O Jardim Botânico Tropical

Exposition
Arts plastiques
Espace d'art le Moulin La Vallette-du-Var
Le compost-moderne  Depuis son atelier, Karim Ghelloussi atomise les icônes populaires, les pollinise, les sédimente. Dans son territoire présymbolique, il les digère, les réfrigère. En quête d’humus, de socle organique, Karim Ghelloussi explore son fonds d’atelier qu’il n’a de cesse d’alimenter de rebuts, d’objets du quotidien mâchés, rejoués, recrachés. Ce réservoir polysémique révèle de nouvelles formes anagrammatiques, un ouvroir potentiel non pas de littérature, mais de ligature - ligature dans le sens de la fusion de deux éléments. Ses sculptures participent du “rhéume”, d’une perception liquide. On pressent l’expérience de l’image animée derrière ses pièces évolutives qui peuvent parfois se greffer les unes aux autres. Karim Ghelloussi s’adonne inlassablement à la recombinaison de fragments préexistants. Un principe d’organicité le pousse à mettre en miettes, à recomposer, à révéler l’état d’une transformation et sa précarité. Dans l’ancien moulin à huile de La Valette-du-Var, Karim Ghelloussi propose une promenade. Le titre de l’exposition O Jardim Botânico Tropical - en portugais « le jardin botanique tropical » - se réfère à une sculpture ayant donné naissance à une autre, issue elle aussi de ce terreau de luxuriance importée. En français ce titre évoque l’interjection exclamative « ô » emphatique de la poésie désuète. Karim joue de ces glissements de terrain sémantiques, de ces strates usuelles compassées. A la frontière de l’illusionnisme, il articule le décor carton-pâte des choses, des mots, des phrases-contenants qui structurent le vide lacanien. En charriant l’exotisme de la mondialisation, Karim Ghelloussi se réfère à cette inanité, cette force structurante lacanienne, par la métaphore végétale. Le là-bas de l’ailleurs pollinise son atelier. Il greffe, hybride, bricole, entaille des blessures dans la chair de l’objet, fait gicler des coulures sur les formes impersonnelles de consommation qu’il customise. Il procède à un décentrement pluraliste, à l’agrégat anagrammatique, à la contamination, la fertilisation objectales. Compost-romantique-compost-moderne, Karim Ghelloussi divague, arrime des fragments. Il érige un bestiaire de formes, élève des perroquets, des chiens bicéphales, des parodies de sculptures modernes, témoignant d’un faible pour les formes rondes et trouées de Joan Miro, les bronzes ou les marbres percés d’Henry Moore. Karim Ghelloussi rejoue les académismes éculés de l’avant-garde avec des structures légères. Ses pierres de rêves sont les journaux, les quotidiens qu’il déchiquette. L’exposition Objects from the Dying Salon [objets du salon qui meurt] semble l’avoir inspiré. Il manifeste son affection pour la désaffection. Ainsi de ce site désaffecté dans lequel il fait baigner ses îlots sculpturaux, ses clichés disloqués. Karim Ghelloussi observe la polysémie vagabonde, l’écorce tactile des matières granuleuses. Il met sous cloche ses icebergs nostalgiques de joliesse cheap récupérée. Son ironie structure des patchworks de délicatesse décorative atomisée. Le sac- poubelle remplace l’eau des fontaines baroques. Karim s’intéresse aux dégradés de valeurs, aux objets physiquement dégradés, aux humains socialement dévalorisés, aux styles déclassés. Par instinct, il leur redonne une dignité. Ainsi des Roms auxquels il consacrait son installation, l’été dernier à la galerie Martagon, au moment précis où le gouvernement français décidait de les renvoyer en masse en Roumanie. Karim joue sur les gradations de valeurs, interroge la dévalorisation de l’objet, de l’être humain, dans le contexte de la mondialisation. Pour ses démiurgiques plantations, il semble avoir opté pour le compost-moderne, le kitsch. Un anonyme en exergue du livre Royaume de l’artifice, l’émergence du kitsch au XIXe siècle ne dit-il pas : « Les styles meurent, le kitsch reste. » Katia Feltrin SHAPE \* MERGEFORMAT Le rhéume, une perception liquide décrite par Gilles Deleuze dans Image-mouvement, Paris, les éditions de Minuit, 1983, p. 291. Exposition de James Elaine qui eut lieu en 1995 à New York au Thread Waxing Place : cette exposition présentait des cadavres d’oiseaux disséminés sur des lithographies et des assiettes du Moyen Age, de la Renaissance et de l’époque romantique. Céleste Olalquiaga Royaume de l’artifice, l’émergence du kitsch au XIXe siècle, Paris, éditions Fage, 1998, p. 15.

Autres artistes présentés

Karim Ghélloussi

Horaires

du mardi au vendredi de 15h à 18h le samedi de 10h à 12h et de 15h à 18h sur rendez-vous au 04 94 23 36 49

Adresse

Espace d'art le Moulin 8 avenue Aristide Brian 83160 La Vallette-du-Var France

Comment s'y rendre

Dernière mise à jour le 2 mars 2020