Qu’est-ce qu’une exposition ontographique ?

Soutien à la théorie et critique d'art
Projet soutenu par le Cnap
Conférence
Arts plastiques
Centre Pompidou Paris 04

"Is it a duck ? Is it a rabbit ?" Joseph Jastrow, Popular Science Monthly, 1899

 

Dans le cadre du cycle de rencontres qu’ils organisent, la Bibliothèque Kandinsky et le Centre national des arts plastiques ont le plaisir de vous inviter à la présentation de
Vincent Normand

mercredi 8 octobre, à partir de 18h30
à la Bibliothèque Kandinsky
Centre Pompidou, niveau 3
75004, Paris


Qu’est-ce qu’une exposition ontographique ?

L’histoire des expositions fait actuellement l’objet d’un regain d’intérêt, dans un mouvement d’introspection sous-tendu par la spécialisation du rôle du commissaire d’exposition et la définition de sa fonction auteur. Le médium de l’exposition est cependant problématique à différents égards, symptomatique de divers processus d’institutionnalisation et des néo-positivismes que ceux-ci produisent. La recherche dont cette présentation rendra compte propose de considérer l’exposition comme un genre en soi, et d’en retracer la constitution historique en l’inscrivant d’une part dans l’histoire plus large du modernisme et d’autre part dans la matrice anthropologique de la modernité. À partir du médium de l’exposition, et à travers une sélection d’images et de diagrammes reconstituant quelques aspects de cette recherche, il s’agira de réinscrire l’espace de l’art dans une géographie des frontières conceptuelles et des lignes de partages que la modernité a simultanément imprimé dans le monde et naturalisé comme sol ontologique. Le médium de l’exposition peut être considéré comme un genre qui, du fait de son histoire institutionnelle (le musée), est constitué par la dialectique qui articule les opérations d’objectification aux processus de subjectivation, les sujets aux objets, et le discours des uns aux modes d’existence des autres. Le médium de l’exposition peut alors être décrit comme une « pratique de la limite » située à la charnière entre les fonds et les figures, consacré à la scénographie de leur séparation conceptuelle, politique et ontologique, mais où le clivage binaire que cette séparation implique est suspendu, rendu explicite, soumis à un processus de « dé-monstration », et transformé en un regard stéréoscopique sur sa construction historique. Cette scénographie de la limite, qu’on qualifiera d’ « ontographique », est une définition de l’exposition qui implique d’abandonner les histoires de l’art formalistes et les subjectivités artistiques comme principales ressources de légitimation de l’espace de l’art. En retour, elle permet de saisir les frontières et limites qui, dans leurs formes structurales présentes comme dans leurs ombres portées historiques, constituent les bordures ontologiques de cet espace, afin de situer le rôle de l’exposition dans la transformation de ses opérations conceptuelles et politiques.


Biographie :
Vincent Normand est auteur et commissaire d'expositions. Ses projets d'expositions incluent Sinking Islands (Mexico City : LABOR, 2012), Fun Palace (Paris : Centre Pompidou, 2010) ainsi que le triptyque The Sirens' Stage / Le Stade des Sirènes / Lo Stato delle sirene (Londres : David Roberts Art Foundation ; Paris : Fondation Kadist ; Rome : Fondazione Nomas, 2010). Il est co-auteur du film Contre-Histoire de la Séparation (avec Etienne Chambaud, 2010). De 2010 à 2012 il a co-édité la revue Criticism et co-dirigé le centre d’art Forde à Genève. Il co-dirige désormais le journal et plateforme de recherche Glass Bead (glass-bead.org), et enseigne à l’Ecole Cantonnale d’Art de Lausanne (ECAL). Sa recherche a notamment fait l'objet de conférences au Centre Pompidou (Paris), au Banff Center (Banff, Canada), à Artist’s Institute (New York), ou au Witte de With (Rotterdam). Il est par ailleurs membre de Synapse - International Curators Network au Haus der Kulturen der Welt, Berlin. Ses textes récents comprennent Echiquiers et Ronciers (in Pierre Huyghe, Paris : Centre Pompidou ; Cologne : Ludwig Museum ; Los Angeles : LACMA, 2013), The Unlimited Realm of the Limit: Objectivity and Schizophrenia (wdwreview.org) et In the Planetarium (in Art in the Anthropocene: Encounters Among Aesthetics, Politics, Environments and Epistemologies, Open Humanities Press, 2014, ed. Heather Davis and Etienne Turpin).

