Patrick Everaert

Exposition
Arts plastiques
FRAC Provence-Alpes-Côte d'Azur Marseille
Patrick Everaert utilise la manipulation d’images pour créer des énigmes, des pièges visuels et perceptifs, aux multiples portes d’entrée et niveaux d’appréhension. Livrées avec pour seul commentaire, la mention Sans Titre, les photographies qu’il nous propose sont par nature et par vocation ouvertes ; elles posent un défi permanent et paradoxal au temps, au rationnel et à ses limites, au réel ou à son apparence. Ainsi, les trois impressions numériques réalisées en 2001 et 2002, appartenant au Frac, mettent en scène le corps et un contenant. Le plan peut être serré, jusqu’à excéder parfois les limites du cadre. L’exposition regroupe un nombre important d’oeuvres. La plupart sont des pièces inédites, produites spécifiquement pour l’exposition.

Complément d'information

communiqué de presse

[ COMMUNIQUÉ DE PRESSE ]
Fonds régional d'art contemporain Provence-Alpes-Côte d'Azur




Patrick Everaert
exposition du 8 novembre au 31 décembre 2004
> vernissage le 6 novembre 2004 à 19h


Patrick Everaert utilise la manipulation d'images pour créer des énigmes, des pièges visuels et perceptifs, aux multiples portes d'entrée et niveaux d'appréhension. Livrées avec pour seul commentaire la mention Sans Titre, les photographies qu'il nous propose sont par nature et par vocation ouvertes ; elles posent un défi permanent et paradoxal au temps, au rationnel et à ses limites, au réel ou à son apparence, tout autant qu'à notre besoin de faire le tour d'une chose, de l'arrêter, de l'épuiser. « Il doit subsister dans l'image un noyau dur qui résiste encore et toujours à l'interprétation* ». Ici, toutes les réalités perdent pied. Pas de spectaculaire, ni d' « effet visuel gratuit ». On est au-delà d'une éventuelle problématique surréaliste de « trahison des images ». L'objectif déclaré de l'artiste n'est-il pas avant tout politique ? Questionner à travers le détournement de l'image « la dangereuse prolifération de la manipulation des idées et des sens dans notre société ».

Ainsi, les trois « impressions numériques sur papier photographique » réalisées en 2001 et 2002, appartenant à la collection du Frac, mettent en scène le corps et un contenant. Le plan peut être serré, jusqu'à excéder parfois les limites du cadre (Sans Titre, 2001, 93 x 93 cm). En brouillant les évidences pour privilégier les divergences et les oppositions formelles à l'intérieur d'une forte cohésion plastique, l'image dérègle notre appareil perceptif. Dans Sans Titre, 2001 (120 x 196 cm), privé d'une hiérarchie de plans, l'oeil est invité à saisir dans le même temps la vision partielle, décentrée et statique du « sujet/objet » - un humanoïde nu assis de profil - et celle, globalisante, du contenant polymorphe (tout à la fois plan, cylindre, rectangle, plate-forme circulaire) pris dans un réseau de lignes et d'ellipses concentriques, simulant rotation et vitesse. Soumis à la loi (méta)physique et exacerbée des contraires, le regard subit cette instabilité, cet écart, qu'alimente sans fin l'énigme fictionnelle posée. L'image s'expérimente tactilement, physiquement, en une confrontation d'énergies et de temps contraires, générant une seule certitude : le doute. Le but est atteint : on est hors du temps, hors limites, hors contexte, en plein espace fictionnel. Avec Sans Titre, 2002 (170 x 113 cm), un multicorps encapsulé émerge de l'ombre telle une apparition lynchéenne fantomatique, voire hallucinatoire, sur lignes de fuite brumeuses qui pourraient être celles d'un scénario catastrophe. Dans Sans Titre, 2001 (93 x 93 cm), le trouble visuel naît, entre autres, de la mise en contiguïté, au niveau de la tête, de deux corps soumis à des directions et tensions opposées, l'un semi-immergé dans un bassin curviligne, l'autre à l'extérieur, courbé pour le soutenir.

C'est donc davantage en peintre qu'en photographe, que Patrick Everaert traite l'image. Jeu des couleurs, recours comme le note Pierre-Olivier Rollin** à des procédés formels anciens tels l'hypomorphe (forme peinte en premier lieu sur la toile et dissimulée sous d'autres éléments formels) et l'hypermorphe (élément peint en dernier lieu sur les autres couches picturales et tellement évident qu'il disparaît),particulièrement efficaces, et qui concourent à créer cette fluidité si tangible et caractéristique.

L'expérience visuelle éprouvée dans la durée par le spectateur, est le fruit d'une patiente mise en scène, élaborée dans la lenteur. La construction de l'image peut durer plusieurs mois et générer énormément de rebuts. L'artiste prélève et archive continuellement des images dans «l'imaginaire indirect » - l'univers des magazines illustrés, des livres, de l'internet - de préférence dans une langue inconnue afin de réduire à son minimum le contenu référentiel. Après un temps plus ou moins long d'oubli nécessaire, interviennent les étapes de sélection : prélèvement, assemblage, - le numérique remplaçant aujourd'hui le photomontage et facilitant ainsi le processus de fusion, d'hybridation de l'image. Puis, la mise à l'épreuve du temps qui décide ou non de son existence unique, avec des tirages en un seul exemplaire. Le processus toutefois n'est jamais systématisé afin de déjouer les habitudes de lecture, de « décodage » de l’oeuvre, en ménageant ainsi des interstices. « Si le travail que je produis visuellement devait être transposé au niveau littéraire, je pense qu'il contiendrait beaucoup de points de suspension ». Sont convoqués alors ces « transgresseurs de frontières », ces rénovateurs de la construction narrative que sont Jonathan Swift, Laurence Sterne, Witold Gombrowicz... et surtout James Joyce, dont Patrick Everaert a fait sien le principe d'écriture : Par « la conjonction de deux mots, en créer un troisième dont le sens est le produit de la fusion du contenu résiduel des deux premiers, soit transposé dans le champ visuel : une compression de l'espace induisant une expansion du sens* ».

L'exposition que propose le Frac Provence-Alpes-Côte d'Azur regroupera une vingtaine d’oeuvres, dont les trois récentes acquisitions évoquées. La plupart seront des pièces inédites, produites spécifiquement pour l'exposition. La mise en espace privilégiera la confrontation avec chaque oeuvre, selon un rythme visuel déterminé par la diversité des formats et des sujets. Aussi simple qu'anti-théâtrale, elle visera à « faire émerger l'image du mur le plus simplement possible* ».

Fabienne Clérin






Un « livre de poche », format 11 x 18 cm, composé d'une soixantaine de photographies sera édité à l'occasion de l'exposition.


Cette exposition reçoit le soutien de la Province de Hainaut / B.P.S. 22 (Belgique)

Patrick Everaert est représenté par la galerie Aline Vidal (Paris)






















* Propos de l'artiste cités dans l'entretien avec Bernard Lamarche-Vadel, « Un fond de vérité », 1995.
** Pierre-Olivier Rollin, « L'Hybride radical comme principe primordial », in DITS, n°1, p. 140.





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contact : France Paringaux / tél : 04 91 91 27 55 / fax : 04 91 90 28 50 / courriel : info@fracpaca.org

Partenaires

la Province de Hainaut (Belgique) Galerie Aline Vidal

Horaires

du lundi au samedi de 10h à 12h30 et de 14h à 18h

Adresse

FRAC Provence-Alpes-Côte d'Azur 20 boulevard de Dunkerque 13002 Marseille France

Comment s'y rendre

Dernière mise à jour le 2 mars 2020