17h

Adresse

Galerie du Granit 1 faubourg de Montbéliard 90002 Belfort France

Comment s'y rendre

Dernière mise à jour le 2 mars 2020