En 2013, il a bénéficié du soutien à la théorie et critique d’art du Centre national des arts plastiques pour son projet de recherche “The Mute Things Speak to Me”: géologie de l’exposition.


What is an ontographic exhibition ?

The history of exhibitions has recently gained much interest largely due to the structural specialization of the curator’s role and to the definition of its author-function. But in many respects, the exhibition as medium still remains problematic, symptomatic of current processes of institutionalization and of the neo-positivistic stances they generate. Vincent Normand’s research and intervention tries to address the “exhibition” as an genre in its own right, and to track back its history both in the long-run of modernism itself and by inscribing it in the anthropological matrix of modernity. Browsing a selection of visuals and diagrams, the scope of his presentation is to locate the space of art in a geography of the conceptual borders that modernity simultaneously imprinted in the world and naturalized as an ontological ground. On account of its institutional history – notably the museum’s history – the medium of exhibition is defined by the dialectics between operations of objectification and processes of subjectivation, between subjects and objects, between their discourses and their modes of existence. The medium of the exhibition could be interpreted then as a ”praxis of the limit”, placed at the hinge between backgrounds and figures, dedicated to the scenography of their conceptual, political and ontological separation, but in which the binary division this separation implies is suspended, made explicit in a process of “de-monstration”, and turned into a stereoscopic outlook on its historical construction. Designated as “ontographic”, this “scenography of the limit” is a way to engage with the medium of exhibition that implies to abandon formalist art histories and artistic subjectivities as primary legitimizing resources. In return, it allows to grasp the boundaries and limits that, both in their contemporary structural form and in its historical “casted shadows”, define the ontological borders of the space of art, in order to situate the place the exhibition takes in the transformation of its conceptual and political operations.

Bio :
Vincent Normand is writer and curator. His exhibition projects include : Sinking Islands (Mexico City : LABOR, 2012), Fun Palace (Paris : Centre Pompidou, 2010) as well as the triptych The Sirens' Stage / Le Stade des Sirènes / Lo Stato delle sirene (Londres : David Roberts Art Foundation ; Paris : Fondation Kadist ; Rome : Fondazione Nomas, 2010). He wrote the film Contre-Histoire de la Séparation (together with Etienne Chambaud, 2010). Between 2010 and 2012 he was co-editor of the journal Criticism and co-curator of the art space Forde, Geneva. He currently co-runs the journal and research platform Glass Bead (glass-bead.org), and teaches at L’Ecole Cantonnale d’Art de Lausanne (ECAL). He held numerous conferences at Centre Pompidou (Paris), Banff Center (Banff, Canada), Artist’s Institute (New York), Witte de With (Rotterdam). He’s a membre of Synapse - International Curators Network, Haus der Kulturen der Welt, Berlin. Recent writings: Echiquiers et Ronciers (in Pierre Huyghe, Paris : Centre Pompidou ; Cologne : Ludwig Museum ; Los Angeles : LACMA, 2013), The Unlimited Realm of the Limit: Objectivity and Schizophrenia (wdwreview.org) et In the Planetarium (in Art in the Anthropocene: Encounters Among Aesthetics, Politics, Environments and Epistemologies, Open Humanities Press, 2014, ed. Heather Davis & Etienne Turpin).
In 2013, he was the recipient of “Théorie et critique” award offered by the Centre National des Arts Plastiques for his research “The Mute Things Speak to Me”: géologie de l’exposition.


Entrée libre sur réservation obligatoire à reservation.bibliothequekandinsky@centrepompidou.fr
(une contremarque sera délivrée lors de la confirmation de réservation)

 

Par ailleurs, Les Laboratoires d'Aubervilliers accueillent du 29 septembre au 3 octobre 2014 une série d'événements publics et d'entretiens organisés par la revue et plateforme de recherche Glass Bead, co-fondée par Vincent Normand.
Retrouvez tous les détails ici : http://www.leslaboratoires.org/date/glass-bead-seminaire-1/morphing-castalia

 

Adresse

Centre Pompidou 19 rue Beaubourg 75004 Paris 04 France

Comment s'y rendre

Dernière mise à jour le 2 mars 2020